OISEAU DE FEU JUSTE : Le Ace Attorney de l’ami Miike.

Si la France était le Japon, le fantasme masculin N°1 serait la majorette en uniforme.
Si la France était le Japon, Les L5 seraient 50, auraient 15 ans, et vendraient encore des millions de disque.
Si la France était le Japon, les Auvergnats seraient méprisés par la communauté et auraient du mal à trouver du travail.
Si La France était le Japon, Plus Belle la Vie serait adaptée d’une bande dessinée à grand tirage.
Si la France était le Japon, Je lirais « Saut de jeune Garçon » dans le train.
Et Si la France était le Japon, Dishonnored et Little Big Adventure seraient adaptés par Quentin Dupieux au cinéma.

Mais la France n’est pas le Japon, et tout ce qu’on aura, c’est Bloody Mallory.

Pas grave, c’est très bien comme ça. Néanmoins, dans notre bon vieil univers 616, c’est le Japon qui ose tout, et surtout n’importe quoi, y compris prendre un des cinéastes les plus aléatoires possible pour adapter un Visual Novel basé sur des bagarres d’avocat.

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NON TU

Sorti il y a un peu près un an, Phoenix Wright/Ace Attorney/Gyakuten Saiban : The Movie, arrive aujourd’hui devant tes yeux confus, jeune et brillant lecteur de ce blog. Voilà qui prouve encore une fois que nos amis japonais n’ont, conceptuellement parlant, aucune limite.

Disons-le tout net, quand j’ai appris que c’était Takashi Miike qui se chargeait de l’adaptation, j’ai été encore plus intrigué et craintif qu’à la simple annonce du film. Miike c’est quand même un type capable de tourner entre 2 et 12 (!) films par an, avec des budgets allant du rouleau crevé de dix centimes à la (relative) superproduction, et un résultat allant du pire au meilleur, indépendamment dudit budget.

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Takashi Miike dans une coquille de noix.

Takashi Miike a du génie, c’est certain. Ceci dit, c’est sans doute le cinéaste de talent qui se repose autant sur l’inné, et aussi peu sur la finition. Les films de Miike ont un côté fini à la pisse quasiment systématique. Il y a toujours un pan approximatif, des plans bricolés à l’arrache, des trous gros comme le poing dans le script, et un joyeux bordel à l’écran qui peine parfois à masquer les finitions nécessaires à un produit regardable. Du coup, lancer un film du bonhomme, c’est un peu jouer à la roulette russe avec la moitié du barillet plein. L’adaptation d’un jeu d’interrogatoire doit bien rajouter une balle ou deux dans le bousin.

Pour être clair, et pour que tout un chacun puisse comprendre le papier du jour, je vais volontairement utiliser les noms anglais. Tant pis pour le tatouage « I Love Benjamin Hunter » que vous avez sur la fesse droite, hein, mais il me semble que la version japonaise serait un peu snob, et la VF sans doute un peu plouc.

Dois-je vraiment, d’ailleurs, vous refaire un topo sur l’Histoire ? Oui, car tout le monde n’a pas le bon goût d’avoir joué à ce qui s’est sans doute fait de mieux sur DS, nonobstant les pokemons (produit difficile à comparer avec autre chose).

Dans le Futur, le Japon a réformé son système judiciaire pour adopter un système rapide (et ultra arbitraire, mais passons) de procès oscillant entre quelques minutes et trois jours, et essentiellement balancé sur le fait de balancer des preuves à l’avocat qui vous fait face en hurlant « OBJECTION ». Cette dystopie affreuse fut à l’origine de 5 jeux vidéos plus ou moins aboutis mêlant assez agréablement enquêtes, puzzle et interrogatoire, avec une trame générale plutôt bien foutue (oui, parce que contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il y a bien un scenario dans Ace Attorney, et il n’est pas si mauvais que ça, malgré quelques retournements assez improbables qui font partie du kitsch de l’ensemble). Bien sûr, il y a des fantômes, des ninjas et des plans de meurtres tellement invraisemblables que même Satanas et Diabolo n’y auraient pas pensé, mais globalement, ça a toujours tenu la route.

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Une des meilleures scènes du film, le « tutoriel » dans un tribunal fauché et pourri.

Le film adapte une grosse partie du premier jeu, Phoenix Wright, sorti il y a déjà une bonne grosse dizaine d’années. Il s’agit d’une agrégat assez dense (2h20) de la première et de la quatrième affaire du jeu (avec un bout de tutorial, assez amusant, dans un tribunal minuscule et tout pourri ou les femmes de ménages nettoient pendant le procès). Pour résumer rapido : Phoenix Wright, jeune et assez peu compétent avocat, se retrouve confronté au crime de son mentor, la brillante Mia Fey. Aidé par la petite sœur médium de cette dernière, il va devoir faire éclater la vérité. Une fois la lumière faite sur cette affaire, ils réalisent qu’une bien plus grosse affaire se cachait derrière ce soi-disant cambriolage ayant mal tourné : Miles, le procureur rival de Phoenix, est accusé de meurtre… Et toutes les affaires sont liées, etc. Bref, si vous connaissez un peu la franchise, je ne vous apprend rien, et si c’est pas le cas, il ne vous reste plus qu’à lire les spoilers sur Wikipedia.

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Une adaptation un peu littérale au plan capillaire.

 

Je vais balancer ma principale réserve vis à vis de cette adaptation : si, dans un jeu, la fameuse affaire D-6, fil conducteur du machin, était assez intéressante, ici, c’est carrément mou du slip. Globalement, à aucun moment ne nait l’empathie ou l’intérêt pour cette sombre histoire de preuve volée. Le méchant est grillé dès le début, l’enjeu est assez limité, et globalement, personne n’a l’air d’y croire. L’enquête contient trop d’éléments, mal agencés, avec des révélations qui passent tout le film à tomber à plat. 2H20, c’est trop court pour entrer dans les détails de ces deux affaires (l’enquête D-6 prenait quand même trois ou quatre heures, dans le jeu). Du coup, la partie enquête sur le terrain est réduite à la portion congrue, et le peu de preuves récoltées par Phoenix est assez peu convainquant. Sans parler de l’idée d’appeler un perroquet à la barre, aussi géniale dans le jeu que complètement ridicule à l’écran.

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Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?

Du coup, après un début assez intense à base de preuves holographiques envoyées à la gueule et de « OBJECTION » hurlé dans le tribunal, le film s’enfonce assez rapidement dans un marasme narratif assez chiant à regarder, avec une absence de rythme qui plombe une bonne moitié du film. L’impression est renforcée par le fait que certain acteurs n’ont pas l’air de croire beaucoup à ce qu’ils jouent. Ryo Ishibashi, pourtant assez abonné aux bonnes séries B (The Grudge, Suicide Club, Audition) incarne un Manfried Von Karma un peu absent, pas très incisif, coincé dans son costume bariolé du XVIIIè siècle. Takumi Saito (un mannequin abonné aux adaptations filmées de mangas) en Miles Edgeworth est tout aussi désincarné, semblant se demander à chaque plan ce qu’il peut bien foutre là, sous son imposante perruque argentée. Certains seconds et troisièmes rôles sont en outre à jeter à la poubelle sous une tonne de déchets radiactifs, avec une mention spéciale pour ceux qui font Larry Butz et Lotta Hart, qui cumulent absolument tous les tics des mauvais acteurs comiques japonais, en produisant tant de grimaces et d’exagérations qu’une comédie musicale tamoule apparaîtrait comme un modèle de contrition et d’austérité à côté.

Reste que tout est loin d’être à jeter dans ce film. Certains acteurs s’en sortent nettement mieux. Le rôle titre, déjà (un type dont j’ai pas envie de recopier le nom qui n’a pas fait des masses d’autres trucs), malgré sa coiffure forcément plus improbable en vrai qu’en dessin, est assez convainquant. Il se moule parfaitement dans la peau de cet avocat maladroit et approximatif traversé d’éclairs de génie. Mia et Maya Fei (instant waïfu pour cette dernière, elle a d’ailleurs aussi joué Nino dans le live d’Arakawa Under The Bridge, et j’avoue que je suis curieux de voir ça) s’en sortent pas trop mal non plus.

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Le duo fonctionne assez bien, et ils jouent pas trop mal.

Bien que chiant, le film est assez beau. Miike a vraiment produit un effort remarquable pour essayer de reproduire l’univers bizarre de Ace Attorney. Les figurants portent tous d’improbables tenues de cabaret, le juge a sa fausse barbe et sa naïveté congénitale chevillée au corps, la musique reprend les grands thèmes entendus dans le jeu, et il y a de vraies bonnes trouvailles graphiques. Ainsi, les figurants se balançant des hologrammes à la gueule «en hurlant « PRENDS CA ! » est vraiment une excellente idée, qui fonctionne très bien à l’écran (les apparitions du fantôme de Mia Fey sont un peu foireuses, par contre).

Le film a en fait un peu le défaut de sa qualité : c’est une adaptation parfaitement littérale, beaucoup trop. Les costumes, les coiffures, l’intrigue générale, tout colle de tellement près au jeu que l’objet filmesque en est complètement parasité. Vraie adaptation, mais faux film, c’est un peu l’impression qui ressort de cet objet étrange. Pas vraiment bâclé, mais manquant sans doute un peu d’écriture et de post-prod pour fonctionner vraiment.

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Quelques trouvailles visuelles réhaussent l’ensemble.

 

Je n’irais pas jusqu’à déconseiller le visionnage de Phoenix Wright, du moins pour un public de fans du jeu. Ca reste un produit honnête, perclus de défauts importants, mais sans doute pas rédhibitoires pour les plus acharnés fanas de la franchise.

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2 réflexions sur “OISEAU DE FEU JUSTE : Le Ace Attorney de l’ami Miike.

  1. Instant waïfu pour Maya Fey ?! C’est qu’elle doit pas jouer si bien que ça, Maya est complétement imbuvable dans les jeux, et c’est d’autant plus flagrant dans les Gyakuten où tu as une autre assistante (Ema Skye, Trucy Wright ou Kay Faraday) vu qu’elles sont chacune à peu près mille fois plus attachantes !

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