Marcel- Avguste Dramelle, le premier scantrader

Plutôt que de répondre au professeur Hercouët sur les méfaits du fansub, qui n’a en vérité pour seul défaut que les fansubbers eux-même (ceux ki ne conesse pas le partissipe passer et veulent traduire TOUTES les séries qui sortent, inondant les réseaux PIRATES français de diapositives moe), je vais vous parler d’un de mes personnages préférés qui n’existe pas : Marcel- Avguste Dramelle (1896 – 1950)

Marcel- Avguste faisant semblant de jouer du jazz en 1946 pour agacer un contrebassiste pédant, tiré du fonds Dramelle de la BNF

Le petit Marcel- Avguste nait à Dinan, en 1896, de parents excentriques (on doit le V de Avguste à une mère latiniste qui déambulait dans les rues de Dinan en toge en vendant des mosaïques et à l’écart entre le trait d’union et le début de Avguste à un employé de mairie extrêmement myope, son mari). Très vite, il montre des prédispositions à l’humour et à l’exotisme quand, à quatre ans, il fonde un journal sur un cahier de brouillon intitulé « on est en 1900, c’est rond comme le professeur ». Après trois numéros, le cahier est ramassé et Marcel- Avguste rossé.

« Le petit Marcel_Angvs possède tous les talents pour être un bon élève, mais j’ai bien peur que sa prédisposition à la loufoquerie ne lui réserve qu’un seul destin : le pilori. »
(Madame Bringeois, Institutrice myope également, 1902)

Partout ou il ira, Marcel- Avguste se comportera de manière étrange, décalée, excentrique. Il refuse d’apprendre l’anglais et se consacre dès qu’il le peut aux langues orientales, sans motif apparent. Décelant son potentiel artistique, on tente de l’orienter vers les beaux arts, ou il se fera défavorablement remarquer pour avoir peint d’immenses fresques de chatons anthropoïdes s’exprimant en phonétique dans des phylactères sur les murs de l’école.

Etrange communauté de destin entre cet individu et HITLER : après avoir échoué dans ses études en France, Marcel-Avguste se met à vendre des illustrations de boîte de chocolat étrangement similaires à celles que peignait le jeune Hitler. Cependant, là où le futur furher les distribuait avec l’air austère qu’on lui connait bien, Marcel-Avguste avait coutume d’instaurer des blagues potaches au dos de ses dessins, ce qui lui vaudra de vivoter correctement de cette activité. C’est en vain que sa famille intentera dans les années 70 des procès à Carambar, il semble que la communauté de concept soit une pure coïncidence.

projet de boîte de biscuit avec plaisanterie, jamais publiée parce que ni drôle ni beau, aimablement reproduite par la veuve de M.Yamahata

Marcel- Avguste vit chichement, mange peu, et consacre l’essentiel de ses revenus à l’épargne et de temps à autres à l’achat de revues sur l’orientalisme. Sa correspondance, abondante, avec divers patients enfermés dans des hôpitaux de jour, témoigne pourtant d’un goût très faible pour la Chine ou le Japon. Marcel- Avguste n’est attiré que par une chose, la bizarrerie extrême de ces civilisation connues uniquement par le prisme très déformant de l’orientalisme de son époque, et par divers conflits militaires à propos d’opium, de Port-Arthur ou d’Iles Sakhalines. Ainsi, le Tonkin l’indiffère (trop blanc, trop colonisé). Il se plonge à corps perdu dans l’analyse de la « culture populaire » de ces populations. Aux pagodes, ils préfère les graffitis. Aux haïkus, les brochures pornographiques. Il voyage autant que possible, et finit par rencontrer, en 1938, Junpei Yamahata, un dandy japonais au profil assez similaire, grand collectionneur de mauvaises BD françaises (sous pieds-nickelés, copie au crayon de couleur de Bibi Fricotin, etc.).

Junpei Yamahata (1900 - 1945), mort en exil au Brésil, qui déclarera sur son lit de mort "je meurs au dessous-de mon hémisphère !"

Junpei, qui possède au Japon un cercle d’amis doux-dingues bien peu concernés par les velléités expansionnistes du Japon, passe une partie de ses journées entre absinthe et siestes à tenter de traduire ces mauvaises brochures et à le leur envoyer, dilapidant sa fortune en frais d’expédition. Marcel- Avguste, qui trouve l’idée formidable, l’adapte à sa sauce : il va passer de longues années à dénicher le pire de la littérature graphique japonaise et à tenter des traductions maladroites. Peu perfectionniste, peu désireux de se mettre à faire quelque chose de sérieux avec son travail, il va se contenter de mettre de la peinture blanche sur les planches de BD de propagande et à imaginer ce que peuvent bien dire les textes. Seul méfait de toute sa vie de Zazou : il achètera un petit appareil à ronéotyper à la Résistance pour dupliquer ses brochures-blagues. Torturé une première fois par des résistants qui croyaient qu’il s’agissait de traduction au premier degré de textes de propagandes japonais puis une seconde par la Gestapo qui croyait qu’il s’agissait de messages codés, Marcel- Avguste va néanmoins continuer tranquillement ses papiers dans son coin.

Un des rares fragments conservés de Dramelle. On remarque le côté peu perfectionniste de la démarche.

Ce n’est finalement que la nouvelle de la mort par « apathie et désœuvrement » de son ami en vacances forcées au Brésil qui va l’affaiblir à la libération. La nouvelle va l’abattre et le faire se détourner de son projet et Marcel- Avguste passera le reste de sa vie à dénigrer le jazz. Dans une lettre posthume, on le voit expliquer son nouveau projet. Il affirme : « Bien, j’ai passé 50 ans à essayer de faire rire avec ces papiers japonais, je peux bien passer les 50 suivants en essayant de faire tourner en bourrique les musiques modernes ». Mais Marcel- Avguste s’éteint tragiquement bien avant d’avoir pu accomplir cet objectif renversé par un autobus. Ironie de l’Histoire : le jeune chauffeur sera aussi le grand père d’Isidore Malsangrain, un obèse boutonneux qui sera le premier à poster un scantrad sur son site AOL en 1994. Isidore ne parlait pas un mot du japonais nécessaire à traduire les intrigues du manga pronographique rapporté par son grand cousin du japon, et adoptera à peu près la même démarche que Marcel- Avguste.
Hanna -Favstine Dramelle-Pigel, soeur de Marcel- Avguste, respecta la dernière volonté de son frère et détruisit l’essentiel du travail de son frère. Seuls quelques fragments furent versés à titre de témoignage à la BNF, mais on peut dire qu’aujourd’hui, rien ou presque ne nous est parvenu de l’oeuvre d’un homme qui, pionnier parmi les pionniers, inventa le scantrad sans le savoir.

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