Dandys et Raie des Fesses.

Je suis français. Les français sont des gens bien élevés, courtois, aimant les femmes et le bon vin. Malgré mon peu de passion pour le pinard, je crois être un français au coeur de mon être. Je mange du pain et je me plains. Théoriquement, je devrais me faire le chantre de la galanterie et des bérets. Autant pour les bérets et même les marinières, je veux bien (à petite dose, de temps en temps, merde, femelles, arrêtez, on dirait un troupeau de zèbres basques depuis l’an passé !), autant pour la galanterie, ça m’a toujours laissé un peu froid.

Attention, je suis à la fois une personne plutôt polie, plutôt serviable et complètement à fond la caisse pour l’égalité entre la bite et la chatte. Je pense avoir toujours fait ma part de vaisselle, d’invitation au restaurant et de récurage de toilettes. Aucune femme ayant partagé un morceau de vie avec moi sauf ma mère parce que j’étais un p’tit con n’a eu à se plaindre outre mesure d’avoirt une surcharge de travail intense alors que j’aurais été affalé dans le canapé en buvant de la kro, le ventre gonglé et une couille hors du slip. Tout ceci est également valable pour la sphère intime, et je ne m’étendrai pas là-dessus, sachez simplement qu’il ne me viendrait pas à l’idée d’entrer en hurlant dans la chambre nuptiale, une bouteille de saké à la main, en hurlant « à genoux, femme, c’est l’heure de la pipe ! ». Pas sans qu’on m’ait expressément signifié que c’est ce qui était attendu, en tout cas.

Mais bon, globalement, la galanterie me laisse extrêmement dubitatif. Parce qu’elle est en général complètement dénuée de politesse, extrêmement codifiée, et surtout qu’elle ne sert qu’à une seule et unique chose : à niquer.

On n’est pas galant par envie : qui aurait envie spontanément de marcher de tel ou tel côté de la route (et si on est sourd d’une oreille, hein ?), de tirer la chaise des gens avant de s’asseoir (après ça fait toujours du bazar pour retourner à sa propre chaise) ou de passer en premier dans les escaliers -et si y’a un sorcier en haut des escalier ? Et si la meuf tombe, qui c’est qui la rattrape ?-. Destiné à faire croire à la fille qu’est est importante alors qu’il ne s’agit que de lui faire sentir que c’est une créature vulnérable trop comme pour gérer une situation ou elle serait assise à côté d’une autre fille, la galanterie n’a pour unique but que de faire baisser l’attention du partenaire féminin sur les intentions fornicatoires du grand méchant loup. En deux mots, la galanterie n’est rien d’autre que le GHB de l’interraction sociale.

Femme, méfie toi de l’homme galant. Il te tendra son mouchoir quand tu saigneras du nez, mais jamais il n’appellera d’ambulance pour toi. Il t’offrira des tonnes de végétaux morts, mais ne lèverait pas le plus petit doigt si tu tombais dans les orties. Il n’est qu’un « zyva tu baise sur le parking la miss lol » armé d’un monocle. Car, sois-en certaine, la galanterie est étrangère à toute forme d’altruisme ou de politesse.

L’altruisme implique de mettre la main à la pâte. Comment reconnaitre un homme altruiste d’un homme galant ? Facile. Des toilettes bouchées par un caillot de caca. Dans cette situation, la distinction entre l’homme qui cherche à plaire et celui qui cherche à se montrer serviable est évidente : seul l’un des deux va faire une chose désagréable. Le galant appellera un plombier, compatira, donnera de bons conseils et dira d’un air dédaigneux « il n’y a plus de domestiques ! ». Le serviable prendra la ventouse, le destop, le furet, et hop, en avant Pompe-la-Chiasse. Il finira couvert d’étrons fous, baignant jusqu’à mi-cuisse dans la soude et le jus d’égouts, après avoir bien exposé sa raie des fesses jaillie de son jean trop large à la vue des malheureux curieux.

La plupart du temps, rendre service « pour rien » n’implique que de la souffrance. Faire la vaisselle n’est pas galant par exemple, mais c’est plutôt sympa. Et pourtant, faire la vaisselle ce n’est qu’un océan de souffrance ou les mains sont au contact de toutes sortes de choses déplaisante (graisse, miettes, eau froide, produits supposés dégraisser les choses des assiettes mais pas de vos doigts -LOL-, traces diverses de cosmétique, torchons huileux, éponges…). A moins d’être particulièrement maniaque ou drogué au parfum d’amande de l’Arbre Vert -et c’est surement plein de toxines-, on ne retire que larme et sang d’une bonne séance de vaisselle. Et, au mieux, un « merci ». Jamais un « prends-moi, là, sur l’évier, et que ça saute ». On pourrait faire l’analogie avec la plupart des tâches sympa : promener des chiens, changer des couches de bébé, effectuer une vidange, amener des bouteilles à recycler, changer des couches de vieilles personnes, corriger un CV, prêter des cours, rédiger une fiche, construire un toit en torchis. Tout ceci est à la fois sympathique, purement altruiste, mais nullement galant, ni glamour. Alors qu’offrir une bon sang de bonsoir de boîte de chocolat, ça, ça en ouvre, des soirées de folie.

Faites le test. Donnez rendez-vous à deux personnes de gabarit moyen, de type centriste-moderne lambda. A la première, offrez fleurs, traitement de princesse, jumelles à l’opéra et week-end à Rome. A la seconde, faites lui une vidange, la toiture, le changements des pansements sur les escarres de son vieil oncle malade et le ravalement de façade. Un des chemins ne sera que plaisir, volupté, compliments enamourés et dîner aux chandelles. L’autre ne sera que lumbago, genoux écorchés et Friend-zone. Pourtant, la politesse est bien la hard way of life. Celle qui mériterait des bravos et des vivas. N’importe quel connard peut s’habiller correctement et être verbeux, ça demande vraiment beaucoup moins d’efforts que ça en a l’air. Réparer une toiture ou proposer spontanément de retourner le matelas de quelqu’un par contre, c’est le fait d’un être d’exception, forcément d’exception. Alors pourquoi, même une fois le masque tombé, je suis intimement persuadé que ma croisade verbale n’aura servi à rien ?

Parce que, ne nous leurrons pas, le dandy à la con va probablement s’arranger pour ressembler à ça :

"Notre ADN mélangé produirait un cocktail divin"

Et l’homme poli à ça :

"Notre ADN produirait vraisemblablement de bon p'tits gars potentiellement victimes de pogroms"

 

Il y a hélas un peu de génétique là-dedans, des tas de machins chimiques nous forçant contre notre gré à désirer de jolis enfants potentiels. Et le truc de la raie des fesses apparentes, aussi, c’est hardcore.

Edit | Ébauche de solution : rédiger un manuel destiné à apprendre à faire la vaisselle avec des gants en soie, ou à déboucher des toilettes sans se départir de son monocle.

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17 réflexions sur “Dandys et Raie des Fesses.

  1. Ca me rappelle ton dico français/friendzone.

    Mais n’oublions pas que ce qui compte, ce sont nos âmes, et entre agir comme un merdeux et niquer et agir bien et pas niquer, j’ai ma main.

  2. Toi tout faux.
    Femme vouloir homme fort, savoir chasser, rammener gibier pour marmaille plus vigeur, et chevaucher elle sauvagement.
    Femme vouloir homme comme Khal Drogo, homme comme HURRYAAAH !

  3. Je crois avoir appris quelque part que l’homme marche devant la femme dans un escalier uniquement dans un sens. Mais je ne sais plus lequel. Au cas où, justement, la donzelle tomberait, à cause de sa crinoline imposante et de la dentelle anglaise qu’il faudra de toute façon changer après la première utilisation, il pourrait ainsi la rattraper.

    Mais je suis d’accord. Quand une belle assiette remplie arrive devant moi chaque soir, je dis toujours « merci pour le repas ». Mais quand je fais la vaisselle, trempée, suante, jamais assez rapide, avec des bouts de riz collés sous les ongles et les doigts fripés, là, j’ai le droit à rien, moi. Pourtant chuis galante.

  4. Je vois bien ce dont tu parles et pourtant c’est aussi simple que tu le dis.
    Le galant se place dans la séduction (c’est pas forcément hypocrite de dire socialement « je suis gentil avec toi parce que j’espère qu’on va niquer bientôt ») et il exprime ainsi de suite sur quel plan il se place : CE QUI LUI ÉVITE DE SE FAIRE FRIENDZONER.
    Le poli peut apparaître comme soit quelqu’un de sympa qui veut juste être ton pote, soit comme un filou qui veut devenir ton pote en venant réparer les chiottes, le toit ou en faisant la vaisselle.
    Soit dit en passant, j’ai vécu 7 ans toute seule et je me débrouille mieux que toi en bricolage !
    Et au passage : Prends moi sur l’évier maintenant et que ça saute !

  5. L’homme doit être devant pour monter les escaliers. L’explication implique le fait de ne pas reluquer de popotin.
    Complétement d’accord avec L’Isil, y a un petit côté hypocrisie, mais en même temps, on est toujours obligé de se métamorphoser légèrement pour plaire. Je ne vais pas jeter de pierre là-dessus parce que je l’ai fait aussi.

  6. « Edit | Ébauche de solution : rédiger un manuel destiné à apprendre à faire la vaisselle avec des gants en soie, ou à déboucher des toilettes sans se départir de son monocle. »

    Je dirais plutôt que la frontière entre le dandy et l’homme poli réside dans le fait que le premier promet du rêve aux dames (une sorte de trader pour femmes) alors que le second effectue un travail non rémunéré (c’est donc techniquement un esclave).

    Je verrais plutôt comme solution un argumentaire démontrant que déboucher des chiottes est encore plus epic qu’un week end romantique.

      1. Eh, je dis ça pour t’aider! Logiquement, la meilleure solution consiste à devenir dandy et abandonner la demoiselle en détresse dans ses chiottes bouchés.

  7. Je pense que l’homme poli semble du coup plus désespéré, parce que sa politesse peut être interprétée comme: « je ferais n’importe quoi pour que tu acceptes un coït avec moi, même me recouvrir de caca ».
    Sinon je suis assez d’accord sur le couplet de l’hypocrisie de la galanterie; tout le monde sait que c’est pour se faire bien voir de l’utérus tout en se plaçant dans une positions dominante (ERRR SUIS PAS CAPABLE DE BOUGE TOUTE SEUL MA CHAISE). Mais du coup, c’est parce que l’homme se place dans la position « je suis gentil car je veux baiser » que ça peut intéresser nos oestrogènes, parce qu’il annonce direct son jeu « tu m’intéresses ». Alors qu’un individu normal qui traite une femme se façon égalitaire, même s’il a envie de baiser, il peut vite passer dans la friendzone.
    C’est triste, mais c’est la vie.

  8. Oui, d’ailleurs, qu’est-ce que vous avez tous contre la friend-zone, hein ?! C’est un endroit cosy où l’on sert du thé et des petits gâteaux, et où l’on discute football et poésie.

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