Hellacious Acres : The Case of John Glass, ou l’estie d’route de sacrament d’combinaison.

C’est bon, j’imagine que tous les gens qui étaient venus pour me voir mexpliquer des trucs sont repartis, je peux reprendre mes articles pour mes dix ou douze lecteurs habituels.

Je ne sais pas trop si la nouvelle impliquant Noob et un milliard d’euros versés par des fans en délire pour en faire un long métrage est une bonne ou une mauvaise nouvelle. D’un côté, ça prouve comme je me tue à le répéter partout qu’on est définitivement entré dans le siècle de la Roussette de la création, un âge d’or invraisemblable qui, si on fait un tout petit peu l’effort de chercher met à portée de clics des merveilles incommensurables et inimaginables il y a dix ou quinze ans, et que chacun peut contribuer à la création de ces merveilles en les kickstartant. D’un autre côté, Noob c’est pas très drôle et les acteurs sont mauvais comme des cochons. Mais Noob ou pas, ce genre de trucs prouve qu’on peut, avec quelques bouts de ficelles, faire de toutes façons beaucoup mieux que Night Shamallow avec un trilliard de roupies. Enfin, on peut essayer, et finir produit, voire en vivre. Je n’ai aucune idée de la manière dont Hellacious Acres a bien pu être financé ni si Pat Tremblay son réalisateur au nom de poilu québécois en a retiré un centime, aussi, c’est pas une transition très pertinente.

Parce qu’à vrai dire, je ne pense pas qu’il y ait vraiment eu un budget qui dépasse les 30$ pour cet étonnant long métrage de la science fiction canadienne.

R’né pour perdre. Vous avez compris ? R’né ? Québec ? huhuhu.

Hellacious Acres : The case of John Glass de son petit nom intime, est un objet particulièrement curieux sorti en 2011 dans une indifférence à peu près comparable à la carrière politique de Véronique Genest. Le synopsis tient en deux phrases et demie : la Terre a été pulvérisée par des extraterrestres. Quelques rares survivants se cachent avec des tronches tout droit sorties de clips de Stupeflip, et un mec du nom de John Glass coincé dans la version Foir’Fouille de la combinaison du mec de Dead Space, doit aller d’un point A à un point B pour récupérer un Mac Guffin. En chemin, il se passe des trucs (de la marche à pied et des fouilles de placards vides, essentiellement).

A tous les gens qui se marient dans l’année et que je connais, voilà mon costume on pourra pas dire que je vous ai pas prévenu ok bisou.

Trois acteurs, des masques de paint-ball et des tuyaux d’arrosage, le tout filmé avec un filtre dégueulasse dans l’automne canadien pour bien faire fin du monde. Qu’est-ce qui pourrait bien pousser un être humain normalement constitué à regarder un tel truc pendant une heure et quarante-huit minutes ? Eh bien je vous le donne en mille : je ne suis pas un être humain normalement constitué.

Hellacious Acres est, on peut tuer le suspense, un très mauvais film sur l’essentiel des points imaginables. Mal monté, assez inintéressant d’un point de vue scénaristique, joué sans conviction et surabusant d’effets graphiques qui transforment chaque image en vision apocalyptique de Sarreguemines en Novembre du point de vue d’un myope borgne. Avec une mention spéciale pour la musique et le mixage. Si vous aimez le mauvais viking métal instrumental écrasant des voix sous-mixées, bonjour. Et le dernier tiers du film est assez atroce en terme de tout ceci mélangé. Mais Hellacious Acres est aussi un film tellement bourré de bonnes idées conceptuelles, voire d’idées assez audacieuses, qu’il ne lui manque quasiment rien pour être bon, voire assez mémorable. Du fric et du talent, tout au plus.

Listons ensemble, si vous le voulez bien, quelques unes des bonnes idées de ce truc.

– John Glass en lui-même, en sauveur de l’Humanité. Pas loin d’être un coup de génie : le mec, effroyablement antipathique, est coincé dans une combinaison inextricable et mal pensée et erre sans fin, en se plaignant. Incapable de trouver de la nourriture, tournant en rond, lent, désemparé, il échappe à tous les clichés communs de l’anti-héros. John Glass n’est même pas un anti-héros : c’est un rien du tout à qui on a enfilé une combinaison de merde, et qui se retrouve aussi incapable que vous et moi à faire quoi que ce soit de cohérent dans un monde dévasté. Le anti-héros finit toujours par faire des choses plus ou moins héroïques, ou au moins le miroir de ces choses. John se contente d’échouer encore et encore. Hey c’est même marqué sur la jaquette du DVD, donc bon.

bizarrement, de temps à autres, le réa abandonne ses filtres dégueux, et d’un coup la planète a l’air un peu moins morte. Enfin, morte comme la Gaspésie en milieu d’automne quand même.

– La combinaison de John, obstacle permanent dont le réalisateur souligne à grand coup d’effets cheapos l’aspect balourd et inutilisable, est une excellente idée. Impuissant, utilisant les fonctionnalités à l’arrache, trébuchant comme un con, John est prisonnier de sa grosse armure de Kamen Rider, et doit finir par se résoudre à aspirer de la merde en pot avec un tuyau/sonde gastrique, scène donnant lieu à trois ou quatre minutes d’ouverture de boîte de conserve à la scie à métaux. Même si c’est moche et mal joué, le côté désespéré et effroyable de la situation est assez bien rendu. La combinaison ne donne pas de pouvoirs, n’est même pas water-proof, offre une vision opaque, et, au moment ou il faudra finalement la détruire, s’avérera beaucoup trop solide, sauf, ironie, pour les aliens.

– Le rythme particulièrement lent et anxiogène du métrage, s’il est assez indigeste, est plutôt à mettre au crédit du réalisateur. John court après du rien, tourne en rond, s’asseoit et en chie à peu près autant que le spectateur. Une véritable mise en souffrance permanente, lente, sale, parfois drôle. Vers le milieu du film, John ingère involontairement un tube à essai. Les souffrances gastriques en résultant ne nous sont pas épargnées. Oui, dix minutes du film sont consacrées à voir un mec faire caca par un tuyau d’aspirateur. Son interminable calvaire solitaire est un truc que je crois n’avoir quasiment jamais vu nulle part. Pas d’antagoniste, pas de véritable enjeu, pas de péripétie. Juste un PNJ en train de creer abandonné sur sa map vide.

Prout

– D’une manière générale, le film place le spectateur dans un état de malaise permanent. John est nul, pachydermique, inopérant, oui. Mais si John n’a ni visage ni identité digne de ce nom, c’est parce que cette silhouette bouffonne, c’est exactement ce que vous feriez à sa place. Vous pensez que vous feriez des trucs awesomes comme enseigner à votre gamin à entretenir le feu sacré de l’Humanité ? Ou que dans le pire des cas vous deviendrez canibale ou membre d’un gang de bikers de l’apocalypse, mais en vrai, et vous le savez aussi bien que moi, vous iriez juste de grage vide en grange vide pour trouver des conserves, faire caca et recommencer le lendemain jusqu’à votre mort. A défaut d’être un bon film, Hallacious Acres est une leçon d’humilité. Les rebcontres de John (extraterrestres, survivants, etc.) sont systématiquement des fumbles de premier ordre.

– Et au fond, je trouve quand même assez couillu, en 2013, de tenter un film de SF sans explosions, sans pouvoirs, sans personnages, sans romances avec des Asaris, quasiment muet. Odyssée de rien du tout, avec des péripéties à base de digestion, de boue, de vieux cartons et de bouts de mégots. Vision assez réaliste d’une planète morte, vide, seule, Hellacious Acres est une intéressante dissertation sur le néant.

Après, ça reste quand même un film de merde, hein.

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3 réflexions sur “Hellacious Acres : The Case of John Glass, ou l’estie d’route de sacrament d’combinaison.

  1. Tu donnerais presque envie de regarder, mais vu que je me suis tartiné une bonne moitié de Space Battleship récemment, je pense mon tour pour ceux qui ont encore de la SAN.

  2. Ahah c’est vrai que le concept à l’air excellent, j’ai pas vu le film mais peut être que le côté cheap et un peu farfelu serait mieux passer si toute l’histoire se concentrait sur l’humour, l’ironie et l’absurde du gars comme un con dans sa combi moulante plûtot que de lui donner un côté trop sérieux ?(si c’est déjà le cas oublie.)
    Qui ne sait jamais rêver chasseur solitaire barbu de zombie avant de réaliser qu’en fait on serait probablement le premier à ce faire bouffer ou même crever avant parcequ’on sait pas bouffer autre chose que des pates ou des pizzas rechauffé (ok probablement beaucoup de monde…)

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