Goemon : The Freedom Fighter aka The Vomito CGI Experience.

Parmi les phrases qui m’énervent au plus haut point, il y a « Ah oui c’est comme un manga filmé lol », pour désigner tout film japonais qui n’impliquent pas des violonistes autistes partis faire le deuil de leur frère tué par une secte en métaphorisant sur la rupture entre tradition et modernité sur fond de piano et de plans fixes. Le cinéma japonais a ce trait commun avec sa nationalité qu’il n’a incontestablement pas la même notion de frontière que le cinéma occidental. Frontière entre la réalité et la fiction, entre le fantastique et le naturaliste, entre le rire et les larmes, entre le figuratif et l’abstrait. Et entre ce qu’il est tolérable de filmer ou non. Parfois, c’est pour le meilleur, parfois c’est pour le pire, mais c’est souvent pour le WTF.

 

J’ai 28 ans et qu’est-ce que c’est.

Le Japon est un des rares pays dont la solidité de l’industrie cinématographique lui permette de produire des films à gros budget. Dans ces rares pays (à la louche, les USA, la France, la Chine, la Grande-Bretagne, la Corée du Sud et ledit Japon, mettons l’Inde à part parce que bon quand même), très peu osent filmer n’importe quoi de manière décomplexée. Les distributeurs français sont coincés du cul, les anglais pondent de la comédie de qualité au kilomètre, la Chine connaît la pesanteur de la censure, le cinéma sud Coréen vire souvent dans le commentaire social… Alors que les USA sont capable de faire sauter la planète tous les deux jours en jouant de la trompette devant des drapeaux, et que les Japonais… Bah les Japonais font n’importe quoi. Je vous renvoie à ma critique lointaine de Tokyo Zombies, et j’ajouterais qu’est sorti cette année Dead Sushi, dont j’attends avec impatience la distribution dans tous les multiplexes du Loir-et-Cher. Ceci dit, de temps à autre, ce n’importe quoi s’avère être un gros film avec de gros acteurs et des milliards de yen en jeu dans le bousin. Mais en aucun cas ça ne valide la phrase, qu’elle soit prononcée de manière positive ou négative « ah oui c’est comme un manga filmé ». Un film c’est un film, merde. Ca a ses propres codes, ses influences qui viennent d’un peu partout, et résumer les auteurs de cinéma populaire japonais à des sortes de neuneus incapable de produire autre chose que des adaptations de BD, c’est mal connaître la capacité des japonais à faire du gros n’importe quoi ex-nihilo.

Même si c’est pas toujours pour le mieux.

 

Fuck yeah bagarre !

 

Goemon : The freedom fighter est un film terriblement moyen. Je ne dis pas ça à la décharge du film, d’ailleurs, mais c’est un film qui n’est vraiment ni bien ni mal. Ses qualités et ses défauts s’équilibrent parfaitement pour donner quelque chose de tellement mitigé que ça en redonne ses lettres de noblesse au très dévoyé concept de « mention passable ».

Pour resituer, Goemon, avant d’être une série de jeux vidéo de la Snes dont vous avez l’impression qu’ils sont bien mais en fait vous n’y avez pas joué donc vous n’en savez rien, c’est une semi-légende japonaise du XVIè siècle. Goemon, en gros, c’était un peu le Robin des Bois japonais, volant aux riches seigneurs pour donner aux pauvres hommes de la rue en pyjama. Je vais pas entrer dans les détails de la vie du « vrai » Goemon, parce que Wikipedia en sait tellement, tellement plus que moi à ce sujet. Ça serait dommage de lui mâcher le travail, quoi.

 

Bioman.

Bon. L’Histoire de ce film de deux heures dix est tellement dense et foisonnante que ça serait extrêmement pénible pour tout le monde de rentrer dans les détails, mais en gros, alros que l’unité du Japon est en marche et tout le monde conspire dans tous les coins pour tuer Nobunaga. A la fin, je sais plus trop qui gagne, je ne suis pas très bonne avec l’Histoire du Japon, mais en gros, vous allez en voir défiler un max, du Hattori Hanzo, du Ishida, du Tokugawa, du Toyotomi, etc. Le tout se trahissant et se foutant joyeusement sur la gueule avec la force de 9000 soleils levant.

Le mec qui joue Toyotomi Hideyoshi cabotine pas mal, mais bon, c’est le genre qui veut ça. Et le Japon. Et il est pas aidé par le côté un peu trop flamboyant de son costume.

Le film retrace, de manière assez comico-tragique les péripéties de Goemon, en lutte contre le pouvoir qu’il a autrefois servi, avachi dans les putes et dans le pillage de riches maisons. Un jour, bien entendu, il va voler la mauvaise baraque au mauvais moment et mettre le doigt dans un engrenage qui va le voir affronter son ancien meilleur ami tandis que blablabla film de sabre. L’Histoire n’est pas spécialement un point fort de l’intrigue de Goemon : The Freedom Fighter, mais elle offre un bon prétexte à d’excellentes scènes de DRAMA et de bagarre de ninja.

 

Sans oublier le passage avec des ninjas et des gatlings, qui me fait regretter de ne pas être né japonais au XVIè siècle.

Les 9 millions (c’est à la fois ridicule au regard des budgets US et honorable pour un film de genre japonais, dans un pays ou les coûts de production cinéma sont assez faible*) d’euros sont essentiellement passés dans les acteurs (Gormon est joué -plutôt pas mal- par une tête connu du ventre mou du cinéma et des séries TV japonaises, Yosuke Eguchi) et dans les effets spéciaux. Oui, parce que bon. Avec neuf millions, tu construis pas une machine à voyager dans le temps pour te faire des stock shot de paysan d’époque : tu prends ton gros rouleau à CGI et tu tartines tes fonds vers d’un dégueulis de pixel.

 

Maman j’ai raté les SFX !

Parce qu’avant d’être un film de sabre assez prenant, Goemon est hélas cela : un gigantesque, perturbant, nauséeux amas de 3D pâteuse, d’acteurs mal incrustés, de doublures numériques approximatives, de météo digitale improbable. Au début, on essaye de pas trop y prêter attention, après, on en rigole un peu, et enfin (et par là je veux dire qu’on en est qu’à 10 minutes de film et qu’il reste deux heures à enquiller) on commence à avoir la tête qui tourne et à trouver ça un peu dégueu. A la fin, tout ce dont on a envie, c’est de voir une vraie pièce de théâtre minimaliste, avec juste quelqu’un qui déclâme un texte. Surtout, sans fond vert, sans ninja en 3D, sans putes qui font de la J-Pop dans un palais créé avec le kit de développement de la PS1.

 

Ce n’est pas vraiment comme dans le gouffre de Helm.

Oui, il y a des putes qui font de la J-Pop. Hurr.

 

Classe.

Sans ce ramassis insupportable d’effets « pop » qui transforment le film en gruau inregardable, Goemon : The Freedom Fighter serait un excellent film. Hélas, trois fois hélas, il devra se contenter d’être un spectacle divertissant, interrompu en permanence par une réalisation complètement à la ramasse et un postulat erroné basé sur le fait que les effets spéciaux, c’est bien, même quand ils sont à chier. Au crédit du film, ajoutons quand même une scène de « trahison » finale (pendant une scène de bataille avec des stormtroopers du XVIè siècle, en plus carton-pâte) qui rend bien hommage au scénar et à l’intelligence du spectateur pour lui faire comprendre que la guerre c’est mal, m’voyez. Mais ça ne suffit pas à élever Goemon : The Freedom Fighter au dessus de son tristounet statut de film 11/20, qui fait passer deux heures sympa si y’a rien d’autre à manger, mais moi, vous et votre collection de DVD à 0,79c achetés sur Cdiscount savons très bien qu’il y a d’autres poissons dans l’océan. Ce n’est pas la perspective de regarder prochainement un film de loups-garous québécois qui va me contredire.

 

Goemon arrivera-t-il à sortir de sa cinématique Mega CD ? Vous le saurez en regardant Goemon 2.

 

* Grace à une vaste capacité à cacher la misère et à travailler à toute vitesse et pas très bien.

 

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