L’anniversaire du poil du dentifrice

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. Et pour mon anniversaire, je suis quelque part en Europe du Nord à muser les aventuriers solitaires en équipe avec des compagnons de qualiter. Oui, camarade condamné à trimer sous les affres et jougs que conditionnent ta convention de stage, aussi précaire qu’autoritaire, ton CDD es Photocopies, ou pire, ta propre mère, moi, Zali Marcellus Andreï Mirmoton de Château Falcam, je profite de la vie à poil sous mon sac à dos et à même les fjörds, me roulant dans la neige et dans la discographie d’ABBA à ne plus savoir qui est le meilleur entre Batman et David Tennant.

« Mais alors, bougre de crétin émigré », me demanderas-tu empli de grâce et d’interrogations dans les yeux à faire se lever un prêtre irlandais, « comment peux-tu vagabonder dans les champs et pourtant sacrifier un temps précieux à nous dispenser ton immense savoir et encore, je ne parle pas de ton pantalon ? » Cette question est déjà plus pertinente que la précédente. Si. Je n’y étais pas, mais je suis prêt à parier que, sous le coup de l’émotion ou des brûlures du quotidien, la précédente requête ne fut pas d’un niveau fondamentalement plus élevé que « Pourriez-vous m’indiquer les toilettes ? » ou « Je suis à court d’huile, pourrais-tu me prêter ta soeur deux minutes ? » voire encore « Y a-t-il corrélation entre les fréquences de blogging de Zali et son état des lieux capillaire ? » La vérité, mes louloutes, c’est que par la présente, de Zali, point de traces. Je suis son intérimaire. Sorte de stagiaire-concierge chargé de tenir les lieux et de leur éviter la poussière alors que je parviens à peine à procrastiner en mes propres appartements.

La vérité, c’est que le proprio connait mes faiblesses. Il sait que je ne résiste pas longtemps à l’appel du troll, surtout chez les voisins, il sait aussi que nous partageons un certain nombre de points de vues à commencer pour notre amour immodéré pour le rutabaga et la grande période du bal musette (1967-1983), il sait surtout que je suis stagiaire, é sa sé dure. Parce que je suis faible.

Voyons l’axiome élémentaire de la procrastination compulsive. Cette discipline de renom consiste en gros à éviter, par tous les moyens possibles et détournés, de poursuivre une tâche subjectivement considérée comme pénible, fastidieuse ou juste complètement con. Le fait est que mon stage consiste à patauger dans des formulaires estampillés « Commission Européenne » afin de monter – qui ? – un projet qui ne verra vraisemblablement pas le jour avant ma retraite, autant dire que même un remake de Final Fantasy XII sur RPG-Maker 95 aurait plus de chances d’arriver dans la hotte du Père Noël que la bricole dubitative dont les stats de gestation reposent sur mon incompétence.

Or, dans ce sacerdoce, un ami, un vrai ami, m’aurait poussé à un certain dépassement de cette fatalité qui colle à ma peau.Un vrai ami m’aurait encouragé, motivé à me concentrer sur ce qui compte vraiment pour moi, au-delà même de mes pulsions et de mes désirs bruts, étant moins un miroir du malin qu’un véritable frère sur qui compter lorsque l’on ressemble même plus à la promesse que nous étions aux aurores de notre Histoire. Un vrai ami n’aurait jamais cité Jean-Jacques Goldman, mais m’aurait plutôt pris par la zigounette main et m’aurait confessé:

« Myth, toi qui es l’objet d’une estime sans vaille que je te voue depuis que mon premier poil s’est mis à l’espagnol, regarde-toi et dis-moi ce que tu vois. Es-tu vraiment ce velu lancinant, abonné aux soupirs quand sonne le réveil plutôt que chanter la vie et rire le bonheur que t’offre jour après jour l’opportunité de ton destin ? Vois comme ta vie est une épreuve, mais une épreuve dont le succès te verra faire un pas de plus sur la voie de la sagesse et de l’esprit libre ! Ôte-toi de ces tentateurs démons qui te feront manquer ton rendez-vous avec l’avenir, la souffrance du chemin escarpé n’est jamais là que pour conduire à l’intime beauté des sommets majestueux. Dans ta souffrance, mon ami, mon frère, je saurai être à tes côtés et te rappeler que tu n’arpentes pas cette route au hasard. »

Et Zali, connaissant pertinemment ma situation, de m’envoyer un mail: « tu voudrais pas occuper l’espace et mettre des images nulles le temps que je prenne du plaisir à l’autre bout de l’Europe avec des gens cools et des panoramas à dégonder les bases de données de Flickr et Instangram en moins de temps qu’il ne t’en faut pour pleurer devant Baten Kaitos ? »

Je crois qu’il me déteste.

Bon anniversaire, connard.

Publicités

Une réflexion sur “L’anniversaire du poil du dentifrice

  1. Batman.
    Batman gagne face à David Tennant.
    Face à Matt Smith, par contre, ça se discute… (ça dépend du taux de préparation du chevalier noir !)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s