Bildemic : shock and telol.

Cet article pourrait ou ne pourrait pas être considéré comme offensif envers toutes les communautés asiatiques du monde. Fu Man Chu aussi, mais personne ne venait râler quand il faisait ses tours pendables.


James Nguyen est, soyons honnêtes, très justement inconnu. Cet underdog parmi les underdogs du cinéma d’exploitation américain distille un secret assez profond suer sa propre personne. La légendaire discretion de la model minority, probablement.
On peut quand même trouver quelques informations plus ou moins exactes sur cette « Moviehead », comme il aime à se définir avec ce sourire malicieux qu’il arbore sur la seule et unique photo qu’on peut déterrer de lui*

James est le patron du très peu productif « Moviehead pictures », alternant films mélodramatiques poussifs et nanars au premier degré. Birdemic est incontestablement la pièce maîtresse de ce complexe industrio-cinématrographique. Et James à sa marque de fabrique, comme en atteste sa fiche IMDB :
– Les héros de ses films sont informaticiens ou commerciaux
– Ses scènes de cul sont filmées en maillot de bain « pour que les acteurs ne couchent pas vraiment ensemble »
– Il ajoute tout un tas de faux noms dans les génériques de ses films « pour faire plus pro »
– Il aime les plages.
James Nguyen est donc prude, romantique et versé dans l’informatique. Et pour coller parfaitement au cliché, j’imagine qu’il n’a pas plus grande peur dans la vie que de perdre la face.

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Ici des occidentaux en train de perdre la face comme si de rien n’était.

Par bonheur, Birdemic est un sans-faute loin de déshonorer ses ancêtres.

Nguyen a eu l’idée de tourner Birdemic en regardant « Les Oiseaux » (dont il est un plagiat assez large) et « une vérité qui dérange ». De fait, la toile de fond de ce putain de chef d’oeuvre implique des oiseaux malades à cause de la pollution qui se jettent sur des gens. Les oiseaux en question sont par contre assez absents du film, mais comme on va le voir sous peu, c’est plutôt une excellente chose au regard des moyens investi dans la fauconnerie interne de Moviehead Pictures.

La première moitié du film n’implique ainsi absolument aucun caractère horrifique, si ce n’est la réalisation en elle-même. Avec 10 000$ de budget, une seule caméra, aucun sens de la réalisation et pas de possibilité de faire des prises de son correcte, James Nguyen livre, disons le tout de suite, le film le plus atroce qu’il soit possible d’imaginer. Intégralement filmé à l’aide de faux-raccords, Birdemic déroule une série d’acteurs inaudibles à cause du vent, des climatiseurs et de la circulation, acteurs qui de toutes façons semblent débiter à la suite des bouts de dialogue sans idée particulière de leur contexte. Loin de surjouer, la plupart de ces acteurs amateurs se contentent d’adopter un ton particulièrement neutre et informatif comme dans une vidéo éducative du ministère de l’éducation. Passons rapidement sur la musique, toujours balancée beaucoup trop fort et intégralement issue de banque de sons libres de droits (d’où la présence étrange de musique classique à tous les étages). Birdemic est certainement le film le plus mal réalisé de tous les temps, loin devant Bitoman 7.

"Shooting chez Victoria's Secret" (sic)
« Shooting chez Victoria’s Secret » (sic)

La mise en place de l’intrigue est ainsi relativement poussive. Rod est in marketteux en informatique (parce que « les héros de Nguyen travaillent toujours dans l’informatique ») Il vend des trucs dans un petit box de type télémarketing. Mais comme c’est un super vendeur, il arrive de temps en temps à vendre « un million de dollar » de produits, du coup, son patron est super content. Un jour, après avoir vu un stock-shot de reportage sur la nature et s’être fait vendre trop cher un panneau solaire par un roublard vendeur afro-américain, il décide de devenir riche en créant des panneaux solaires « verts ». Ses panneaux, loin d’être coûteux et polluants comme ceux de ces salauds de japonais qui utilisent « du sillicone », sont au contraire propre et sûrs, préférant « des nanotechnologies », comme matériaux de base. Le chef moustachu de Rod choisit alors de lui racheter son brevet pour dix millions de dollars. Rod est très riche, maintenant, et peut donc se consacrer à sa nouvelle petite amie.

De la nanotechnologie cher collaborateur, merci, personne n'y avait pensé ! Acceptez un million de dollar de brevet !"
De la nanotechnologie cher collaborateur, merci, personne n’y avait pensé ! Acceptez un million de dollar de brevet !

Seule actrice arrivant à peu près à aligner trois phrases, la petite amie en question, Natalie, est incarnée par une cachetonneuse de nanars qui a l’air toujours un peu amusée de ce qu’elle raconte. D’un physique assez banal, elle arrive quand même à être recrutée comme mannequin professionnel pour Victoria’s Secret (sa relative absence de seins et de fesses impliquant que la marque a pas mal changé son image depuis la dernière fois ou j’ai vérifié). A la suite d’une ou deux péripéties à base de « hey, mais on était ensemble au lycée », les deux héros décident de se donner rendez-vous dans un restaurant romantique… Qui s’avère être un self de bouffe viêt. Super sens de la communauté, James.Après quelques péripéties à base de sexe habillé, parce que « Nguyen films les scènes de sexe avec des vêtements pour éviter que les acteurs ne couchent vraiment ensemble », le film peut vraiment commencer (ça fait quasiment une heure d’intro, tout de même). Tout ceci est tartiné de mentalité paternaliste asiatique un peu étrange, qui peinent cependant à relever la sauce (au poisson) du film.

Me love you long time with bra.
Me love you long time with bra.

Après, sans déconner, on est là pour voir des oiseaux, quoi. Après une bonne heure de film, des oiseaux en Gif animé (voire en clipart) se mettent à fondre comme des dingues sur la population locale. Et à exploser. Oui, avec des flammes (en carton) et tout le tralala : les oiseaux explosent au contact du bitume et des gens. Surement cette histoire de réchauffement climatique dont la simili CCTV que regarde sans arrêt le héros n’arrête pas de causer. La seule solution trouvée par nos héros est donc de les affronter avec tout ce qu’ils ont sous la main. Et comme ils viennent de baiser, ils sont dans une chambre. Ce qui donne quelques scènes assez formidables d’acteurs agitant des CINTRES pour fair fuir des oiseaux bo-bombs en clipart. Le pouvoir de suggestion des images atteint son pinacle.

La chevauchée des piafs-qui-rient. J'aurais pu mettre une vidéo, mais ils ne bougent pas vraiment...
La chevauchée des piafs-qui-rient. J’aurais pu mettre une vidéo, mais ils ne bougent pas vraiment…

le reste alterne entre fusillades (parce que bon, ils finissent par trouver des guns en plastique qui font un bruit de 103SP en panne) et fuite éperdue à 50 kilomètres heures sur des aires d’autoroute, ce qui permet d’admirer, au fond du décor, la circulation périurbaine continuer absolument tranquillement pendant la « Birdémie ». Mais ces incroyables péripéties, où le meilleur ami du héros se fera buter par des piafs (parce que c’était un baiseur salopard et infidèle, bien joué Bouddha du Karma !), ne sont au final pas très longue, l’incipit durant environ 2/3 du film. A la fin, le héros, la fille, et deux insupportables gamins qui ne peuvent pas s’empêcher de faire du placement de produit pour la PSP finissent heureux à faire un barbecue au bord d’une plage. Entre temps, ils auront rencontrés une sacrée brochette de NPC complètement à côté de la plaque, dont un tree-hugger qui doit avoir le même pharmacopée que Snoop Lion.

"j'ai jamais vraiment digéré ma défaite contre Eva Joly !"
« j’ai jamais vraiment digéré ma défaite contre Eva Joly ! »

Ca pourrait s’arrêter là, avec un léger flottement pour savoir qui a bien pu injecter 10 000 boules pour faire ça. Mais Birdémic est sorti en 2008, les amis. L’heure des réseaux sociaux ou même un type qui « quand il pète uil troue son slip » peut atteindre une forme de gloire passagère. James Nguyen a communiqué avec une quantité louable de passion et de premier degré sur Birdémic. Il a ouvert une fanpage, harcelé les gens pour qu’ils likent le film, mit ses proches à contribution, et créé un site officiel en paint art de 1994. Après quelques mois d’un lobbying intense, Birdémic : Shock And Terror a fini par bénéficier d’une sortie DVD (vendue au prix modeste de QUARANTE DOLLARS) et d’une suite en 3D, avec une affiche en 4:3 qui donne l’impression que le retour de la vengeance se fera avec des acteurs en forme de brioche à la viande.

OWN BIRDEMIC 2 AT CHILL.COM/BIRDEMIC2
Tâm Biet !

* Bon, en fait, on peut en trouver plein d’autres sur sa page Facebook, mais c’est pas vraiment à son avantage.

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