Spaced Invaders : Les Nains-Nains de l’espace.

Je sais bien qu’il faut pas désespérer Billancourt, mais je vois monter dans le société cette chose affreuse qu’est le concept de génération Y. Concept apparu médiatiquement dix ans après « l’adulescent », cinq and après le « bobo » deux ans après le « geek », et deux semaines avant le « hipster », le concept social foufou qui consiste à résumer toute une génération avec l’idée que quelques sociologues de Saint-Germain s’en font, pull sur les épaules et mauvaise coke en poche, ne m’a jamais paru pleinement convainquant.

Salut, je n’existe que dans le 3è arrondissement et c’est comme ça que les gens de la télé croient que toute ma génération est.

Dans la tête d’un chroniqueur moyen, un enfant de la génération Y est né entre 1980 et 1990, travaille comme stagiaire dans une boîte de comm ou d’informatique, télécharge des séries et utilise twitter. Comme vous faites partie de cette génération, vous avez sans doute regardé cet épisode de Bref « j’ai grandi dans les année 90 ». Parce qu’avec la panoplie du geek-chip qui twitte sur Doctor Who, milite au parti écologiste tout en étant libéral et passe ses vacances à faire du couch surfing à Montréal, il y a une sorte d’admiration malsaine pour les années 90. Sauce La 5, Club Do, VHS porno de papa, fringues Coq Sportif et Poivre Blanc, Mario Kart et Nirvana, X-Files et La Vie de Famille. ET CETTE PUTAIN DE CITE DE LA PEUR, A L’ORIGINE DE CONCOURS DE CITATIONS PERPETUELS ENCORE PLUS PENIBLES QUE LES VIEUX REACS QUI RECITENT DU COLUCHE ET DU AUDIARD TOUTE LA JOURNEE*. Soyons extrêmement concis, parce que la rhétorique est la mère de tous les vices : à de rares exceptions près (et à mon avis à peu près dans la même proportion que les rescapés des camps de la mort ou les intégristes super sympa), si on a le moindre recul, tout ce qui nous semblait bien dans les ninteies nous semblait bien parce qu’on était des petits sacs à merde écervelés sans aucun autre moyen que la machine à décerveler de TF1 et du Marketing de se forger un goût pour quoi que ce soit de bien. Prenons un centimètre de hauteur, et admettons qu’à part Seinfeld et les Frères Misère, la plupart des choses qui ont émergé de ce bourbier étaient de la merde. L’âge d’or de la culture populaire est incontestablement lié à l’Histoire du haut débit, pour la simple et bonne raison qui fait pleurer Pascal Nègre et Philippe Manœuvre que maintenant, chaque individu un minimum éduqué a le choix d’aimer un large éventail d’oeuvres culturelles de sa convenance, dans un panel rassemblant à peu près tout ce que l’humanité a fait de bien depuis le début des temps (dans la mesure où je peux sans doute visiter de l’art pariétal avec Google Maps et télécharger n’importe quelle série Malgache de 2012 en trois clics seconde). Les années 90 nous ont imposé la diffusion de beaucoup de produits de merde, d’où les goûts de chiotte que ma génération à développé, dont acte, on le refera plus.

Internet est heureusement une bonne façon de compenser tout ça, et sans Internet, je n’aurais sans doute jamais vu (grace à un vieux marchand de VHS fou qui a tenu à me forcer à regarder une copie de sauvegarde sans quoi j’aurais été maudit pour quinze génération) le film dont je vais vous parler. J’avais le fol espoir qu’avoir accès aux recoins cachés de la décennie arrangerait l’image que j’avais de ces dix ans de médiocrité qui n’ont eu aucun autre ressort comique viable sur le long terme que le gangsta rap français.

Et soudain.

Bon, on peut pas gagner à tous les coups.

Pourtant, franchement : Des extraterrestres attaquant une ville de campagne et devenant amis avec des enfants pour repousser un méchant promoteur immobilier, sachant que les aliens sont joués par des NAINS, et le tout dans une VF tout ce qu’il y a de plus fantaisiste, qu’est-ce qui pouvait mal se passer ?

Donc, bon.

Déjà, il faut savoir que Spaced Invaders est, curieusement, un film relativement culte aux USA. Du moins un film que de très nombreuses personnes ont évalué -pas toujours négativement- sur IMDB, qui semble régulièrement rediffusé sur des chaînes familiales, et qui a rapporté trois fois son relativement important budget au box office.

L’Histoire est on ne peut plus mal torchée, parce que c’est un film pour les enfants basé sur des facéties de nains. C’est pas vraiment une excuse, mais disons qu’à défaut, c’est une explication. En gros : en voulant envahir une planète quelconque, un vaisseau martien s’échappe et, arrivé près de la Terre, captent une redif sur une station locale de la lecture de la Guerre des Mondes qui avait fait flipper New York dans les années 30. Ni une ni deux, ils décident d’envahir la petite ville. Pendant ce temps, un fermier exproprié par un vilain promoteur doit rassembler de l’argent pour éponger ses dettes. Le reste est une sorte de longue course poursuite entrecoupée de gags à base de chutes, de peaux de bananes, de dialogues mollassons et de trucs qui explosent (pas trop, parce que quand même, faire exploser des granges et des robots en carton, ça coûte vite un bras). Il y a aussi une histoire un peu éprouvante en terme d’inintérêt avec un robot tueur venu pour assassiner les aliens. Conscients de la faiblesse du propos, les scénaristes choisiront de faire exploser ce vaisseau à la fin en lui faisant bouffer un bâton de dynamite lancé par un has been qui jouait le juge dans Twin Peaks (et qui est mort juste après avoir tourné Spaced Invaders, y’a pas de hasard).

Peur sur la ville, voilà voilà…

Trois points rendent Spaced Invaders absolument insupportable, et un point le rend malgré tout vaguement sympa.

Commençons par là : on ne peut avoir qu’une certaine tendresse pour un film dont quasiment tous les gags sont basés sur le fait que faire tomber des gens ou des objets, surtout des nains, est amusant en soi. Art de la chute, de la tarte à la crème et des poutres dans le front élevé au rang de chef d’oeuvre du naïf, et seul ressort comique d’un film qui se paye quand même deux sous titres ambitieux (They’re hip, they’re hilarious et Eath Will Never Be The Same). Bottes de foin dans la gueule, vaisseau qui retombe par terre en démarrant, chutes de nains de talus, dans des poubelles, écrasés par des voitures, hahaha. Le seul autre gag un tant soit peu élaboré est le fait que ces aliens débarquent pendant halloween, et soient pris pour des enfants costumés.

Ca a un peu de mal à être aussi drôle que ça en a l’air, mais tourner une heure trente de choses aussi peu élaborées et en faire un argument massue, c’est extrêmement courageux, même pour un film tourné en 1990.

Un rayon laser sur un silo de maïs. Oui, la scène suivante implique des nains en train de faire des pirouettes dans du popcorn.

Passons maintenant à toutes ces petites merveilles qui font de Spaced Invaders un film profondément insupportable.

Primo : l’évidente absence absolue de conviction de l’ensemble des acteurs ayant participé au tournage. Tout le casting semble traverser le film sans expression particulière, sans particulièrement mal jouer, mais en ne pouvant s’empêcher d’affecter une mine un peu triste, confuse et peu motivée. Le casting des nains semble la plupart du temps déambuler avec un désœuvrement proportionnel à la laideur des costumes (notez quand même les t-shirt de basketball, so ninteies, qui nous sont infligés sans autre raison qu’un probable accord publicitaire). Les personnages adultes jouent les yeux mi-clos grimaçant en cas de besoin, cachetonnant avec mollesse en interprétant ces histoires de vaisseaux en carton-pâte, de robots tueurs et de manipulation mentale d’un pompiste nerd déguisé en zorro (cherchez pas à comprendre). Le pire étant quand même atteint par un point crucial du scenario que je me suis empêché de vous révéler jusque là.

Acteur complètement immonde qui cabotine déguisé en zorro-cyborg durant tout le film, et qui a construit tout le reste de sa carrière en faisant des milliers et des milliers de voix additionnelles dans des jeux vidéos. Et il double le chien dans la série Tv de Garfield.

Secundo, donc : Le scenario repose, film familial oblige, sur la présence massive d’enfants. De deux enfants, en particulier : une petite fille absolument à chier (la charmante Ariana Richards, dont la carrière cumline à 13 ans avec un rôle dans Jurassik Park et s’éteint tristement avec un rôle dans Tremors 3 ou elle jouait toujours aussi mal) et un petit noir comique de service déguisé en canard. Parce qu’en pleine hype de l’affirmative action et des années post-triomphe des comédies avec des noirs rigolos de Eddie Murphy, ça semblait sans doute être une excellente idée de mettre dans un film déjà relativement pénible un petit enfant de couleur sorti du cours Florent (probablement à coup de pieds) et de lui faire balancer sans arrêt et sans conviction des punchlines rigolol. Sauf que curieusement, cet enfant est si mauvais et le texte qu’il doit débiter si tristement pas drôle qu’on pourrait presque croire que c’est une tentative de brainwash du KKK destinée à faire croire aux enfants américains que les noirs sont incapables de jouer la comédie (ce que la carrière de Richard Aoyade dément bien mieux que celle dudit Eddie Murphy, si vous voulez mon avis). Le malheureux enfant n’a d’ailleurs quasiment pas perduré dans le monde cruel de la comédie, assez hereusement pour cette dernière. Cependant, trève de méchanceté gratuite envers des enfants (ils n’y étaient sans doute pour pas grand chose, les pauvres), le film est handicapé par un dernier problème de poids qui ne vaut que venir achever à coup de pied dans le flanc des comédiens qui n’en avaient pas besoin.

Autant y’a des acteurs capables de jouer de manière inexpressive tout le temps, autant y’en a assez peu qui jouent avec les yeux fermés et la bouche en coeur en permanence. Née pour jouer dans Tremors 3.
Sauf que dans Tremors 3, elle a essayé d’adopter des expressions, et que c’était pas très bien, d’ailleurs elle a plus rien fait du tout, après.

Ordoncques tertio : Le film Spaced Invaders possède une des VF les plus molle et finie à la pisse du XXè siècle. J’abats directement ma carte maîtresse, qui illustre assez bien le propos : les malheureux aliens poursuivis dans le film par un « Enforcer Drone » (ou quelque chose comme ça) se retrouvent en VF traqués par un « Bourdon tueur ». Tout est à l’avenant. Chaque acteur de chaque personnage a sa petite touche : du doubleur de l’alien avec un accent Russe (lol URSS) qui s’obstine à produire quelque chose mélangeant allègrement Marseille et Bamako en passant par la mère de famille qui débite son texte n’importe comment sans, manifestement, avoir les images sous les yeux à la voix endormie du petit vieux de service, tout est complètement affreux. Surtout les enfants. Surtout le petit noir habillé en canard (qui zézaie, du coup, parce que j’imagine que le directeur de plateau a trouvé ça marrant**). Les morceaux de bravoure de la VF sont source d’innombrables moments fort gênants, qui font osciller entre l’ennui, le rire nerveux et le facepalm avec la force de mille canards (une photo de mes fesses au premier que la blague fait rire). J’ai bien conscience que ce n’est pas vraiment la faute du film, que c’est un peu ce qui peut arriver quand on trouve par hasard une vieille cassette dans un magnetoscope de brocante et que Patrick Read Johnson, le réalisateur, n’y est pour rien. Par contre, rien que le fait qu’il ait été scénariste sur Coeur de Dragon I et II me donnent quand même une sacrée envie de pas spécialement lui trouver des circonstances atténuantes.

J’ai un peu l’impression d’avoir baché ce film beaucoup trop fort. Après tout, c’est un vieux film à moyen budget destiné au jeune public, il ne faut sans doute pas en attendre plus que ça. Cependant, pour en revenir à mon propos initial, je crois qu’à trop gaver les enfants avec de la merde au lieu de leur faire regarder des choses saines comme Sexy Commando Gaiden ou Toxic Avenger, on finit par avoir une génération d’affreux technophiles nostalgiques en train de twitter des lols en linkant des sites d’electro mondaine, avec un t-shirt Casimir et des week-end à base de matage de télé réalité « parce que j’aime bien me moquer ». Ni vous, ni nous, ne voulons d’une telle jeunesse. Spaced Invaders, je vous juge donc coupable de complicité de décérvelage des teenagers des années 90 et vous condamne à ne jamais connaître de remake, sinon un produit et réalisé par Night Shyamalan.

*Sup, futurs vieux connards qui passez votre vie à citer Kaamelott et Bref ?

** Ou alors, suicide pour suicide, il a laissé tombé et décidé de faire complètement n’importe quoi.

Dans une version étendue de l’article, je spéculais sur le titre qu’aurait ce film s’il sortait aujourd’hui sur les écrans français, mais j’hésite entre « Very bad Aliens » et « Invaders Space Trip »

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