Ju-Jitsu, Zombies et Extincteurs.

Tout est mieux avec des afros.

Replaçons le contexte dans lequel j’ai vu « Tokyo Zombie (.hdtv.taz.copiedesauvegarde) ». J’étais en formation (j’ai un vrai travail en dehors du Lancer de Galaxie du Dentifrice), dans les brumes de Dunkerque, dans une froide et impersonnelle chambre de résidence étudiante, sur un lit dur avec des couvertures qui grattent avec toute la tuyauterie du bâtiment glougloutant jour et nuit au dessus. N’ayant ni internet ni tenue de rechange et pour tout jeu vidéo que le seul et affreux Dissidia 012, j’ai décidé de regarder un film de zombies underground sur Monsieur Awesome mon EeePc chéri et ses 9″ d’écran. Tout était donc réuni pour que je passe un moment aussi intense qu’une nuit de noce multipliée par le Grand Soir.

Tout l'humour japonais dans une coquille de noix

Assez étrangement, j’ai beaucoup aimé ce film, tiré d’un vague seinen parodique qui a d’ailleurs du paraître en France, et après tout pourquoi pas, on publie vraiment n’importe quoi. Cependant, il faut directement tordre le cou à vos attentes délirantes : malgré son synopsis (deux chômeurs assassins se battent contre des zombies ressuscités par le mélange chimique d’une montagne d’ordure), Tokyo Zombie n’est pas une sorte de Japanese Shaun Of The Dead, mais un film humoristique sur le Ju-Jitsu, et c’est curieusement à peu près tout. Tout le reste n’est qu’un enrobage un peu vain de gags poussifs où, il est vrai, pointent de temps à autre quelques zombies (mais ça pourrait être à peu près n’importe quoi d’autre tant le fond du propos n’a strictement rien à voir avec un film de morts-vivants).

Ceci est un Zombie.
ceci est également un zombie. Très D-I-Y. Passons.

Donc. Au coeur de Tokyo a poussé une montagne d’ordure, le Black Fuji, déchetterie à ciel ouvert née de la négligence des Tokyoïdes qui jettent tout et n’importe quoi, surtout des cadavres. Le film ayant un propos et une subtilité limités, la blague des gens jetant des cadavres dans le Black Fuji est infligée quatre ou cinq fois dans le premier quart d’heure.
Fujio (coupe afro) et Mitsuo (faux crâne chauve le plus mal fait de l’histoire du cinéma) sont employés dans une usine d’extincteurs, mais ne travaillent jamais, préférant s’initier à la nobre et virile pratique du Ju-jitsu dont Mitsuo se proclame grand maître. En fait de Ju-Jitsu, il s’agit plutôt d’une étrange lutte homo-érotique poussive filmée en silence et longuement. Humour japonais-desu. Se faisant engueuler une fois de trop par leur chef, ils le tuent à coup d’extincteurs et partent l’enterrer dans le Black Fuji. Oui, Tokyo Zombie ne prend pas spécialement de gants et ne s’embarrasse d’aucune fioriture narrative. De toutes façons, après quelques péripéties classiques de film de zombie rigolol (morsure-penis), le film oublie complètement cet axe pour prendre une toute autre direction : Mitsuo, persuadé qu’il est mourant (en fait, il a la chiasse ou un truc du genre) dit à Fujio de gagner la Russie « le pays des vrais hommes et des arts-maritaux » pour s’endurcir. Puis, bien entendu, il se fait mordre par un zombie. On en est à peu près à un tiers du film, le reste étant une sorte de shônen bizarre post-apocalyptique entre Tank Girl et Mad Max 3. Tout ceci est entrecoupé de gags extrêmement étranges, lents et pince-sans-rire sur la pédophilie (le sujet a l’air de beaucoup amuser les réalisateurs, et toujours avec un goût excellent), le cancer et les boissons gazeuses, occasion rêvée pour un petit coup de placement de produit.

"HUM C'EST BON LE CALPIS ET EN PLUS C'EST PAS CHER, HUMMMM C'EST BON REGARDE L'ETIQUETTE PENDANT PLUS DE QUINZE SECONDES EN PLAN SERRE MIAM MIAM GLOU GLOU"

La deuxième partie du film se passe 5 ans plus tard : Tokyo a été engloutie par les zombies, à l’exception d’un quartier huppé protégé par un grand mur, où « les riches » (jouées par de vieilles putes, un homosexuel et un handicapé) organisent des combats à mort entre des zombies et des pauvres. Grâce à sa maîtrise du Ju-Jitsu homo-érotique, Fujio est devenu Fujio-Pon, le champion de l’arène faîte en tôle de récup. Hélas, il est tellement fort que les combats ne durent que quelques secondes, ce qui mécontente fortement le public. Bien entendu, l’adversaire suprême de Fujio sera Mitsuo qui, même sous forme de zombie (spoiler : en vrai, c’est toujours un humain oh mon dieu je suis tellement badass de vous gâcher Tokyo Zombie) a gardé ses compétences en Ju-Jitsu (oui parce que dans Tokyo Zombie, les Zombies sont capable de faire des prises d’arts martiaux. Mais ils ne courent pas). Tout ceci sur fond de révolution prolétaire effroyablement indolente, où cette micro-soiété s’effondre avec trois pétards et deux allumettes (et une bande de motards spécialisés dans le placement de produit éhonté). A la fin, après quelques pantalonnades placées un peu n’importe comment et dans n’importe quel ordre (sans oublier quelques blagues franchement homophobes qui sonnent assez curieusement tant le cinquantième degré finit par être illisible), Fujio, sa femme et sa fille (j’ai oublié de les mentionner, tellement de charisme négatif) se barrent sur une moto tunée vers la Russie tant promise avec sa neige, sa virilité et ses champions de Ju-Jitsu. Fin d’une heure quarante du film de zombie le moins consacré aux zombies jamais.

Bisou ?

La question qui me taraude est : qu’est-ce que j’ai bien pu aimer là-dedans ? Le jeu d’acteur, pas complètement à la ramasse, n’est pas non plus formidable (ça varie du correct au « JE SUIS UN FIGURANT COMIQUE DANS UN FILM A PETIT BUDGET JAPONAIS LOOOOOOOL »), la réalisation est carrément à la rue et les effets spéciaux laissent à penser que leur responsable confond le sang et la sauce aux airelles à la bouillie de pixels. Absolument rien d’autre n’est objectivement bien dans ce film, à part une chanson de fin extrêmement épique. Pourtant, rien à dire, ça marche et sa se regarde d’une traite, sans jamais s’emmerder.

Les effets spéciaux sentent bon la pâte à modeler et Windows Movie Maker.

Au départ, je me disais que c’était sans doute du au fait que j’étais naze et que la débilité (à tous les sens du terme) du propos convenait bien à mon état d’esprit. Deux semaines plus tard, je me dis que c’est autre chose qui m’a plu dans ce film.
Tokyo Zombie est un film qui réussit à ne parler de rien de manière ridiculement cocasse. Il n’y a jamais aucun enjeu, où plutôt ces enjeux sont hiérarchisés de manière complètement aléatoire (La maîtrise du Ju-Jitsu s’avérant mille fois plus importante que le fait d’éclater le crâne de son patron), et il en va de même pour tous les éléments du film. L’invasion de Zombies elle-même semble n’intéresser ni les habitants de la ville, ni les héros, ni le réalisateur, capable de passer par contre plusieurs minutes en plan-séquence à faire déclamer un texte pas drôle du tout à Mitsuo pour dire qu’il a un cancer généralisé (ce qui s’avérera faux quelques secondes plus tard). Tout est à l’avenant : Tokyo Zombie est un film ou dès que l’ennui pointe le bout de son nez, le réalisateur nous mets le nez dans une nouvelle bizarrerie, un nouveau tableau de guingois ou une nouvelle blague sur un type qui joue au golf avec la tête de sa mère. Le temps qu’on se demande où le type veut en venir, on est déjà ailleurs, en train de se demander si la prochaine scène sera queer, kitsch, incompréhensible ou « spectaculaire » (comprenez : avec des maquettes en mousse qui explosent).

Lors de la non-spectaculaire attaque finale contre la ville des riches, les motards n'oublieront pas de demander où les riches cachent tout ce bon Calpis, hummm c'est bon le calpis ça rend accro !

Bien sûr, Tokyo Zombie est un tout petit film. Mais un tout petit film tellement étrange et différent de tout ce qu’on pourrait en attendre, et pétri d’un mauvais goût si complètement assumé qu’il en devient relativement sympatique. C’est un objet bancal qui ne va nulle part et se cogne aux murs en faisant « Boing boing ». Je ne sais pas pour vous, mais moi, je pourrais regarder ça toute la journée 1H40 En divx faut pas déconner quand même.

Ceci était un message de la Fédération Japonaise de Ju-Jitsu
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