Ils saignent des éléments d’images – How I Got Rapestormed by two nerds and a Loli

C’est comme si j’étais vraiment une jeune lectrice d’Elegy.

J’aimerais vraiment, mais alors vraiment qu’un jour, quiconque ayant vraiment des arguments arrive à me prouver que nous ne sommes pas depuis trois-quatre ans dans l’âge d’or le plus flamboyant du jeu vidéo. Il n’y a jamais eu autant de jeux, et autant de bons jeux. Les modèles économiques marchent bien, et le côté dystopique qui consiste à donner tout un tas de données personnelles à Sony qui ne crypte pas les mots de passe ou à un troll obèse qui ressemble au mec des Griffins ne masque pas l’état de fait général : depuis la dématérialisation d’une partie du marché et la mise en concurrence entre les différents acteurs de la revente de jeux en boîte, on a un accès monstrueux à une quantité infinie de jeux de qualité pour un prix qui tend vers l’infiniment petit. J’ai du acheter entre 50 et 100 jeux vidéo l’an passé, et j’ai consacré pour ça un budget probablement inférieur à 250€. La plupart de ces jeux étaient très bons, ou au moins acceptables (étant donné que je n’achète quand même pas n’importe quoi au hasard juste parce que Gabe à mangé un zéro dans le prix). Pour la même somme, il y a dix ans (un quart de mon salaire de vigile de nuit à la Poste), même en creusant dans les bacs d’occase, j’aurais eu une dizaine de softs, dont certain probablement décevants. Après, il y a sans doute encore des gens, quelque part, qui achètent des jeux à 60 ou 70€ à Auchan ou à Micromania. Je n’en connais pas, ils doivent être sacrément riches ou sacrément cons.

Feed my Gaben ! With Caviar !

Bien sûr, un jour, Steam coulera, mes licences seront supprimées, et je tiendrais un autre discours, mais soyons sérieux, à ce moment là, je serais assez vieux et riche pour monter ma propre classe action et faire transférer tous mes jeux sur mon disque dur d’un pétaoctet sans DRM, ou bien on sera tous morts.

En attendant, j’ai jamais joué à autant de trucs aussi bons, tous supports et styles confondus. Et je n’ai rien eu à pirater depuis 2009. Le dernier jeu que j’ai piraté, c’était Farcry 2, et il était pas terrible (et très cher à l’époque).

Bien sûr, cette frénésie aboutit parfois à ce moment aukwar où tu as acheté un produit sur la base de vagues métacritiques ou sur une punchline de deux ligne, et où, à l’usage, tu te rends compte que ce truc n’était absolument pas fait pour toi.


Si vous aimez le scoring forcené et les concierges, j’en profite pour vous conseiller Dustforce.

They Bleed Pixels n’est pas fait pour moi.

TBP a été développé par deux personnes seulement, ce qui est tout sauf un gage de médiocrité. Super Meat Boy, Hotline Miami, Minecraft et compagnie où, à l’inverse, Homefront et FFX-II sont autant de preuves indéniables que c’est pas spécialement la taille du crew qui compte. Je ne serais cependant pas de ceux qui prétendent que David et Goliath, ça existe dans la vraie vie*, et il est évident que deux types dans un égoût avec un 486DX-II n’arriveront jamais à créer Assassins’s Duty VIII où GTA : Bourg-en-Bresse. Le jeu indé tend à se concentrer sur des formes relativement simples, compensant un manque d’argent par le terrau autistique du joueur moyen capable au choix de faire abstraction de la simplicité d’un produit pour passer 50 heures à suivre un scenario impressionnant, ou à scorer comme un porc en ramassant des feuilles d’arbre. Ou a crever. Crever. Crever encore.

Le Die and Retry est un genre fascinant à mes yeux, un peu comme le cinéma de Sembene Ousmane ou d’Ingmar Bergman. Je vois que c’est beau, je sais que c’est bien, mais j’ai un mal fou à rentrer dedans. Une fois bien callé dans mon siège, sans trop de distractions extérieures, je PEUX, si c’est un produit vraiment catchy, passer un certain nombre d’heures à m’empaler sur les mêmes 5 centimètres de piques trousemille fois d’affilée. Il se peut même que j’apprécie. Je n’ai aucune pudeur à classer Super Meat Boy dans mes meilleurs souvenirs de 2010. J’ai même joué plusieurs minutes à Kaizo Mario, et trouvé ça très drôle**. They Bleed Pixel, cependant, m’aura laissé comme un goût assez désagréable en bouche, voire carrément un sentiment d’agacement permanent. Après deux-trois heures de jeux, je suis obligé de poser la manette : je ne peux vraiment pas jouer à ce machin.

Le scenar, en deux mots, c’est « Une jeune fille gothique perturbée blablabla orphelinat blablabla Livre magique blablabla Cthulhu. » Ceci dit, c’est tout sauf le problème principal.

They Bleed pixel est sorti dans un silence relativement assourdissant, et pour cause, il n’a pas grand chose pour lui. Il est sorti sur steam, en plein été, à un moment où des dizaines d’autres jeux de plates-formes pullulaient à bas prix sur le site, s’est retrouvée en concurrence avec des trucs comme Hotline Miami autrement mieux markettés, et se présentait avec un emballage gotho-burton-préado-rebelle qui ne faisait pas vraiment rêver. Il aura d’ailleurs fallu de monstrueuses soldes de Gabe sur le catalogue indé pour que j’apprenne l’existence de They Bleed Pixels.

J’ai volé ces screenshots et même eu la flemme de les sauvegarder sur mon compte. Tant pis pour la Wayback Machine.

Je m’attendais au mieux à une sorte de Super Meat Boy revisité par Edgar Allan Poe. J’ai eu un rapekatrina*** que je n’avais vécu qu’une fois avec un jeu indépendant, et c’était pour Frozen Synapse, à ma connaissance un des seuls jeux dont un achivement consiste à avoir enfin terminé le tutoriel en mode facile. Rien ne distingue They Bleed Pixel d’un autre platformer indé artsy à la con. Certaines choses le tirent même carrément vers le bas. Le jeu est globalement d’une laideur consumée  le pixel art y étant un cache-misère crapoteux à un manque d’inspiration évident. L’ambiance à la Emily-the-Strange/Fanfiction de Timb Burton est d’un manque d’originalité à peu près complet, le tout baignant de plus dans une musique insipide, répétitive et casse-pied. Le contenu est faiblard, le level design est agaçant. Rien n’est vraiment affreux, mais tout est au mieux déjà-vu, au pire d’un manque de goût évident. Et que dire de du quasi décalque de Super Meat Boy sur les différentes morts de l’héroïne (scies, piques, sang partout, lolilol) ? They Bleed Pixel n’a pas trop de bol, il arrive à un moment ou on ne peut pas se contenter d’être moyen pour marquer son époque. (ah si, petite touche d’originalité quand même : il y a des combats. Ils sont pas très bien.)

HE LES GARS J’AI EU UNE BONNE IDEE ON METTRAIT DES MONSTRES RELOUS ET UN SYSTEME DE COMBO LOL

Pourtant, revenons-en à cette histoire de rapekatrina, un point distingue clairement They Bleed Pixel de la plupart de ses concurrents, et c’est ce point précis qui fera à mon avis la différence entre un acheteur potentiel et un non-acheteur de ce truc : il s’agit très clairement du jeu indé le plus DIFFICILE -le mode de difficulté maximum d’Endless Space ne compte pas, petits malins- que je connaisse. Si Super Meat Boy récompensait l’acharnement, They Bleed Pixels punit l’imperfection, et ce dès les premiers mètres du premier tableau. Ici, pas question de courbe d’apprentissage ou de marge de progression, vous êtes soit un DIEV, soit mort, mort et re-mort. Tout est calculé au millimètre près, la moindre erreur est un couperet absolu, et aucun écart n’est toléré (même le pourtant généreux système de checkpoint demande du sang-froid et de la précision extrême) . Pour arriver ne serait-ce qu’à la fin de n’importe quel niveau, vous êtes condamné à apprendre par coeur la seule méthode qui fonctionnait dans la tête des développeurs fous à lier de cette chose. Bien sûr, c’est le propre des jeux difficiles d’en arriver là. Mais pas dès le début. Pas de manière si violente. Sans doute est-ce une qualité, pour cette sorte de joueurs qui aime aussi embrasser les bottes de cuir brillant-brillant une fois l’ordinateur éteint. Mais clairement, je ne suis absolument pas le public visé par ce jeu.

Contrepoint : « Moi j’ai adoré, snort »

A part me faire ressentir comme une merde incapable de terminer le niveau 2, il ne m’a pas apporté grand chose, à part une crispation accrue sur sa laideur et son manque de grâce. Jouer à Lolipop Chainsaw en même temps n’a pas aidé. Peut-être que si j’avais été une petite fille rebelle doté de sk1ll2 de malade, j’aurais écrit un article très différent.

* Le Vietminh a quand même reçu de sacrées frondes de la part des Chinois.
** Je considère Kaizo Mario plus comme une forme de happening que comme un vrai jeu. Même si, je sais, un asperger-hikkikomori-obèse-neckbeard-japonais l’a sans doute speed-runné deux fois le temps que j’écrive cet article.
*** Parfois, le mot storm n’est pas assez fort.

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