Up In Smoke. M’voyez.

Alors bon. J’ai jamais été fasciné par les stoner movies. Un peu pour la même raison que je ne suis pas fasciné par le rock stoner, l’art psychédélique ou la poésie symboliste, raison qui me fait aussi penser qu’être défoncé et s’appeller Phillip K. Dick n’est pas une excuse pour finir ses romans n’importe comment. Cette raison est assez simple : je ne me drogue pas. Ce qui s’approche le plus de ce comportement, dans ma vie, c’est la cuite semestrielle que je m’inflige. Je ne vais pas entrer dans un débat pour ou contre les produits qui modifient le comportement, parce que je pense que tout est vraiment trop une question de perspective, de moment et de construction sociale pour amener à un débat qui ait le moindre intérêt et qui ne se termine pas par « des fois oui, des fois non ». Je voudrais simplement apporter un constat : ayant été donc régulièrement ivre et ayant vu plus qu’à mon tour des gens drogués, je ne peux que constater que si, pour l’usager, on en retire souvent un bénéfice (rires, absence d’inhibitions, mal de mer en plein Loir-et-Cher sans besoin d’aller dans un parc d’attraction), ce bénéfice est souvent couplé à un crash en bonne et due forme de la capacité à faire quoi que ce soit de bien. Ne me balancez pas que Bukowski était bourré et c’est pour ça qu’il était si génial. Si ça se trouve, s’il avait été sobre, il aurait écrit la suite des Eddas. Cet argument est aussi débile que celui qui tend à dire que si Marc Levy était crackomane, il écrirait bien. La vérité, c’est qu’on en sait rien, et qu’on peut juste constater que quand je suis sobre, je tiens mon blog à jour et que quand je suis bourré, je vomis sur ma copine.

Contrairement à Some Guy Who Kills People, aucune publicité mensongère ici.

Tout ça pour dire que je ne suis pas non plus un fanatique des situations qui me font côtoyer outre mesure des gens défoncés, et que s’infliger une heure trente de films uniquement basé sur le fait de voir des gens se droguer n’est du coup pas a priori un spectacle que j’aime m’infliger. Ce qui ne m’a pas empêché de regarder Cheech and Chong’s Up In Smoke.

Dans une coquille de noix.

Le titre français, plus pragmatique, résumait en quatre mots l’intégralité du film : « Faut Trouver le Joint ». Up In Smoke est considéré aux USA comme une des pierres fondatrices du Stoner Film. Sorti en 1978, à une époque ou l’usage de toutes sortes de drogues était, fictionnellement parlant, vachement plus rigolo que maintenant (c’était avant le Sida, Reagan, Thatcher et Amy Winehouse), Up In Smoke n’est pas qu’un film qui parle de drogue, c’est un film qui a été écrit par des usagers plus que réguliers.

dem stoners

Vous ne connaissez sans doute pas Cheech et Chong, parce que vous n ‘êtes pas américain et vieux. Mais là bas, ils sont au moins aussi connus que Chevalier & Laspalès. Sauf qu’au lieu de faire des publicités traumatisantes pour des assurances dans mon service public et du théâtre de boulevard de qualité moyenne*, Cheech & Chong ont basé toute leur carrière sur des sketchs à base de drogue. Et des chansons à base de drogue. Et des films musicaux à sketch à base de drogue. Et Up In Smoke était le premier de ces films. Et l’essentiel du budget a très probablement été consacré à acheter à Cheech & Chong des préparations à base de plante pour les aider à se concentrer.

Le scénar de Up In Smoke est tellement décousu qu’il est presque insultant pour le film d’essayer de le raconter. En gros, c’est l’histoire d’un gars qui se fait chasser de chez ses parents parce que c’est un drogué, et qui se fait prendre en stop par un mexicain drogué, et après, ils cherchent de la drogue. Pendant une heure et demie. Il se passe des tas de choses, mais globalement, c’est juste une sorte d’errance molle de maison en maison pour aller chercher des trucs à fumer, sniffer, ingérer ou injecter. Il y a aussi une histoire de festival de punk rock, quelques scènes graveleuse, une histoire de policiers anti-drogues et d’autres trucs du même genre, mais globalement, tout ceci est noyé dans une sorte d brouillard qui parvient à lier très vaguement les actions les unes aux autres, l’essentiel de ces actions étant donc de trouver, puis de consommer de la drogue.

Lol j’ai sniffé de la lessive. Voilà voilà…

Up In Smoke est un film qui a une temporalité et un montage des plus bizarre. Alors que certains pans de l’intrigue ou certains gags peuvent être expédiés ou oubliés en quelques plans, certains dialogues effroyablement poussifs peuvent parfois se mettre à durer une minute, puis deux, puis neuf. Le montage, parfois très dynamique et rigolo(la scène du procès) se met à ralentir et à devenir particulièrement awkward (interminable scène de sexe simulé dans une camionnette, plan de dix secondes sur une fille qui fait « blebleble » parce qu’elle a pris de la coke coupée à la lessive) sans qu’aucune sorte de transition n’ait été amorcée pour prévenir ces changements de rythme.

Le film semble reconnaître avec honnêteté que le sexe défoncé n’est pas le meilleur sexe.

Up In Smoke est un fourre-tout assez pâteux de différentes sortes de film. Road Movie quasiment statique (la scène de neuf minute de dialogue à propos d’un joint qui s’avère être un cure dent se passe en partie après un accident de voiture au ralenti), film potache (joints géants, grimaces, poursuites en accéléré), film musical (la bande son par ailleurs excellente a été composée par le duo), film vaguement politique (allusions aux traumatisés du Viet-Nam), comédie burlesque, film érotique… Le film semble ne jamais savoir sur quel pied danser.

Les Hare Krichna, ça fait toujours rire, même sobre.

Je me rends compte que ce que je dis pourrait faire passer Up In smoke pour un mauvais film. Up In Smoke n’est pas mauvais. Pas vraiment. Il est simplement impossible de l’apprécier à sa juste mesure en étant sobre et clean. Ce qui semble drôle sous beuher et ce qui semble drôle dans un état normal peut tout à fait se croiser, de temps à autres. Je pense qu’un type qui fait du rock en tutu rose, c’est drôle peu importe l’état d’ouverture des portes de la perception. Par contre, un figurant habillé en légionnaire romain qui passe dans le champ en trimbalant des pizzas, sans raison particulière, je pense que ça n’a de valeur ajoutée que quand on se trouve dans un état où on trouve les mouches et les théières super lol. Voilà, Up In Smoke est une comédie plutôt marrante par moment, relativement bien produite (avec l’argent de la Paramount), même pas fondamentalement immorale (donc tu peux regarder ce film, même si tu es chez les Scouts, petit merdeux).

Ouvriers mexicains en plein assemblage d’une voiture faite entièrement en beuh, potentialités humoristiques infinies !

Comment, prélat Falcam, pas immoral, un film de drogués ? Bah, étrangement, oui. Même si les deux personnages passent l’essentiel de leur temps à « trouver le joint », cette épopée n’est pas spécialement glorieuse. La consommation de drogue y est montrée pour ce qu’elle est : une expérience certes récréative, mais qui comporte une part vraiment non négligeable de loose absolue, de perte de mémoire, d’accident de voiture, de vomi, de pauvreté et d’overdose. Tout ceci est utilisé pour faire des blagounettes, certes, mais il est assez difficile de considérer Up In Smoke comme un rabatteur potentiel pro drogue. On pourrait presque le considérer comme un mockumentaire sur les dealers de la West Coast de la fin des années 70 (avec le mauvais goût esthétique qui va bien, d’ailleurs, sup, volants-moumoutes ?). Bref, le genre de film qui ne vous fera jamais commencer, ni arrêter la drogue, mais dont une partie du propos restera opaque au spectateur clean.

C’est ce que doit être le rock’n’roll.

Un mot tout de même sur la VF, absolument calamiteuse (oui, voilà, VHS trouvée dans une brocante qui a sauté sur mon disque dur blablabla) oblige, une petite touche de nanar vient se rajouter sur un film plutôt honnête en terme de jeu des acteurs. Parce qu’il faut croire que si Cheech & Chong sont d’authentiques connaisseurs en matière de moquette, ce n’était pas le cas du directeur de plateau de la version française, qui était manifestement assez étranger au domaine. Ce qui donne des dialogues assez mous et parfois assez curieux ou le sens des gags initiaux se perd dans des erreurs de traduction. Ainsi cette scène étrange ou Cheech fait accélérer sa voiture :

Cheech : That’s some speed !

Chong : Ah, do You Have some speed ?

Cheech : What ? No, I’ve got no speed, but I have a joint….

Et qui devient en Français :

C : Alors ça c’est du rapide !

C : Quoi ? T’as du rapide ?

C : Non, mais j’ai un joint.

Ce qui ne fait que rajouter à la confusion générale du propos, convenez-en. Bon, voilà, à part ça, le reste de la VF (hors traductions foireuses) est typique de ces doublages à la chaîne fin 70-mid 80 fait à la chaîne avec six ou sept voix pour tout le cast, des acteurs démotivés au possible et un mixage fait au pifomètre. Pas très bien, mais sans atteindre des sommets d’immondices non plus.

Comment ai-je pu oublier la scène coquine avec des Nonnes qui se font fouiller par la police ?

Allez, à la prochaine. Je vous parlerais de BD Objectiviste pour les enfants, si ça se trouve.

* Et Ma Femme s’appelle Maurice, faut-il le rappeler ?

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7 réflexions sur “Up In Smoke. M’voyez.

  1. Oh moi aussi j’adore (ah, c’est « Azur » ?), ce jeu m’a profondément marqué. Surtout que quand j’y ai joué la première fois, je comprenais rien du tout aux dialogues en anglais (l’histoire du canard ?) et pareil pour les objets, que j’utilisais un peu au hasard. C’est surement pour ça que c’est associé à des souvenirs plutôt psychédélique. Ca, et les monstre du 92e sous-sol.

  2. Ouais, je l’avais jamais fini parce que je pense que j’étais trop con, mais j’adorais ce système affreux de Die and Retry sans fin, ou tu finissais toujours par rusher comme un porc pour trouver une sortie face à des monstres horriblement plus forts que toi. C’était la version ultra hardcore de Persona avant l’heure.
    Mais je crois qu’y rejouer tuerait complètement les bons souvenirs que j’en ai.

  3. Ahah dans ces moments là je renvoyait les monstres les plus faibles à la maison « Vite, petits, rentrez tant qu’il est encore temps !! ». Je m’y étais remis plus tard par contre et avait cassé le jeu avec des fusions de porcs (oui, on pouvait faire un peu comme dans Disgaea, en lançant des monstres sur son chouchou pour lui faire gagner des pouvoirs).
    A force d’avoir entendu parler de Persona, j’ai sauté dessus quand j’ai vu le III en occasion. Mais c’était la veille de partir pour une demi-année dans la savane. Des fois, j’en rêve la nuit….

  4. Salut! Si j’ai bien comprit tu as en ta possession une version vhs francaise (québécoise) du film? si c’est le cas écris moi a faderdezintegrator@hotm….com je serais plus qu’intéressé à avoir l’audio!
    Merci!

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