Le Crédo du Meurtrier : Une étrange sensation de vide

Comme je ne vais pas consacrer l’ensemble des articles de ce blog aux gender-game-studies, et parce que je ne veux pas que mon agenda me soit dicté par l’impératif des polémiques du moment (ce qui serait du Womansplaning à l’état pur*), revenons sur quelque chose de beaucoup plus intemporel. En repensant à toutes ces histoires de sexisme, je me suis souvenu de toute la merde qu’a essuyée Jade Raymond à l’époque d’Assassin’s Creed. Les gens avaient été effroyables avec elle.

ozio oditor

Il se trouve que je suis en ce moment en train de finir la Trilogie Ezio (AC II, Brotherhood et Revelations, donc). Ayant été assez butthurt de la fin, certes hillarante, d’AC II, j’avais toujours été assez réticent à continuer les aventures en Kit du bel italien volant. Et puis, un beau jour, un destockage au marchand de culture du coin de la rue a porté vers moi un boîtier Brotherhood + Revelation à pas cher. J’ai donc profité de ma capacité de bourgeois de campagne à commettre des folies financières, et j’ai lâché mes vingt boules, et direction la Xbox.

Et, moi qui passe le plus clair de mon temps sur des jeux obscurs hypés dans les soldes steam et sur des gestionnaires de tableaux médiévaux de Paradox Entertainment, ainsi que sur des jeux japonais pour hikkikomori autistiques, je dois vous faire une confession intime : malgré son côté décervelé, j’avais bien aimé Assassins’s Creed II.

Tu reconnais bien là le style des Bad Boys de Masyaf

AC II était malgré tout ce qu’on peut dire un excellent jeu popcorn (quand on le paye pas trop cher, à 70€ ça doit faire mal au cul), plutôt bien rythmé, avec un doublage et une trame scenaristique assez ébouriffante en terme de potentiel humoristique. J’ai tendance à oublier assez facilement les jeux auxquels je joue (même 60H) s’ils n’ont pas au moins une ou deux scènes particulièrement mémorables. J’ai même récemment oublié que j’avais joué à Atelier Iris III, alors que j’ai passé CENT HEURES dessus (m-mais Anon, j’aime tellement les quêtes annexes et P-Palema est si k-kawaïï). AC II ne souffrait pas trop de ce vortex d’inintérêt : je l’ai fait en quelques jours, sans m’emmerder une seconde, et je peux citer au moins quatre ou cinq scènes assez débiles pour m’avoir fait physiquement pouffer de rire. La scène de fin ou on tabasse le pape et sa crosse magique avant de trouver un temple caché sous le Vatican avec un hologramme de Dieu Grec extraterrestre qui parle de l’Alignement des planètes et de la fin du monde du futur, c’est quand même délectable (j’avais moins aimé le clifhanger qui pousse à l’achat impératif de la suite ou des DLC…).
Nanar a gros budget, rythmé, avec des environnements variés et des missions en fanfare, ACII était un excellent show à l’imagination débridée, qui partait du gameplay pataud et limité du premier pour en faire un objet pop crétin mais amusant comme du Dan Brown en pleine descente filmé par un Roland Emmerich sous stéroïde et LSD avec en plus un cahier des charges pour en faire un truc artsy et scénarisé. En plus, c’était joli, et juste pas trop long. Plus je joue à ses suites, et plus j’aime ce petit objet certes handicapé mental patenté, mais terriblement attachant. Et une politique de DLC qui ferait passer l’Empereur Palpatine mélangé avec le génome de Pol Pot pour Fluttershy buvant de la camomille.

Les Assassins authentique de l’époque se reconnaissaient à la couche confiance qu’ils portaient sur la tête à partir d’un certain âge.

AC Brotherhood reprenait gross-modo la même idée avec une ville plus grosse (mais une seule), et des features en plus jusqu’à l’écoeurement, et une trame tellement décousue et foireuse qu’elle en devenait presque encombrante. Le scénario famélique était habilement rattrapé par quelques amusettes chronophages et par un effort cosmétique considérable (la reconstruction de la ville, les jolis monuments romains partout…). Par contre le casting plus ou moins moisi, la facilité déconcertante des combats, de très nombreuses imprécisions dans la collision, des bugs omniprésents donnaient l’impression générale d’un jeu torché à la vitesse de l’éclair. Quelques scènes plutôt bien mise en scène au début, oui, mais vite noyées dans une succession problématique de missions soporifiques, mal mises en scène, et des features qui montraient très rapidement leurs limites (super, une mission en char avec une mitraillette. Tac tac tac tac script tac tac tac tac script tac tac tac tac script YOU WIN). La bouillie avait un peu de mal à passer, et la fin est d’un grotesque achevé. Le tout étant quand même assez beau et rigolo pour maintenir l’attention quelques heures (et j’aime bien collectionner des trucs).

Istambul, not constantinopolis, i-stan-bul~

AC Revelations, je ne l’ai pas encore fini, mais pas loin. Il s’agit, tout de même, du huitième jeu AC en cinq ans, sans compter les DLC (qui sont de manière assez obvious des bouts de jeu retirés des produits originaux). Il se dégage de ce jeu une étrange impression de rien. Plus rien à dire sur Ezio, sur les Templiers, sur les Dieux Martiens de l’Apocalypse du Futur. Desmond expédié dans les limbes, à empiler des blocs de Tertris en parlant de ses parents marginaux.
Ezio se promène, cherchant tantôt des vieux bouquins, tantôt des tulipes (oui, quelque part entre une visite d’un Istanbul miniature et Animal Crossing…). Entre deux bugs (la banque qui ne marche pas, les gardes qui tombent dans les textures des toits), on peut se promener dans une ville vide, impersonnelle, aux PNJ clonés à l’infinie avec trois phrases de dialogue, au milieu de quartiers effroyablement semblables. On lutte contre un ennemi anacronique, désorganisé, ridicule. Au service du Sultan, on hésitera pas cependant à zigouiller la moitié de son armée de clones débiles.

Il ne reste de cet abîme qu’une perfection graphique noyée dans un brouillard de gaz moutarde, une intro très spectaculaire (tout ça pour courser un sous-fifre de sous-fifre), des tonnes de trucs parfaitement inutiles (a quoi bon conquérir Tunis, Jérusalem ou Bourg-en-Bresse ? Pour avoir une fois toutes les heures un peu de poudre à canon, abondante partout dans la ville, dans mes coffres pleins à raz-bord de matos pour des bombes que je crafterai jamais ?). Les missions s’enchaînent, à base de filatures de marchand de je ne sais quoi, de grandes salles au parcours scripté avec des gros sabots, d’assassinats de voleurs et de crétins inconnus au bataillon.
Revelations n’est pas un mauvais jeu. On peut très bien s’amuser longtemps dans un bac à sable vide, à collectionner des objets si simples à récupérer qu’en deux temps trois mouvements, vous serez équipé d’une épée indestructible, d’une armure impénétrable, ceint d’une quasi invulnérabilité renforcée par la capacité d’appeler en renfort une horde confortable d’Assassins niveau un milliard, capable de nettoyer une place pleine de Janissaires en une minute.
Revelations est un jeu vide, sans imagination, sans âme, sans concept. Tout juste moyen, belle gueule et crâne de piaf, vite fait mal fait pour se vendre rapidos, trésorerie facile et miteuse pour actionnaires grisâtres.

C’est drôle parce que ça tombe quand on tape « AC revelations bug » dans Google Image.

L’affaire Ezio, qui commençait en fanfare, se termine en pet foireux vaguement parfumé, pour justifier dix euros que j’ai presque regretté tant l’expérience fut mille fois plus morne que le portant bancal, court et approximatif Lollipop Chainsaw, terminé juste avant.

Il y a sans doute un peu d’aigreur dans tout ça, mais c’est parce que je joue à Crusader’S king II en ce moment et que tous mes efforts pour construire une vaste et belle Grande Pologne ont été anéantis par les Mongols. En quelques minutes.

* Si qui que ce soit prend ça au sérieux, je ne veux plus vivre sur cette planète Quelqueplus.

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