Quelques mots à froid sur le Doritosgate

J’ai lu une quantité invraisemblable de trucs sur le Doritosgate. Une foule de trucs intelligents, d’autres nettement moins. Tout ce qui tenait du réflexe corporatiste à base de « ça fonctionne très bien comme ça / c’est ce que veut la meute » était particulièrement irritant. J’ai lu aussi pas mal de papiers moralisateurs, se gargarisant de bonnes pratiques ou appelant à faire mieux, sans forcément proposer de solutions Dans le haut du haut du panier, il y a tout le travail mené par Merlan Frit ces dernières semaines autour de ça (si tu t’emmerdes pendant les vacances scolaires, lis-les, ça vaut bien l’école de la vie). Récemment, Medoc el Medoc a d’ailleurs eu la décence de dire qu’il avait sacrément dit de la merde dans un débat sur Nolife, mais au fond, ce n’est pas si grave que ça.

Il me semble que le Doritosgate n’est, en fait, absolument pas un problème lié au jeu vidéo, et encore moins aux « journalistes de jeux vidéos ». Ce n’est pas un problème lié aux joyeux ménestrels, à Marcus en costume de Pacman ou à la relation très Lannister entre les PR et les journalistes.

Le DoritosGate est, je crois, la caricature de la relation entretenue par l’essentiel des mass média occidentaux au capitalisme, c’est à dire, en très gros, un modèle assis sur des financements qui ne viennent pas (et ça ne date pas d’Internet) des gens qui le regardent/lisent/écoutent, ni de généreux mécènes milliardaires complètement désintéressés. Le trait est certes poussé à l’extrême dans le domaine des jeux-vidéo, où les éditeurs de jeu sont, à peu de choses près, l’unique annonceur et l’unique source de revenu des sociétés de rédaction. Mais c’est exactement la même chose que quand les journalistes du Figaro se retiennent de dire ce qu’ils pensent du Rafale, ou quand Rue89 doit manger son chapeau pour faire plaisir à l’écharpe de Christophe Barbier. Quand vous êtes dépendant de sources de financement extérieur, c’est déjà mal barré en terme de qualité de l’info restituée. Quand votre financement extérieur est votre matière première, vous êtes de facto un journaliste de merde (même si vous êtes le meilleur journaliste du monde). Si on part du principe qu’un journaliste incarne le Vè pouvoir et toutes ces choses qui impliquent une certaine forme d’indépendance.

La question n’est pas, à mon sens, de savoir si le papier qu’écrira machin ou bidule sera biaisé par le verre de champagne servi par une bimbo à la présentation d’Uncharted XII, parce qu’au fond, c’est pas très important, puisqu’au final, journaliste intègre ou pas, Call of Warfare’s Creed aura ses 250 news, ses 30000 previews, son million de screenshot, et son super metascore BIEN ENDURAN.

Alors c’est sur, comme le taré descendu de sa grue, après coup, on se rend parfois compte qu’on a causé, causé et re-causé sur de la merde.

Je suis a peu près persuadé que la plupart des journalistes de JV font un excellent travail. Sans doute pas un travail de journaliste au sens ou on l’aurait entendu au début de la IIIè République, mais le travail qui est attendu d’eux par leur patron, voire sans aucun doute par une grosse partie du lectorat (perso, je suis incapable de F5 un site d’actu pour avoir trois images du trailer de GTAV, qu’est-ce que j’en ai à foutre, je préfère utiliser mon temps pour jouer à des trucs déjà sortis). De la même manière que la pauvre stagiaire qui fait le planton devant un arrêt de bus pour BFM TV pour dire toutes les 15 minutes « BEN OUI, Y NEIGE » entre deux coupures pub fait bien son travail (peu enviable, d’ailleurs). La réflexion la plus intelligente que j’aurais entendu à propos du Doritos, c’est celle qui souligne que le tous les débats, même de grande qualité, autour de cette question, auraient mérité de faire intervenir plus, voire uniquement des gens qui n’étaient ni journalistes, ni concernés de près ou de loin par le jeu vidéo, du moins, qui n’y avaient aucun intérêt financier (par exemple, moi, je peux dire « LE NOUVEAU BUNGIE C’EST DE LA MERDE ET JE ME TORCHERAIS BIEN AVEC » sans perdre mon travail. La différence étant bien sur que je suis lu par environ 150 personnes par post, la plupart étant des Kazakh arrivés ici par hasard en cherchant des sextapes de pikachu ou je ne sais quoi).

Ceci dit, ça ne règlerait pas franchement le problème de fond, à savoir qu’une info massivement assise sur la publicité (un peu sur de la subvention (qui vire parfois un peu à la prime à la médiocrité)) ne peut être ni franchement libre, ni spécialement pertinente.

Au fond, cette affaire profite à mon avis surtout à Dorito, qui se paye la plus merveilleuse campagne de pub gratos de son histoire. De là à dire qu’ils ont fait l’coup…

 

(et pas la peine de se rouler par terre en hurlant « CANARD PC CANARD PC » ou de sauter sur sa chaise en braillant « IG MAG IG MAG », on sait tous quelle proportion ça représente par rapport aux millions de clics par jour sur JV.com).
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Une réflexion sur “Quelques mots à froid sur le Doritosgate

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