Outrage : Born In Terror. Tout un programme.

Je pourrais bien vous expliquer, avec une intro rigolote, comment je choisis « le prochain film que je vais regarder », mais je crois que beaucoup de gens trouveraient ça ou malsain, ou illégal, ou sans intérêt. Pas franchement glamour, de toutes façons, ça implique une gigantesque wishlist et un D88 sur un site de jeu de rôles. Bon, le hasard a un certain poids dans « le prochain film que je vais regarder ». Dès fois, comme ça, je finis par regarder Morse, ou Super, et c’est cool. Et puis des fois, ça tombe sur Outrage : Born in Terror.

 

Vendre du rêve.

Je n’ai franchement rien contre les Blockbusters, même si globalement, les contraintes de production liées au fait que des tas de banquiers jettent des milliards dans la direction d’un réalisateur en en faisant leur petite pute finissent inévitablement par acoucher de produits victime d’un certain formatage (absence de sexe en full frontal, poursuites, explosions à gogo et messages évangélique en sous-texte et présence de Marion Cotillard au casting, que des trucs généralement pénibles dans un film à grand spectacle). Cependant, chaque niveau de film possède ses contraintes propres. Les « films indés » à petit budget type Juno (au fait, vous saviez que Juno était lun remake ? Bah maintenant vous le savez. Comme quoi, même les indés peuvent piller le ciné asiatique et ramasser les sacs de patate avec des dollars dessinés dessus, hein) ont une autre forme de contrainte* : obligation d’être des peintures de la middle class américaine, omniprésence de dialogues et de personnages névrosés, et fanbase de petits péteux et de journalistes de Télérama. Les films à moyen budget (15 – 50 millions de dollar, quoi) ont simplement la contrainte de leur effroyable difficulté à exister. En général, leur réalisateur est Terry Gilliam, et à la fin, tous les acteurs meurent.

« Je remercie Ace Cruz sans qui je n’aurais jamais percé dans le monde du cinéma »

Et puis il y a des centaines, des milliers de films par an dont la seule lecture du paragraphe précédent est de la science-fiction, dans la mesure ou pour eux, un budet de 15 – 50 millions de dolars leur permettrait de produire environ deux cent cinquante films.

Je ne connais pas le budget de Outrage : Born in Terror, mais je mise pour quelque chose qui ne doit même pas avoir six chiffres au compteur. La présence de Michael « Mr.Blonde » Madsen au générique ne doit tromper personne. D’une part parce que bon, à mon avis on peu le payer en Riesling, et qu’en plus, il y a une astuce, j’y reviendrais.

 

Effets spéciaux bio : je les fais pousser moi-même.

Outrage : Born in Terror est un « slasher movie dans les bois » à très, très petit budget. Pour finir mon propos de tout à l’heure, les contraintes liés à un tout petit budget sont très liés à l’énorme et seul avantage qu’il procure : sans aucun enjeu financier, absolument tout est permis. Sauf que bon, l’ambition est forcément un peu limitée par le fait qu’il y a vraiment, mais alors vraiment peu de moyens de filmer ce « tout ». Dès fois, un crew solide et un coup de moule peuvent accoucher d’un film qui fait date dans l’histoire du cinéma (Rocky, le projet Blair Witch, Mad Max…)

D’autre fois, l’intégralité de ton « crew solide », c’est Ace Cruz.

 

INTENSITER

Ace Cruz, c’est un véritable homme-orchestre. Il ne sait jouer d’aucun instrument, mais n’empêche, il parvient, sur Outrage, à cumuler les rôles de producteur, d’acteur principal, de monteur et de scénariste (cependant, ces deux dernières tâches ne semblent pas lui avoir pris un temps fou). Comme en témoigne sa fiche IMDB, Ace est un mec qui semble condamné à rester tout en bas de la pyramide du cinéma, mais déterminé à l’exploiter à fond.

Mais entrons dans le vif du sujet. De quoi parle Outrage : Born in Terror ? Bah, spoiler, de pas grand chose. Une bande de cons se rendent pour un week end dans les bois en plein milieu d’un territoire de redneck consanguins (hommage appuyé au triple surligneur à Deliverance), et ils se font trucider un à un par des prisonniers en fuite, ou quelque chose comme ça. Le chef des prisonniers, c’est Michael Madsen, qui rigole très fort en gros plan et utilise son fusil de sniper pour semer la terreur. Bon, sans vouloir vous saboter le truc, à la fin, la blondasse survit et tous les autres meurent, parce que voilà, c’est un slasher dans les bois, et que c’est comme ça qu’ils finissent tous.

 

La blonde aux yeux bleus survit. C’est plus de la flemme que de l’arianisme primaire, si vous voulez mon avis.

Quelques trucs retiennent cependant l’attention.

D’une part, tous les aspects techniques du film, pour l’ensemble de leur oeuvre. Il est vraiment, mais alors vraiment rare que chaque aspect d’un film se rapproche à ce point du critique « j’aurais sans doute fait mieux avec mon téléphone »**. Montage à la tronçonneuse, interprétation approximative, trucages rajoutés à la truelle MS Paint, poursuites au ralenti, bullet time en basse résolution sont au programme. Avec une touche assez particulière pour les effets spéciaux très foireux, de type fantôme bleuâtre qui sort d’un cadavre et rajouté au forceps en post-prod.

 

Tu dois libérer ton kiiiiii.

Ensuite, il y a quand même quelques rebondissements dans le scénar qui sont suffisemment mauvais pour arracher quelques sourires. Les Rednecks du début (dont l’horrible, horrible narrateur du film, un crétin édenté avec une voix traînante et désorientée) sont en fait des magiciens envoyés par le Christ pour sauver des gens. Ils manipulent des pierres magiques de soin de Dieu pour aider les gens à survivre. Même si la tentative d’insérer un peu de White Trash mystique (et ultra-évangéliste) dans un slasher fauché ne manque pas d’audace, le résultat consiste surtout en diverses bouillies de lumière peu convainquantes pour simuler les pierres magiques, et en Deus Ex Machina littéral complètement absurde pour résoudre une intrigue déjà très faible (en gros, vous apprendrez qu’un fantôme qui a la foi fait un très bon conducteur pour transformer un balcon en chaise électrique). En parlant du scenar et pour ceux que ça intéresse, on a droit à un seul et unique plan nichon, l’actrice concernée semblant avoir été insérée dans le film juste pour se mettre nue, puis mourir quelques secondes plus tard.

 

La gueule du mec laisse très clairement sous-entendre qu’il a déjà connu mieux.

Et puis, bon. Il y a Michael Madsen. Je sais que c’est pas très bien de tirer sur les ambulances, surtout quand le conducteur est bourré, mais le pauvre Madsen, très manifestement là pour cachetonner sans vergogne, n’a pas été aidé par le fantastique Mr.Cruz.

Je suis le seigneur des ténèbres blablabla filez moi mon chèque que je me casse de ce tournage de merde.

Question (rhétorique) : comment fait-on pour se payer Michael Madsen quand on fait un film avec son argent de poche ? Réponse (triste) : on le fait venir une seule journée. Et on tourne toutes ses scènes en gros plan pour faire croire qu’il y a d’autres acteurs dans le coin. Un bon quart d’heure de ce film est ainsi constitué de Maden en gros plan, en train de parler à des acteurs qui ne sont très manifestement pas devant lui. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’astuce ne prend pas très bien. Si encore Ace Cruz avait tenté un « Godfrey Ho like » en séparant complètement Madsen du reste du film… Je veux dire, il aurait pu y arriver, le mec joue un sniper fou, donc il aurait pu, vous savez… Sniper. Mais non. Madsen, interragit tout le temps avec le reste du casting. Il les empoigne, il leur fonce dessus, il les secoue, il les kidnappe.

Holala on m’a tapé avec une pelle et soudain tout le reste du casting est hors-champ.

Bon, comment on fait pour faire interagir un casting avec un mec qui n’est pas là ? Bah on prend une doublure, dont on ne filme que les mains, on filme de dos, on filme dans l’ombre, et la magie du cinéma fait le reste. Sauf quand le montage est fait avec Movie Maker par un Ace Cruz sous ritaline, mais ça, c’est les risques du métier.

 

Le montage poussé dans ses derniers retranchements.

Je ne conseillerai absolument PAS Outrage : Born in Terror à qui que ce soit, même au plus tolérant des amateurs de nanars. Parce que regarder un produit aussi proche du brouillon de film amateur, avec en plus un fonds relativement puant (du genre catho intégriste/peine de mort/les fornicatrices méritent le viol) et assister ainsi impuissant à la chute d’un des acteurs chéris de Tarantino, ça a quand même quelque chose qui tient de l’incontestable perte de temps.

FILM DE FANTOME.

* Quoi a dit « présence de Ellen Page au casting ? » Sortez, monsieur.

** Et je suis même pas sur que le mien ait une fonction appareil photo.

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