DORITO DENTATA !

Tout d’abord, revenons un peu sur ce qui s’est passé ces derniers jours, ça vaut toujours le coup de faire un debrief.

Une amie à moi a posté sur le fameux article de Mar_Lard sur son wôl FB. J’ai lu l’article en détail (en détail en cliquant sur les liens, et tout, remerciez mon boulot ou je suis longtemps en service public), et échangé quelques commentaires avec ladite amie. J’ai rapidement compris que j’aurais du mal à exprimer mon point de vue sur l’article de Mar_Lar en quelques mots balancés à l’emporte-pièce sur un réseau social. J’ai donc écrit un texte dense et moche sur mon blog qui d’habitude cumule une bonne centaine (et encore, tout mouillé) de lecteurs par article. Même si on ne retranche pas les ip marocaines qui cherchent du « porno de télé hentaille ». J’ai reçu plus de 10 000ip uniques de visites en deux jours, mon quart d’heure de gloire avec citation dans l’émission de radio d’usul (personne dont je connaissais à peine l’existence) et sur le journal du gamer (idem).

J’ai appris une nouvelle façon très snob de dire « paternalisme », échangé avec pas mal de gens, et dû dissiper pas mal de malentendus. Mon article avait été écrit à la chie dedans, du coup j’ai décidé d’en faire un deuxième pour dissiper le malentendu principal, qui aurait été le suivant : j’aurais (en gros) conseillé à Mar_Lar (que je ne connais ni d’Yves ni d’Adam) de se casser du milieu des gamers. Ben si c’est pas encore clair pour certain avec le deuxième article, c’est vraiment que vous avez de la merde dans les yeux.

Et si à la lecture de l’ensemble du blog vous avez pas bités que je suis arrogant avec tout le monde et assez hostile au concept même de « geek », c’est qu’on ne se connait pas encore assez bien, mais je serais votre guide.

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MOI AUSSI J’PEUX TSUN TSUN DERE DERE !!1!

Cependant, pour être très honnête, ces quelques jours de bordel monstre sur mon blog et mon wôl m’ont fait échanger avec pas mal de gens sur un tas de sujets, et m’ont donné envie d’élargir un peu le propos, non pas sur le féminisme ou le sexisme (vu que, j’l’ai assez dit, je suis D’ACCORD AVEC MAR SUR SON CONSTAT ET SES SOLUTIONS ET JE FAIS ME LE FAIRE TATOUER SUR LE POUM), mais sur le rapport des « geeks-gamers », ou du moins de certain d’entre eux, avec les médias périphériques au Jeu Vidéo.

Déjà, un ami à moi a résumé ce que je pense de tout ça quelques jours après par ces paroles de sagesse.

« […] mais je pense aussi qu’il y a une incompréhension totale de tout le monde sur tout, du au fait que le débat tourne autour d’un terme qui n’a pas vraiment de sens établi et reconnu par tous,  « geek ».

« Moi, je me souviens en 2001, j’étais le seul de mon lycée à connaître ce mot, de même que « lol ». A l’époque, ça désignait un peu tous les gens qui avaient des difficultés à s’intégrer du fait de leurs centres d’intérêt, certains (c’était pas spécialement mon cas, mais bon) allant jusqu’à subir des brimades physiques et/ou morales pour la même raison. A cette époque là, les gens que l’on croisait sur l’Internet était très majoritairement des geeks dans ce sens là du terme, et j’ai pas souvenir qu’ils étaient particulièrement haineux; il y avait déjà des cons suffisants, des trolls et des fanboys hystériques, mais leur rage était plutôt orientés vers des éléments de sous-cultures ou des trucs mainstream, genre « Gniih, Windaube » ou « Untel a sauté le requin ». Il y avait du « sexisme » à l’époque, mais dans mon souvenir, c’était pas exactement le même genre que celui que dénonce Mar_Lard. C’était plutôt un truc lié au fait que les filles étaient tellement rares dans ce milieu que celles qui s’affichaient clairement étaient instantanément traitées comme des reines avec des tas de mecs rampants prêts à accomplir leurs moindres désiderata. L’exemple le plus marquant que j’ai en tête, c’est [PSEUDO] sur JV.com, mais aussi, et l’ironie de la chose fait rire jaune, [HEU… QUELQU’UN] qui était une fille à l’époque. Ca reste du sexisme, on est bien d’accord, mais à mon avis, ça ne partait pas spécialement de mauvaises intentions.

Après, y a eu tour à tour, la démocratisation de l’ADSL, l’arrivée massive de jeux en ligne, le PSN et assimilés, puis Facebook. Et là, du coup, Internet a été pris d’assaut pour une armada de types qui se réclamaient de la « geekness » mais qui sont en fait les mêmes qui « cassent de l’intello » sous le préau, et qui se la jouent « mademoiselle, t’es trop charmante » dans les transports en commun. Ces gars là ont importé tout un package de sexisme, de racisme, d’homophobie et d’insultes en tout genre, qui sont légion maintenant. Il suffit de comparer les discussions des forums de jv.com maintenant à celles d’il y a dix ans. N’importe quel message sur n’importe quoi, exprimant n’importe quel opinion, vire systématiquement au foutage de gueule gratuit, c’est même plus du trolling, c’est juste « je t’insulte et je mets un smiley lunettes de soleil parce qu’être un haineux c’est trop la classe, regarde comment j’impose mon respect ». C’est comme si on avait cloné Eric Cartman au million. Après, le marketing s’est juste adapté à çà.

Moi, je pense qu’il serait intéressant de demander à Mar_Lard si elle a pas elle aussi ressenti cette « transition » dans les comportements. »

Bien. De toutes façons, la plupart des gens à qui j’en ai parlé ont concédé qu’il y avait un problème, à part un ou deux clowns sinistres qui mélangeaient machisme, sexisme et une pointe d’homophobie parce que ça fait jamais de mal. Sans compter les courageux qui m’ont fourni un tas de renseignements supposés décrédibiliser Mar_Lard, comme si c’était le putain de problème, et comme si le situation qu’elle soulève pouvait se résoudre par des querelles de personnes. Mais comme je le disais, il y a un problème de périmètre qui fait qu’à présent, la « communauté geek », c’est un mass média qui est en train de supplanter / a déjà supplanté les anciennes formes de média. Le succès de Game of Thrones est dès plus parlant. Série de Fantasy relativement confidentielle (comme toute la fantasy si on sort de Tolkien et Xena, hein…) il y a 15 ans, elle est désormais la série télé que même ta grand-mère elle la suit. Son sens s’est complètement dilué avec la masse. 80% des jeunes gens jouent aux jeux vidéo, y’a de la musique de Cowboy Bebop dans les reportages de Télématin, le manga représente 40% des ventes de BD en France, on est passé de 100 à 300 titres de comics publié par an en quelques années (mes chiffres sont vieux et pas sourcés, voilà, c’est dit, mais vous voyez ce que je veux souligner). Enfin, j’me suis assez exprimé à ce sujet : j’ai des collègues qui jouent à Tétris sur leur téléphone, et j’sais pas trop bien à quelle communauté ils appartiennent.

La « communauté des gamers » en elle-même est fractionnée en des centaines de pratiques différentes plus ou moins baroques, avec tant et tant de profiles que c’est devenu assez complexe de dresser un portrait du joueur type (tant il va finir par ressembler au « français moyen »).

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Les forums de Paradox Entertainment : l’endroit ou j’aurais croisé le plus de doctorants en héraldique, loin devant la Fac d’Histoire.

Ceci dit, ne noyons pas le poisson, Mar_Lard a parfaitement raison dans son accumulation d’exemples ayant trait au sexisme dans la « communauté » (moi je maintiens juste que c’est un problème global, et que TOUT doit changer, elle et moi y compris). Et à la limite, on s’en fout si certain de ces exemples sont décontextualisés, inexacts, manquent de nuance etc, ou si vous vous êtes clashés avec elle sur Twitter. Il y a un problème dans les canaux mainstream de communication du Jeu Vidéo. Même pas un problème de sexisme, d’ailleurs. On parle d’un problème de qualité générale, de niveau. L’attaque a ici lieu sous l’angle du sexisme, mais c’est la partie émergée de l’iceberg. On aurait pu prendre ça sous l’oeil de l’homophobie, de la corruption, de l’euphorie généralisée et obligatoire, des biscuits apéritifs, de la pauvreté navrante de ce qu’il reste de presse spécialisée, de la gestion calamiteuse des communautés de gamers, on aboutirait au même constat : tout ce qui a trait au journalisme et à la communication commerciale ou communautaire en matière de Jeu Vidéo est empêtré dans un malaise général lié à une série de problèmes non débattus et délayés depuis des années.

La situation moisit depuis longtemps, et elle moisit peut-être depuis la naissance du média. N’étant pas un « gamer communautaire », je serais bien incapable d’accumuler la somme d’exemples de Mar_Lar sur les honnis sexistes (de toutes façons, comme je l’ai exprimé, ça me gênerait de le faire, vu que ça mélangeait dans le même saladier des gros cons de Twitter et du quasi viol en réunion). Comme je suis incapable de faire ça, on va parler un peu de théorie.

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Je crois que vous voyez déjà ou je veux en venir.

Cet article sera une version très longue de ce que j’avais gribouillé sur le Doritos Gate voilà quelques jours.

« Je suis un gros connard, et j’ai envie que tout le monde le sache. » (dixit un connard)

Mis à part ce qui tombe explicitement sous le coup de la loi (type appel au meurtre, viol, copies du bac), aujourd’hui, qu’est ce qui m’empêche, en tant que gros connard, de prendre mon sac à merde sur les épaules et d’aller le crier sur JV.Com ? Les filles à la vanille et la maîtresse en maillot de bain, huhuhu qu’est-ce qu’on rigole, c’est encore plus transgressif que quand je dis « nigger » sur 4chan. Je vais sur n’importe quel sujet de n’importe quel forum, je lance un sujet « les filles c’est nul » et, vu que n’importe quel forum de JV.com est essentiellement fréquenté par des puceaux frustrés en quête de rebellitude, je vais avoir une récompense : des smilleys, des trolls, et de l’attention. Et comme punition, rien.

Hey, mais au fait, pourquoi toute cette fange se met à fréquenter les même forums, donnant ainsi l’image de façade d’une communauté gangrenée par sa connerie congénitale ?

J’te le donne en mille Emile : parce que JV.com (c’est valable pour n’importe quel autre site professionnel, de masse, employant des journalistes, des secrétaires, des comptables, et tout ce que ça prend de faire tourner une société) NE PEUT PAS FAIRE AUTREMENT, et parce que vous (et par là, je veux aussi dire « nous ») AVEZ LES SITES QUE VOUS MERITEZ.

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CALL OF DUTY ! LARA CROFT EMBROCHEE, DIABLO 3, MGS, GEARS OF WAR, TRAVAILLER CHEZ EA, FUCK YEAH ! C’EST LA FETE PUTAIN DE BORDEL DE FOUTRE, WOOHOO SI ÇA MERITE PAS LE PRIX ALBERT LONDRES QUI AURAIT MANGE UN PULLITZER ÇA MON BONHOMME !

Le Doritos Gate a rappelé, et il était besoin de le faire, que le modèle post-papier de la presse JV était assis sur une tempête de merde permanente, à savoir l’absolu pouvoir économique des éditeurs de Jeux-Vidéo sur les gens supposés incarner le cinquième pouvoir pour parler de ce média. J’ai assisté aux deux débats, assez tristes au final, de Nolife a propos du Doritos Gate. Le premier, en mode « Circulez, y’a rien à voir » a précédé un second, plus constructif, mais ou Thierry Falcoz était néanmoins tristement accroché à un « Qu’est-ce qu’on peut y faire ? », et ou on a bien compris que Medoc ne voyait pas complètement le problème posé par la triste ambiance de fiesta payée par la main nourricière. C’est que mon impression perso, mais elle est partagée par ceux à qui j’en ai parlé (mais c’était une excellente idée de faire un deuxième round…)

Pour être concret, et Gamekult en sait quelque chose : si demain, un éditeur décide de faire sauter un site de jeu vidéo, il peut tout à fait le faire. L’immense majorité de ces sites ne vivent que de la publicité, et cette publicité est entièrement aux mains des producteurs de jeux-vidéo. Alors bien entendu, business is business, il est assez peu probable que ça arrive, et qu’une guilde d’éditeur décide de saborder avec brutalité un canal de comm complet. Les conséquences sont néanmoins extrêmement fâcheuses.

Attention mon petit bonhomme, si t’es en train d’insinuer que le Laissez-Faire c’est pas la solution ultime a… Comment ça, plus personne sait qui j’suis ? J’étais président juste avant Coolidge, mec. Comment ça, plus personne sait qui c’est ?
  1. Dans le meilleur des cas, dès le moindre début de polémique, tous les journalistes, même honnêtes, même Mère Thérésa, même Jésus-Mazinger sont sujets à un climat délétère de suspicion généralisée. Dans le pire des cas, bon, je vous renvoie au papier « Les ambianceurs » paru sur Merlan Frit. Y’a ça aussi, si vous aimez bien les gens énervants.
  2. Le modèle économique actuel du milieu implique de la publicité, partout, tout le temps. Dans la vraie vie de l’IRL, je dispense des formations sur la musique dématérialisée pour les nuls. Ces formations commencent par une introduction à l’économie du disque, vu que j’ai pu constater (empiriquement) que les gens n’avaient aucune idée du fait que Deezer, Spotify, Youtube aient besoin d’un système économique viable. Je ne paye pas, donc tout marche gratuitement par magie. Si, tu payes tout le temps, en fait, tu payes sans doute beaucoup plus que quand t’es abonné (tu payes entres autres par des conditions d’utilisation particulièrement dégradées, par tes données personnelles, par des pubs coca qui surgissent jusque dans ton âme pendant tes vacances sur Elm Street).
  3. La publicité, ça implique un certain nombre de clics. Si un site X n’est pas capable de générer assez de trafic, l’annonceur Y va lui donner moins de sous (sans entrer dans les détails, arrêtez moi si je dis de la merde). Si le site a moins de sous, comme tout le monde ne peut quand même pas être racheté par Ankama, il va devoir licencier des gens, qui vont aller dans le chômage et manger des nouilles parce qu’ils sont journalistes, et que si tu te fais virer dans un média ou y’a du pognon, bon courage pour retrouver du taf dans le reste de la presse, qui cumule crise de la transition au numérique, licenciements ET écroulement des recettes publicitaires.
  4. Pour générer assez de trafic, il faut du contenu, y compris vide de sens, voire vide de contenu, et il faut s’assurer que ce contenu soit regardé par des tonnes de gens. Ca tombe bien, du contenu, les éditeurs en ont à revendre, plein, jusqu’à l’écœurement, et sur tous les sites du monde en même temps. Souvenez vous de cette sinistre comédie du « trailer de trailer » pour GTA V. Hey, peut-être que demain j’vais donner une coférence de presse pour dire quand je donnerai une conférence de presse pour parler du synopsis de mon film : voilà où on en est.
  5. Quel meilleur moyen d’avoir des tonnes de contenu que d’assurer une vigoureuse fréquentation des clients de type « communautaire » ? Ce n’est pas par amour du crétin boutonneux que tous les sites de JV proposent une quantité à peu près infinie de forums, de possibilité de commentaires, de notations par les usagers, de possibilités d’interaction avec Facebook, Twitter, Picasa ou Symbaloo. C’est parce que ça génère de la fréquentation, donc du fric pour pouvoir travailler, aux conditions dictées tacitement ou non par ceux qui lâchent ledit fric.

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    C’est encore plus la fiesta que quand je lisais Hagar Dunor dans le Républicain Lorrain entre l’éphéméride et l’horoscope !
  6. Pour faire fonctionner un tel merdier, vous avez besoin de tous les abrutis du monde, pour peu qu’ils soient prêts à liker des trailers et des reviews quasiment fournies clés en main par les RP d’Electronic Arts. Oui, je caricature, mais oui, c’est un peu comme ça que je ressens le milieu, en tant que lecteur. Vous avez éventuellement besoin de clowns pour mettre l’ambiance et de capos recrutés chez les plus nolifes pour éviter les dérapages type #un-bon-ouigouir-est-un-ouigour-mort, mais certainement pas d’un community manager à même de tirer le truc vers le haut. Tout simplement parce que vous savez très bien que «Clément le No Life » va vous rapporter plus de fric que moi, Mar_Lard ou Daniel Auteuil avec des Ailes. En gros, à quoi bon faire appliquer la netiquette quand ça risque de facto d’exclure du site un paquet de petits cons bien rentables ?

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    La netiquette : 18 ans et pas le moindre signe d’usure.
    Parce que personne ne s’en est jamais servi.
  7. Repensez à la parole de mon pote au début. JV.Com c’est le 21è site le plus consulté en France (chez Alexa). Il est dans le Top1000 mondial. Si nous arrivons tous à nous accorder sur la place trop importante et insupportable du sexisme et de toutes ces sortes de choses dans le milieu du JV (ou des geeks, bref) on peut tout autant convenir que ces milieux sont devenus assez massifs et mainstream pour abriter l’ensemble de la lie de l’humanité. (tiens, aucun site porno dans le top 30 !)

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    Songez d’ailleurs que le 21è site de France emploie moins de 40 personnes. Le modèle est rentable en terme d’exercice budgétaire, mais vous voyez bien la limite en terme de possibilité d’administration de la communauté.
  8. Je ne crois pas que, sachant tout ça, on doive être si estomaqué que ça de se fader les pires connards du monde si on persiste à fréquenter ces lieux.

Et tout ça, c’est pas la faute des Gnomes de Zurich. C’est la faute à l’incapacité de chacun d’entre nous à avoir une démarche critique de sa consommation de média. A regarder la main invisible du marché nous faire des fucks et nous d’applaudir, hilares.

Dans les premières réactions que j’ai eu face à mon attaque mansplainante injustifiable face à Mar_Lard (merde j’sais jamais si ça prend un d ou pas), quelqu’un m’a dit (sur FB) « oui mais je vais quand même sur ces sites parce que je veux un max d’info », comparant la chose au fait d’être obligé de se fader l’industrie agro-alimentaire.

Or, si.

Je ne suis absolument pas d’accord avec ça. Pour la bouffe, déjà. Quand on se penche un minimum sur le dossier, on sait très bien que manger correctement (sans poney à la place des pois chiches, tout ça), si on s’y prend avec un peu de méthode, ça ne coûte pas beaucoup plus cher. Voire même beaucoup moins, si on accepte de remplacer quelques portions de protéines par quelques portions de salade. Voire même encore moins, si on prends le temps d’aller au marché du coin, ou dans une AMAP.

Mais tout le monde n’a pas accès à un marché clean, à une AMAP, ou à un petit boucher sympa, et tout le monde à besoin de bouffer.

Par exemple, voilà la carte des « Déserts Alimentaires » Américains. En gros, les zones ou vous ne POUVEZ PAS manger sainement faute d’offre. J’imagine que ça doit aussi exister en France.

Mais on ne parle pas de la pose de la première pierre de la pyramide de Maslow. Est-ce que j’ai besoin « d’un max d’infos » (sous entendu -d’un max d’infos, très vite -) ? Et surtout, est-ce que j’ai besoin d’aller pêcher ces infos dans un puits à caca ? Notre rapport aux médias est complètement fucked up. Non, je n’ai pas besoin de savoir ce que les pigistes d’Eurogamer pensent de l’avant-trailer de la démo de Merdvm of Duty Warrior of Sexy Freedom. Non, je n’ai pas besoin de mon shoot de screenshots en rafale, d’ouvrir tout grand le bec pour me faire déverser de la com de RP directement dans mon cerveau disponible. Non, je n’ai pas besoin de savoir ce qu’en pense Sephiroth666 sur le forum du jeu en question. Et si j’en ai besoin, bah alors il serait peut-être temps de me demander dans quel mesure on a pas essayé de me rendre accro à quelque chose. Et comme je ne souhaite pas verser d’argent, je verse de la bande passante, et j’entretiens le système. Ce même système qui bon gré mal gré va cautionner tous les dérapages possibles et imaginables. Ce système qui ne manque pas de gens courageux, d’excellentes initiatives, de journalistes intègres, mais qui restera définitivement englué dans ses contradictions. Ou au moins regardé de travers comme amateur, et peu déontologique. Sauf par les cons.

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Encore une fois, pour ceux qui ne scrollent mes pavés que pour l’humour absurde. JE VOUS AI COMPRIS.

Il ne faut pas se couper du monde. Comme je l’ai déjà dit, nous devons, tous autant que nous sommes, non pas « exiger » des communautés « saines » mais les « créer ». Parce que si on se mettait à virer tous les cons de JV.Com, le modèle économique sur lequel il est assis s’écroulerait en quelques jours.

Les sites proposant des alternatives plus ou moins réussies existent. Il y en a même qui sont engagés explicitement contre l’homophobie. La plupart n’ont pas un centième du trafic de la moindre news moisie sur Game-truc (y’a qu’a comparer les news du masque qui culminent à 2000 vues ou les Ou les 20 000 (?) auditeurs de Silence On Joue et les et les vidéos d’Usul qui font du 300 000 vues les doigts dans le nez pour avoir une idée de la différence, même si j’aime bien Usul.)

Alors pourquoi ces tentatives, pro ou non, restent toujours dans une demi-pénombre inquiétante sur le niveau supposé de la communauté ? Parce que plus personne n’accepte de se poser la question de sa responsabilité individuelle. C’est trop facile de lancer des accusations dans tous les sens alors qu’on est tous partie prenante du même système d’exploitation de notre connerie par l’argent.

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MAIS HEUREUSEMENT MAINTENANT Y’A TWITTER, LE NOUVEL OUTIL GENIAL DE L’INTELLIGENCE HUMAINE QUI PROUVE QUE 140 CARACTÈRES, C’EST CE QUI MANQUAIT A L’HUMANITÉ POUR PONDRE TOUT UN RECUEIL D’APHORISME D’OSCAR WILDE TOUS LES JOURS. Ah c’est super, on peut tous s’envoyer des insultes à la gueule et surtout éviter de développer la moindre forme de pensée. Et ça fait une chronique toute faire pour David Abiker, ça lui fait plus de temps pour choisir des pull-overs moches assortis à ses lunettes moches.

C’est aussi valable pour le fait de passer ses journées sur Twitter à rebloguer de la merde et c’est aussi valable pour ces putains de conf/salons. Faut être sacrément collé à la « communauté gamer » comme la moule à son rocher pour accepter de continuer à rentrer dans le jeu de ces salons en l’état actuel de la chose. Conférences ultra formatées, blanches et hétéronormatives (:hap:)ou une bande de cons vont laisser leurs bras ballants en débitant de la salade technique ou David Cage va insulter tout le monde et ou Peter Molyneux va dire qu’il a trouvé une façon révolutionnaire d’envisager la narration dans la création de personnages dans son futur jeu au concept nouveau, probablement en réalité un remake en 3D de Galaga. Le tout sur fond de musique dubstep entrecoupées de mots comme « émotion » et « real feeling ». Le salon en lui même : cauchemar écolo, usines d’ordinateurs à grosses bites, peuplé de babes plus ou moins exploitées avec des milliers de visiteurs comprimés comme des sardines pour aller regarder des vidéos du dernier simulateur de fitness de Will.I.am ou pour pouvoir jouer 5 minutes au dernier Elder Scroll et constater que c’est jamais que la même merde en vaguement plus beau, Hey mais c’est cool, ce coup-ci on peut se battre contre des hommes-sapin.

Youpi, qu’est-ce qu’on faisait donc quand on faisait pas partie de cette chouette grande famille, on se l’demande bien !

Je ne vais pas refaire la démonstration de ce que vous acceptez de cautionner, c’est à dire le foutage de gueule complet vis à vis du client, traité comme un flux pas cher façon minerai de viande, bien con, bien monnayable, qui fera bien la p’tite préco qu’on lui a demandé. Au final, vous avez (encore une fois) ce que vous acceptez d’avoir. Quand assez de monde acceptera de dire que c’est une honte plutôt que de s’y rendre la bouche en cœur pour avoir trois images du prochain Mass Effect imposées par l’éditeur, bah peut-être, je dis bien peut-être, que le niveau s’élévera un peu.

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Le cinquième pouvoir est en marche, et rien ne l’arrêtera.

L’aventure kickstarter a prouvé que l’initiative directe individuelle et indépendante fonctionnait, et que les gens étaient prêts à la faire fonctionner à plein régime, à une époque ou le système capitaliste traditionnel est en train de s’encroûter dans la médiocrité inhérente à son auto-reproduction. Si les producteurs d’évènementiel pensent que c’est super cool d’organiser un tournoi immonde ou une joueuse va limite se faire violer sous l’oeil de caméras complaisantes, c’est parce que dans leur esprit malade, c’est ce que veut le public. Or, tout ceci, le public n’en veut pas (à part la minorité d’enflures qui font le lit de cette forme de capitalisme sauvage). Je vais faire un immonde raccourci, mais il n’y a qu’à voir à quel point l’audience de TF1 se délite d’année en année (je m’explique moins celle de M6 qui est stable, m’enfin). Les plumes dans le cul, la connerie crasse, les agression, ça ne fait rigoler que des merdeux finis à la pisse. Je suis à peu près certain qu’une brutale publicité négative suivie d’une levée de fonds pour financer un évènement alternatif non pas entre filles, mais entre gens de tous genres ayant signé je ne sais quelle charte de bonne conduite, fonctionnerait. Et les éditeurs, jamais super contents de se faire traiter de violeurs en puissance, seraient ravis de s’y associer avec de plats sumimasens. Nous devons tous interroger notre rapport au temps médiatique, et à ce qu’implique chacun de nos gestes sur Internet.

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Suffirait qu’on fasse pareil avec les sites dont on aime pas le contenu. Suffirait que les gens arrêtent de l’acheter pour que sa se vende plus, disait Coluche.

Et, pour en revenir à la question du fric, il faut accepter de payer, d’une manière ou d’une autre. Si Nolife (pas irréprochable, mais au ton « relativement libre » en ce qui concerne les reviews de jeux, cf leur traitement très lucide et très dur de Sim City) a lancé un abonnement payant alors qu’elle était au fond du gouffre financier, il y a une raison. La raison, c’est que l’alternative pour faire vivre 18 (?) salariés (à vue de nez 750 000$ de salaires + charges par an, j’ai bon ?), c’est de se faire racheter par MTV pour devenir la chaîne ou les gens ont des doigts. Vous savez tous ce que ça implique. Plus vous vous investissez financièrement dans un média, plus vous avez le pouvoir concret de gérer ce qui s’y passe.

Si le forum de Nolife (je ne le fréquente pas, mais je crois qu’il est assez strictement modéré ?) se mettait à ressembler au même dépotoir que le 15-18 d’où vous savez, et se permettait des incartades sexo-homo-petitchato-phobes, ce n’est certainement pas la pub pour la dernière Nintendo qui se retirerait du média en premier, c’est vous, avec vos 5 boules d’abo par mois. Si vous êtes 1000 à le faire, c’est un salaire + charge qui saute : vous avez le pouvoir. Et j’ai aucune idée du salaire moyen d’un employé de Nolife, mais bon, vous comprenez bien le raisonnement, j’imagine.

Vous remarquerez que j’essaye de ne pas vous faire insulte en vous disant que vous êtes des « consom’acteurs », parce qu’on est pas dans les fiches pratiques du papier-toilette à Valérie Toranian. Mais il y a un tout petit peu de ça.

Parce que là aussi, en matière de sexisme, y’aura lourd à dire. Sans parler du reste.

Que l’on parle de sexisme, d’homophobie ou juste de connards de base, c’est pareil. On peut passer toute sa vie à vouloir remplir le tonneau des Danaïdes, ou prendre le pouvoir, ce qui veut dire ôter le pouvoir à d’autres.

Pour la suite, j’imagine que je ne vais pas remporter l’assentiment général, mais il faut à mon sens que nous acceptions touts autant que nous sommes de remettre en pratique notre idée de ce que doit être le « gaming » et d’arrêter ce mythe de l’abondance, de l’immédiateté, et du chouette village global qui va emmener l’avenir vers le futur dans la joie de l’allégresse. Il va falloir qu’on arrive à savoir ce qu’on veut (perso un an de vacances enfermé à jouer à Crusader’s King, ça irait).

Je n’arrête pas de repenser à cet Event Capcom. Sa seule tenue me gêne profondément. Est-ce que c’est pour ça qu’on se faisait taper sous le préau ? Est-ce que c’est vraiment pour ça qu’on a tous du, filles, garçons, lutter des années pour faire avaler aux « grands » qui nous cognaient sous le préau que le Jeu-Vidéo avait sa légitimité comme média ? Est-ce enfin pour ça que dès que la moindre étude pointe tel ou tel truc intéressant (ou non) sur l’addiction ou le danger de filer Lollipop Chainsaw à un enfant de deux ans, on a droit à une marée humaine de chevaliers blancs prêts à défendre leur média avec bonne ou mauvaise foi ?

Etait-ce vraiment pour que, sous l’oeil de caméras et de commentaires échevelés de chauffeurs de salle de camping, sous l’oeil malveillants de chatters laissés en liberté hors de leur zoo, on assiste à des compétitions sportives dignes du plus bouffon des spectacles hypercompétitifs de foot ou de formule 1 ? Ouf, les salaires ne sont pas encore à la hauteur ! Mais si ça venait, est-ce que ça serait vraiment ce qu’on a toujours souhaité ? Encore une fois, la culture de la compète, de la vitesse, de la performance, du mieux, du plus fort ? Ah, on en aura chié pour être considéré comme aussi cons que « les grands ».

Ça y est, on a gagné, on est des geeks, on en vit en jouant à Starcraft, ouaiiiiiis.

Je repense aussi à tout ce qui peut arriver de mal à un homo, une fille, ou un l4m3r lancé au beau milieu d’une partie avec plein d’inconnus super cons. Ca aussi, ça m’interpelle. Bien entendu que tout le monde devrait pouvoir jouer dans une grande farandole d’amour en pétant dans le sucre. Mais au fond, pourquoi ? Pourquoi aller jouer avec un inconnu super con, pourquoi se fader des illettrés sur Battle net, pourquoi s’acharner, alors qu’ils suffiraient de les laisser crever dans leur coin. Le milieu Gamer, joli milieu, en effet. Ça fait envie comme un stage de Limbo dans une usine de planche de fakir. Je ne sais pas ce à quoi on s’attendait en laissant la possibilité à tout un chacun de se retrouver dans une arène immodérée avec ses semblables. Ça avait pas l’air de la meilleure idée du siècle.

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Ambiance de franche camaraderie ! Je suis sur qu’avec un sermon d’une heure sur la valeur de l’égalité entre les hommes et la culture du respect, on va en faire une communauté de dandys progressistes économiquement responsables.

Il me semble qu’on a jamais accusé les « serveurs RP » des MMORPG d’être des connards ou des lâches par principe (des péteux élitistes, oui, pourquoi pas). Peut-être qu’en interrogeant un peu ce qu’on attend de notre passion, la volonté de jouer avec un ensemble de gens un tant soit peu sélectionnés à l’entrée du club (du genre, baskets ok, mais ta bite à l’air qui fait l’hélico, non merci) ne semble pas si complètement stupide. Alors ouais, ben t’auras pas la possibilité de jouer avec 100% des demeurés connectés le mercredi après midi sur Dofus. C’est affreux, sans doute, quel beau rêve d’universalité en petites miettes. Mais je dois être le dernier des Atrabilaires Amoureux pour vouloir créer une zone franche libre d’emmerdeurs. Peut-être que dans une zone franche, on doit s’organiser un peu plus. Peut-être qu’on a pas accès aux ladders mondiaux (encore une fois, v’la le but de l’Humanité. Compète, compète, efficacité, rentabilité !). Peut-être qu’on aura quelque chose de moins « globalisé » et d’un peu moins rapide, avec moins de monde.

Bah ouais, mais global-rapide-nombreux, c’est JV.Com, bienvenue en enfer.

Pendant ce temps, chez Nintendo, quelqu’un a laissé traîner du Xanax dans la galette des rois.

Nous ne serions pas moins bien informés par une petite rédaction correctement financée par des annonceurs extérieurs ou simplement par l’argent des lecteurs

Nous n’aurions pas une expérience de jeu dégradée en jouant des choisis plutôt que des subis. Le Internet 2.0 ayant cela de merveilleux que si on s’en donne la peine, on peut facilement dénicher les gens les mieux de la Terre.

Ça implique une véritable révolution dans notre rapport aux médias, la même révolution que celle qui consiste à fuir comme la peste les commentaires de sites d’actu, à comprendre que tous les modèles possibles et imaginables que ça soit en musique, vidéo ou dans tout autre média ne peuvent être financés par les seules forces toutes-puissances de la publicité, la même révolution qui consiste à mettre un pull plutôt que le chauffage, à bouffer une pomme du coin plutôt qu’une tomate ouzbek, et à comprendre que si c’est un actionnaire de merde qui décide à ma place, c’est aussi en partie parce que j’ai choisi de ne pas payer assez pour un contenu donné.

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Mon cadeau à mon moi du futur.

 

Après, y’a quand même un problème, et j’en ai bien conscience, c’est que c’est parfois difficile de savoir absolument tout de la démarche de s’impliquer pour soutenir un modèle du futur. L’exemple qui me vient est celui de Spotify. En tant que client Spotify (abo à 5€/mois), il paraît que j’écoute 60H de musique par mois en moyenne, générant ainsi à la louche 50€ de revenu annuel pour les artistes (j’imagine qu’une partie de mes 5€ va aussi aux musiciens que j’aime, plus les CD/vinyles/kazoos/places de concert que j’achète en plus…). D’un côté, on voit que c’est très bien. Si Deezer et Spotify réussissent leur coup de transformer des pigeons gratuits comme je l’étais en pigeons payants comme je le suis devenu, alors « le marché de la musique est sauvé ». Oui, et le trio infernal des majors aussi. Et tout le monde pourra joyeusement continuer à écouter de la merde noire et à payer pour qu’un million d’euros soit claqué dans le prochain clip de Rihanna. Ou alors je peux acheter des albums directement sur bandcamp sans drm, et me fader une interface de merde, et une offre beaucoup plus hasardeuse ;). La remarque vaut aussi pour Hulu/Netflix quand ils arriveront enfin à débarquer en France. Le mécénnat global privé, ou la meilleure manière de conserver par un compromis des deux parties (vilains majors et vilains consommateurs) le status quo en matière de moins disant culturel.

donnez sur mon kickstarter « financer l’enlèvement de Pascal Nègre pour l’enfermer pendant 1000H avec Jean-Pierre Fromage.

Ou pour prendre un exemple plus « gamer » : depuis que les affreuses soldes Steam existent, je crois n’avoir jamais payé un jeu plus de 25€ (et encore à titre vraiment exceptionnel, parce que j’étais bourré et que je voulais vraiment jouer à heroes VI -ce qui rétrospectivement était une connerie). C’est un processus qui tire les prix vers le bas, très vite, mais qui étend le nombre de produits vendus. Une sorte de win-win qui oscille entre juste prix et rentabilité pour les créateurs. Sauf que je sais très bien le prix à payer (en gros, utiliser un système immonde qui tue le marché de l’occase sans pour autant rendre les joueurs propriétaires de leurs achats, une utopie de joueur qui est en même pemps une pure dystopie capitaliste, loup qui se donne un visage d’ange -parfois mérité- comme le prouvent les très généreuses soldes récentes sur les jeux indépendants)

En gros, si je prends un abo premium à Nolife ou Gameblog, c’est pas non plus une garantie quelconque que ça améliore les pratiques observées dans le milieu. Ca nous met pas vraiment à l’abri de mauvaises pratiques. Si ça se trouve, les mecs du Canard Enchaîné sont corrompus, incompétents, et j’en sais rien, et c’est la limite de l’exercice. Je devrais insérer ici u, paragraphe de type « attentifs ensemble / vigie citoyenne » mais j’ai pus la force.

Mais, de la même manière que nous devons nous interroger sur notre rapport aux questions de genre, nous devons nous poser la question, sincèrement et je crois sans hurler ni se taper dessus, de notre rapport au temps, à la communauté (des joueurs, comme des humains), au commerce, au circuit documentaire, aux industries culturelles… Bref, à ce qu’on veut faire de ce monde de merde.

Parce que la castration, le manspaining, les geeks qui se font taper sous le préau, les ghettos pour bobos, les blagues pas drôles, les bons conseils d’onc jean-jean, la culture de la viole, ne résoudront jamais l’unique question qui importe :

Aurez vous assez de courage pour visiter le site pageperso-orange de Brank Shme Bleu pendant que son chanteur finit Tomb Raider ?

T’as tenu jusque là ? Ca mérite bien un bébé wombat qui dort.

11 réflexions sur “DORITO DENTATA !

  1. Je vais éviter aux futurs commentaires de dire de la merde en amenant directement le sujet de la génération : pour le meilleur ou pour le pire, c’est la notre, entre autre, et il ne faut pas s’en cacher. Comme tout le monde nous écumions jv.com en 99 pour aller chercher les soluces de nos jeux préférés (l’EATJV ou un truc du style ? Ca remonte…). Après, y’a ceux qui sont restés dessus et ceux qui ont vite flairé l’odeur de merde. Le problème c’est que ceux qui sont restés étaient plus nombreux, je pense, et que les nouveaux arrivants (nos petits frères et soeurs quoi) se sont tournés vers celui qui ressortait le plus vite, ou dont on parlait le plus. Ca fonctionne dans le mainstream comme le spécialisé ; pourquoi la plupart des joueurs de MMO en France (moi y compris hein) sont sur JoL ou M-P ? Parce que c’est les plus gros et qu’a l’époque les noms ressortaient dans les discussions. La comm, la pub, les discussions, tout ressortait par la dans cette époque d’autant plus intransigeante que le google-ranking n’était pas dieu tout puissant. Maintenant c’est le click, bon. Ca ne change pas vraiment la donne.

    Aparté perso : j’utilise de moins en moins dieu avec deux oo au milieu, préférant un certain canard. C’est fou comme nous étions habitué à un mode de fonctionnement et je m’émerveille encore de voir qu’un vrai moteur de recherche ne me sort pas les réponses « attendues » quand je tape quelque chose comme toml raidem (ie : jv.com, gamekult). Essayez vous même, c’est amusant.

    Ceci mis de coté, ton texte rejoins ma candeur interrogatrice postée à la fin de la longue liste de commentaires sur ton premier article, laquelle n’était en soit pas spécialement adressée à ta personne mais aux lecteurs et lectrices variées du fil. Le jeux vidéo est devenu un divertissement de masse, c’est une réalité à admettre. Il suffit de regarder à combien se vend Call of Duty pour le comprendre. Ou alors nous sommes légion, mais les personnes toujours prêtes à faire ressortir les brimades scolaires (ironiquement soulevées par ton ami et dont je rejoins le ressentis, jamais vécu ça vraiment ; ça tendrait à confirmer quelque chose que je pense : face à ces personnes, il y a plus de problèmes d’intégration social concrètes que de simple « je me faisais taper dessus parce que j’aimais jouer à Mario », ce qui amène des problèmes relevant de la psychologie plutôt que d’un coté geek quelconque (quelque soit leur degré d’intérêt pour le sujet)) étaient vachement sous représentées dans les cours d’écoles. Mon très cher buraliste, que je connais depuis maintenant une bonne dizaine d’année, me sait depuis tout ce temps consommateur de jv, et il s’est mit « récemment », il y a deux trois ans, à me parler soudainement de son acquisition d’une play3 et ses soirées à jouer à PES (ou FIFA je ne sais plus) via le psn comme quelque chose de formidable. Moment interloquant s’il en est, révélateur d’un changement de public à mon sens. Ou d’un élargissement, mettez le terme que vous voulez.

    Nous sommes donc d’accord la dessus. Maintenant tu soulèves le point de notre consommation, et la aussi je dois te rejoindre je pense. Nous voyons de plus en plus ce genre d’évènement médiatique, et pour citer le dernier en date octroyons un point Sony à ce commentaire qui commence à me bouffer mon temps. Conférence Sony dont je n’avais pas plus grand chose à carrer que d’habitude, mais maintenant, en plus de perdre mon temps sur IRC, je le perds aussi sur Twitter, et peut donc profiter en direct live sans avoir rien demandé de ce qu’il se passe. Personne ne pourra dire que cette soirée n’était pas profondément drôle, les blagues fusaient dans tout les coins, la course aux RT étaient lancée (record perso de 10, avec mes 140 followers ouzbek (dont certains ne parlant ni français ni anglais) je me suis sentis puissant), et l’aigreur post-conférence de rigueur comme d’habitude « bouh c’était nul » « y’avait rien » « on apprend que dalle » « y’a que ça comme jeux ? » « elle est ou la console ? » J’ai essayé fut un temps d’en discuter avec certaines personnes que j’estimais être aptes à comprendre cet argumentaire qui dit que ce genre d’évènement ne sert à rien, et que le voir en live ne vas pas t’offrir quarante vierges au moment de ta mort, ce fut un joli mur qui m’accueillit.

    Il y a un terme en psychologie qui s’appelle Dissonance Cognitive. Un sujet passionnant à étudier qui ressort de manière formidable dans à peu prêt toutes nos activités et auquel nous sommes tous plus ou moins confronté à un moment ou un autre de notre vie. Le meilleur des gamers nage en plein dedans. Combien de personnes qui râlent à longueur de journées sur forums/réseaux sociaux et qui vont quand même entretenir la machine, combien d’énergie dépensé à suivre quelque chose dont les personnes cherchent à se défendre corps et âmes ? C’est ahurissant, tout simplement.

    Que l’on me comprenne bien, je ne dis pas ça pour pointer du doigt et honnir l’incriminé, que dis je, le parjure de toutes les fautes du monde, mais comme tu dis : à un moment, faut se remettre en question.

    Reste au final ce problème de l’argent qui gouverne nos vies, ou comme le site que tu link le souligne, ces coins aux US ou les habitants ne peuvent se nourrir décemment. Nous votons donc certes avec nos pieds, pourtant il serait de bon ton de se chausser de rangers de temps à autre, histoire que cela se sente. Arrêter de suivre les fils de news pourries, arrêter de vouloir voir des live en direct stream hache-dés remplis de vide, arrêter de rt ou liker de la merde à longueur de journée (mais on peut pour de la merde à but comique, fopadéconé), arrêter d’acheter ce qui ne nous plait pas, juste parce que le voisin l’a aussi. Arrêter d’être remplis d’envie à l’encontre de l’autre. Mais je vais me faire taxer de coco ringard si je continue (ce qui n’est pas faux, peut être).

    Je n’ai aucune idée d’à quel point une idée comme Kickstarter peut marcher, cela me semble « trop » d’un seul coup pour être viable, l’explosion de la bulle me semble proche. J’espère secrètement me tromper, au moins pour que des Ron Gilberts continuent de nous proposer des jeux intéressants et que le milieu stoppe la production des sacs à merde servant à faire du pognon. Tout les haineux du monde vont hainer subitement mais je n’ai plus touché à un jeu Blizzard depuis World of Warcraft, non pas parce que celui ci m’a déplu (même si oui) mais parce que toutes leurs productions récentes sont vérolées. Pas en terme de graphisme, de gameplay, de plaisir de jeu ou quoi que ce soit, je ne suis pas idiot et voit bien l’engouement réel pour un Starcraft II ou un Diablo III et j’imagine sans difficulté à quel point il doit être plaisant de s’adonner à ces jeux. Tout simplement parce qu’éthiquement, de mon point de vue, ils ont enchainé les merdes sans noms sur la périphérie : hôtel de vente-argent réel-lol, connexion constante, serveurs de jeux défaillants, chartes de jeux de plus en plus contraignantes vis à vis du produit, pas de modes Local Arena Network (plait il ? Il faut plus d’interactions sociales entre les joueurs ? Faudrait commencer par ne pas les brider), extensions payantes pour avoir le droit de jouer toutes les races et la campagne comme on veut (seriously ? Je reste sur Dawn of War). C’est tout simplement infernal. Blizzard a le bon gout de faire des jeux techniquement polis donc ça passe, mais la récente déconfiture du fleuron du management de villes moderne rappelle à tout le monde à quel point ces idées la sont passablement connes, anti jeu et, fondamentalement, anti gamers.
    Tout le monde s’est excité sur le problème des viols soulevés par Tomb Raider, j’ai du attendre des mois pour avoir des retours sérieux sur si le jeu était intéressant/plaisant à jouer/novateur dans son approche, vu qu’il s’agit d’un reboot (réponse : un peu mais trop, lol uncharted, enfin ça passe chez un pote). Paix la rage, mais soyons sérieux deux minutes, mon coté gamer n’en avait franchement rien à foutre de tout ça, il voulait savoir si le jeu valait le coup, point. Mon coté humain lui c’est un autre sujet, et il a été malheureusement touché.

    Le problème des communauté est un problème à traiter à la base. Que Nolife soient stricte depuis le début a été une bonne chose pour eux, que JV.com non fait que c’est un trou à merde du net français. Même Gamekult qui est le seul site pro français que je consulte est remplit de caca peu intéressant dans des pages de forums imbues d’elles mêmes et insignifiantes, mais tellement remplie d’horreur que j’imagine bien les responsables avoir baissé les bras depuis bien longtemps devant l’ampleur de la tache, et pourtant c’est pas le pire.

    PS : ton lien vers la page de Brank Shme Bleu ne marche pas, j’ai l’impression.

    PPS : désolé yapa d’images, je sais même pas si on peut en inclure dans les commentaires, mais re-regardez celles de l’article en même temps, ça devrait fonctionner.

    PPS : je ne savais pas qu’il existait une barre de défilement dans les commentaires.

  2. J’sais pas quoi ajouter, c’était massif, intéressant et constructif ! Pour Brank Shme Bleu c’est moi qui ai fait de la merde, je vais réparer 😉

    Sinon, pour ton buraliste, j’ai vécu la même quand ma mère s’est mis à streamer Game of Thrones.

  3. Cet énorme baissage de froc. Ce débordement de consensualité et de bons sentiments. Franchement mon ami, il faut vous ressaisir, ça ne va pas du tout. Heureusement que la fin relève un peu le niveau (et à ce sujet, je proteste, l’interface de bandcamp est excellente).

      1. On dirait que si tu as mis autant d’eau dans ton vin c’est que tu as reçu des menaces, en fait (ou à tout le moins, de sévères remontrances). C’est ça qui m’a mis mal à l’aise.

        1. Je n’ai pas mis d’eau dans mon vin, c’est ce que je pense depuis le début. Je pense que toute cette polémique passe complètement à côté du rincipal problème des canaux de com dans le JV, à savoir, pour faire vite, le nivellement économique par le bas.

      2. Cher monsieur du dentifrice millénaire des années qui passent, je souhaitais te dire à quel point j’aime te citer entattendant la suite de tes protraits de le internet.

  4. J’ai lu tes 3 articles d’affilé juste après m’être taper 2h de radio usul sur le sujet et que tu m’ai obligé à me renseigner sur ce qu’était le doritos gate en plein milieu .

    Je crois que je suis tellement d’accord avec toi que ça en devient flippant parceque selon toute vraisemblance je suis l’un des nombreux acteurs qui font tourner ce système de merde , je lis les news inutile 3fois par jour sur JV.com, vais sur les forums, m’insurge contre leur connerie congénitale et leur intérêt avant d’y retourner, rale comme tout le monde contre les DLC, les DRM, les relations éditeurs-presse, le sexisme, les nouveaux arrivants sur l’internet et j’en passe tout en continuant à acheter le dernier diablo, regarder Game One (nan je deconne faut pas pousser non plus) pirater du jeux indé parceque c’est facile rapide et gratuit (même pas par manque de tune je suppose que pour certaines choses ça peut être le cas mais pas pour du jeux indé…) et tout cela en me considérant dans un milieu geek qui n’existe pas et qui est plus une généralité des « sociably akward pinguin » de ma génération que je vois ce répandre à toute vitesse dans la culture mainstream et se transformer pour devenir une sorte mélasse déguelasse de com et de vague fausse sous-culture qui repose sur une volonté d’identification dans un groupe secondaire devenu le groupe de base.
    Mais si ça peut te remonter le moral ta divine parole ma ouvert les yeux et j’ai aujourd’hui beaucoup plus conscience des coulisses de cette industrie pourri dans ces viscères et je compte bien être le premier caillou d’une armée de cailloux qui changera tout ça, ou du moins je l’espère.

    Oui c’est long, oui c’est plein de faute, oui je m’en fout.

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