Les 99 problèmes de la musique française #2 : Le rappeur dans la Zermi

[introduction, photos de petits tamanoirs en train de faire des trucs mignons].
L’Auteur de cet article aime le rap est est pénétré par la streetcred de plusieurs départements comme le 57, le 54, le 44, le 41, le 78, et le numéro complémentaire, le 75 (11è arrondissement. Si vous croisez un quartier plein de bourgeois-bohèmes, d’indiens et de crêperies cacher, vous êtes sans doute pas loin de mon ancien appart).

Le Rappeur dans la Zermi

Né dans le deux-trois, on m'a pas laissé le choix, je suis né dans le deux-trois, et dans les rues d'Aubusson, faut garder ton blouson

Il n’a pas toujours été comme ça. Rejetons des tristes années 80, le RdZ naît dans l’ombre des tours de la Défense, dans les ordures du Quartier Nord de Marseille, ou dans va savoir ce qu’ils peuvent bien avoir comme banlieue pourrie à Lyon. Issu de grande-parents primo-arrivants, vivant dans des HLM insalubres avec une famille nombreuse avec pour toute perspective le MacDo, les cours de Skate-graffiti de la MJC et une certaine forme de racisme mou, le RdZ n’a pas eu une enfance formidable. Dans les ruines de son collège, il comprend (peut-être un peu plus vite que les autres) que seules trois ou quatre choses peuvent le sortir d’un destin de vendeur de hachis ou de franchisé de boutique de téléphone : les internats d’excellence (mais il n’est pas spécialement excellent), le foot professionnel (mais il a deux pieds gauche), un coup de bol, ou le rap.
Parce que le Rap, ça, il grandit dedans. Tout le temps. Dans la stéréo de la bagnole tunée du connard d’en bas. Dans les mauvaises émissions des années 90. Dans les radios de jeunes que si tu les écoutes pas, on te pète la gueule à la récré.
Peu travailleur (sinon, il aurait rejoint les internats d’excellence pour faire partie des 5% d’administrateurs du lumpenproletariat en étant issu), il ne va pas jusqu’à se forger une solide culture du rap et du hip-hop en général. Il comprend que c’est la soupe qui remplit l’estomac, alors il écoute de la soupe. Il s’imprègne de soupe, il devient lui-même de la soupe.
Pourquoi avoir un bon DJ quand on peut avoir une boîte à Poum-Poum-Tchac ? Pourquoi s’intéresser à des courants musicaux novateurs quand on a MTV ? Pourquoi s’emmerder à avoir une partie chantée et un groupe en béton quand on peut sampler n’importe quoi n’importe comment ? Pourquoi écrire de bonnes paroles quand les majors préfèrent promouvoir les rimes en -er et les phrases toutes faites du genre « Issu du même tissu social de la galère ». Alors Le Rappeur dans la Zermi fait ce que le système attend de lui : de la merde qui ressemble à du mauvais rap américain, sauf que le mauvais rap américain il a le mérite de se faire dans l’enfer urbain des ghettis* de Chicago, ce qui a un peu plus de crédibilité que « La Cité des Pâquerettes de Fleurin-sur-Yvette ».
Dans les années 2000, malgré l’attitude « Jsuis une racaille tavu », le costume à l’avenant, les progrès de l’autotune et plusieurs chansons qui constatent avec des termes appuyés que les membres de la maréchaussée ont une certaine tendance à pratiquer le coït avec leurs génitrices, le succès ne prend pas. Le RdZ vivotte en vendant ses CD-R 5€ sur les marchés de Clichy, au milieu de centaines d’autres RdZ qui vendent leurs CD-R 5€. Cependant, le destin va brutalement lui sourire.
Après une soirée « putes et farines », la direction d’une radio de pastiche de rap et quelques producteurs paniqués de voir que les maxi-compiles de l’été ne se vendent plus décident d’aller pêcher quelques nouvelles racailles de dancefloor. Ils descendent dans une MJC piochée au hasard dans un chapeau et cochent un peu pour rigoler quelques noms sur une liste de pseudonymes rigolos comme Afroman AutentiK, DJ Toxik ou MC Pousse-0-Crim : ils seront les stars de l’année sur la Radio N°1 chez les jeunes, avec ventes de galettes à la clé, et concerts juteux, d’autant plus qu’une publicité totalement gratuite leur sera assurée par le Ministère de l’Intérieur et des associations qui estiment que quand même les Gros Mots ça suffit maintenant. Notre RdZ se retrouve brutalement « Nouveau Phénomène du Hip-Hop français » et se met en quelques semaines à avoir plein de pognon en continuant pourtant à faire de la merde. Mais il l’avait pressenti : la merde est un bon tremplin pour en sortir (de la merde. Vous suivez ? Je reprend).
Tout s’enchaîne assez vite : nouvelles versions d’Autotune, nouveaux textes écrits par des tâcherons employés dans les CM1-CM2 par des producteurs aux abois, concerts de plus en plus juteux et interviews ou les propos embrouillés de notre rappeur qui n’a pas été préparé à ce qu’on lui pose la moindre question essayent tant bien que mal de faire passer quelques messages conscients (Les injustices ça me rend pas content, le respect c’est cool tavu ?).
Tout fonctionne bien pour le RdZ. Sa prose remplit les ondes comme  la chair à saucisse remplit un chien obèse, des sommes d’argent arrivent plutôt régulièrement sur un compte en banque qu’il vide mal (comme tous les nouveaux riches) en produits chers et inutiles, là ou chaque financier durable sait qu’il convient d’investir à long terme sur des produits rapportant 1 ou 2% par an mais non victimes de spéculations, comme l’avoine ou le froment. Rien de grave ne peut lui arriver, à part un désamour brutal du rap (il ne sait faire que ça) qui lui couperait les vivres en attente d’un revival.
Mais le soir, au fond de son lit, en serrant une grognasse vedette d’un jour d’un clip de R’n’B d’une part et un nounours rose d’autre part, il ne peut s’empêcher de pleurer, quand il sait que jamais il ne sera cité dans un magasine sérieux pour cadres moyens comme les Inrocks dans un article sur les rappeurs intelligents, sur ces fils d’immigrés qui ont réussi, ou sur le retour d’un hip-hop jazzy-festif-conscient. A jamais, il restera ce type concon dont le seul apport à l’histoire de l’art sera d’avoir enfoncé le clou hélas trop présent dans l’esprit de la plupart des gens que le rap, a fortiori françoué, c’est de la merde et c’est pour ça que je le dis haut et fort pour toi lectorat, le Rappeur dans la Zermi est Nuisible à la Musique Française.

Quelques exemples : 113, Sexxion d’Assaut, Nessbeal, Booba, Sefyu…

Alignement : Neutre Strict, en bon druide regardant le monde autour de lui sans jamais y apporter la moindre modification, se laissant bercer par le flot de l’ordre établi.

Notre prochaine leçon se portera sur la figure tragique de la Chanteuse à Prénom.

*Vous réalisez maintenant que ghetto au pluriel a un formidable potentiel.

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