Some Guy Who Kills People. Some bon film avec some publicité mensongère.

Les gens, dans le monde du cinéma, ils ont un truc qui s’appelle l’esprit de ruche. C’est ma périphrase préférée pour expliquer cet esprit moutonnier qui consiste à reproduire jusqu’à la nausée, dans un joyeux mélange de plagiat et de malhonnêteté, un concept qui marche pour en faire une tripotée de films plus ou moins inspirés. Ou plus ou moins en réaction avec cette tendance. Typiquement, les films de Zombie. Les Zombies c’était un come back fracassant en 2004, un phénomène de mode en 2008, un truc dont la simple évocation évoque une indigestion couplée à une envie de faire voiture bélier dans un pool de scénaristes en 2012. C’est ainsi qu’en deux-trois ans, on a eu une floppée de films (dont tous clament avoir eu l’idée en preum’s) sur des justiciers masqués sans pouvoir. Il y a eu la version lol à Grand Spectacle bon enfant (Kick Ass), la version Trash Dérangeante pour adultes (Super) et la version Drame Social sinistre (Defendor)*. Les trois étaient d’assez bons films, très différents les uns des autres -je parlerai de Defendor un de ces quatre- mais qui avaient quand même un cépage commun dénommé « un type qui a pas de pouvoir et fait des trucs de super héros ». Amusant d’ailleurs de voir que ces trois films ont choisi les trois dénouements possibles pour une telle aventure : Good Ending (Kick-Ass), Normal Ending (Super) et Bad Ending (Defendor).

Bon, qui dit cépage dit vendanges tardives (je sais, c’est vraiment le pire raisonnement jamais, mais allez-y, faites mieux, si j’étais payé pour ça, ça serait mieux construit). En 2011 a donc été récolté ce film avec « un type normal qui fait des trucs pas normaux » :

Affiche mensongère.
Affiche horriblement mensongère.

Autant le dire tout de suite, Some Guy Who Kills People possède le pitch et les affiches les plus malhonnêtes que j’ai jamais vu. Ca sera mon premier (et quasiment seul) repproche. Vendu moitié comme une comédie horrifique avec un average guy justicier sanglant, moitié comme un Dexter avec un handicapé mental, ce film n’est ni l’un ni l’autre. C’est une comédie dramatique de très bonne facture, et rien d’autre. Mais si vous cherchez des combats impressionnants, du gore, des twists de malade ou une réalisation qui vous en colle plein la vue, vous pouvez directement arrêter de lire cet article et aller revoir Hot Fuzz, ou aller sur /d/, si c’est ce que vous aimez faire de votre vie.

Le truc le plus impressionnant de tout le film. A part la charge émotionnelle.

L’histoire est pas bien compliquée, même si, mini twist de fin (avec des ficelles de la taille de Dieu) oblige, je ne vous raconterais pas les dix dernières minutes. Au lycée, Ken a été tabassé par des gens de son lycée (enfin, tabassé du genre marqué au fer rouge et arrosé d’essence, pas juste une brulure indienne). Il est ressorti de cet épisode traumatisé et un peu limité, et a sombré dans la dépression. Après diverses tentatives de suicide et des années d’internement, il est coincé chez sa mère (abusive), vivotant comme vendeur dans un milk bar carsseux avec son seul ami, Irv. Une vie de merde, donc, d’autant plus que les mecs qui l’avaient torturé continuent de le tourmenter occasionnellement. Décidant de prendre sa vie en main (nous fait croire le montage, parce qu’il y a un truc, bien sûr), Ken commence à massacrer avec violence ces filous. Des scènes par ailleurs montrées sans le moindre souci d’afficher du rouge à l’écran, hors champ, de manière sobre. Ce n’est pas un film d’horreur, on vous dit.

« A Indie Movie About A Man who Learns to Know His Daughter and who Dates a Pretty English Girl.avi »

Tout se complique un peu quand sa mère commence à sortir avec le shériff du coin, et que la fille de Ken (engendrée lors d’une brève relation instable d’une semaine onze ans plus tôt) reparaît, et que par dessus le marché, une jolie anglaise (la meuf qui joue la reloue snob dans Shaun of The Dead) commence à flirter avec lui. Je sais, ça fait trop en même temps, mais dans le film c’est moins choquant que quand je le dis, parce que franchement, là, on en est déjà aux deux-tiers de l’intrigue.

Cette scène est d’ailleurs plus importante au propos du film que n’importe quel scène de violence.

Comment ? Mais, monsieur Falcam, ou sont les rebondissements ? Ou sont les costumes ? Ou sont les twists ? Bah en fait, nulle part, petit(e) camarade. Some Guy Who Kills People, quitte à avoir un titre aussi démonstratif, aurait tout à fait pu s’appeler « quelques jours assez intéressants dans la vie d’un mec socially awkward pendant que des types se font tuer mais c’est pas super important ». Le spectacle, très loin d’être désagréable, proposé par ce film implique en fait un début de relation amoureuse, un questionnement plutôt pertinent sur la parentalité, et sur la résilience. Lors du dernier tiers du film, Ken se fait arrêter par le shérif (après une enquête un peu mollassonne qui doit assez ressembler aux vraies enquêtes de la vraie vie, ou les flics sont pas très doués, mais les criminels pas franchement non plus), ce qui, bien entendu, brise le fragile édifice (parental et sentimental) qu’il a réussi à mettre en place, malgré ses traumas (et ces histoires de tuer des gens, bon).

« un film avec un mec sans pouvoir dans un costume »

Il y a un twist final, gros comme une maison et expédié en dix minutes, qui refait un tout petit peu basculer ce film dans le « thriller horrifique ». Mais après quelques révélations poussives et un good ending improbable, le film pose quand même une question intéressante : est-il pertinent de se venger ? Et, film à budget qu’aucun critique néoconservateur ne verra jamais et qui n’intéressera jamais le moindre diffuseur soucieux de ne pas déplaire au public familial, Some Guy Who Kills People apporte une réponse assez pertinente dans la réflexion qu’elle suscite. C’est un peu difficile d’en dire plus sans complètement griller la fin, mais bon, disons que le film est assez malin pour apporter une réponse qui fait prendre conscience de la difficulté de la question, sans non plus verser dans le « IT’S ALL ABOUT SHADES OF GREY LOLILOL »

A part le twist final un poil grossier, l’enquête du shérif est plutôt marrante et réaliste.

Bon, je vais pas bouder mon plaisir, j’ai passé un excellent moment en regardant ce film. Les acteurs ont beau pour la plupart être des seconds couteaux dans des séries télé (y’a le mec qui avait le rôle du héros dans The Rocky Horror Picture Show, quoi…) ils livrent tous une performance honnête. Le réalisateur est pas spécialement inspiré, mais ne fait pas d’erreur visible à l’écran. C’est sans audace, mais sans taches non plus. D’ailleurs, ça vaut peut-être mieux, je crois qu’il vaut mieux ne pas demander au réalisateur de « Sexcrimes 2 » et de « Mega Shark vs Giant Octopus » de laisser trop parler sa créativité. Le seul reproche de ce film, c’est donc que ses diverses affiches montrent un héros de comics brandissant une glace de sang, ou le héros souriant comme dexter avec une machette à la main. C’est si éloigné du véritable contenu du film qu’on ne peut que penser que ce film va fatalement décevoir ceux qui vont tomber dessus par le synopsis ou l’affiche. Le public cible étant nettement plus proche de celui de Juno que de celui du sans doute très respectable Nude Nuns With Big Guns.

* Et la version comédie pouet-pouet « Marion Cotillard et les Anarchistes en Folie ».

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