Lacrosse Dresser : Drugstore Girl (2004)

(pourquoi je m’acharne a faire des articles a 150 vues sur des films obscurs alors que n’importe quoi sur le sexisme ou l’infotainment m’en apporte cent fois plus ? Nul ne le sait. Amour de l’art.)

Vous me connaissez un peu : je suis à peine plus bête que la moyenne. Je comprend la plupart des choses que les gens comprennent, même si le succès de Vincent Delerm, les équations différentielles ou Nadine Morano me plongent dans des états de perpléxité profonds.

Niveau cinéma, c’est pareil. La plupart du temps, j’arrive à comprendre ce qu’on me montre. Même quand la volonté manifeste est de ne rien me montrer ou de me montrer des choses tellement fracassées que ça ne veut rien dire, je suis capable de comprendre qu’on se fout de ma gueule et de ne pas donner d’argent à David Lynch, y compris quand il essaye de faire du rock.

Mais soudain : Le Japon.

Nous allons aujourd’hui parler d’un film Capitalisto-gay-friendly-pro sugardaddy ayant pour thème les sports amérindiens et les pharmacies. Nous allons causer de Drugstore Girl, pondu par l’assez prolifique Katsuhide Motoki (surtout quand il s’agit d’adapter des vieux mangas en dramas).

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Alors qu’elle rentre de la fac de pharmacie, Keiko (Rena Tanaka, squelettique ex meilleur espoir féminin qui joue dans beaucoup trop de films par an) va faire caca et trouve son copain en train de se faire sucer par une autre dans la baignoire. Ni une ni deux, elle saute dans le train et descend en bout de ligne, dans un quartier commerçant paumé. Se souvenant alors qu’elle n’a plus de PQ, elle entre dans une pharmacie en construction et se confie en pleurant aux deux sympathiques grandes folles qui tiennent la boutique. pour une raison quelconque, elle se retrouve embauchée comme vendeuse, et fait au passage la connaissance de Geronimo, le clochard alcoolique du quartier qui se met à balayer à la vitesse supersonique quand il est ivre et qui arbore des couettes de toute beauté.

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Un film qui commence littéralement aux toilettes.
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Je ne sais pas si cet acteur est moins crédible en clochard, en amérindien ou en petite fille. A sa décharge, dans les trois cas, il y en a très peu au Japon.

Rêve mouillé de l’ultralibéralisme, la pharmacie en question pratique à la fois des tarifs ultra dérégulés et la vente de tout un tas de produits aussi variés que le pain, l’alcool ou les magasines (la plupart des clients semblent cependant ne vouloir que des laxatifs).

La bande de commerçants mafieux et réactionnaires du quartier voient l’arrivée de la concurrence d’un oeil noire (ils sont tellement méchants que l’un d’entre-eux a même dirigé une organisation syndicale). Ils sont pharmaciens, épiciers, moine (???) ou médecin de campagne et pensent donc procéder au sabotage du nouveau drugstore. Leur plan implique pas mal de pétards, de boules puantes et de fumigènes, ainsi qu’une prise d’otage.

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La subtilité avec laquelle le monde propre, friendly et beau du grand magasin se heurte avec le côté dégueulasse, cher et pollué des magasins de quartier propulse le réalisateur au rang instantané d’Eisenstein de droite.

Bien entendu, la jolie Keiko va se faire une joie de leur prodiguer moult conseils pharmaceutiques, parce qu’on en est qu’à 20 minutes d’un film d’une heure trois quart et qu’au fond, Drugstore Girl ne va pas tant que ça causer de l’influence micro-économique des grandes surfaces sur le commerce de quartier dans les arrondissement tokyoïtes reculés.

Les 5 quinquagénaires au coeur de la fronde commerciale (dont le moine qui, au passage, arbore sans raison particulière un maquillage de femme dans certaines scènes) tombent éperdument amoureux de la jeune pharmacienne qui, elle-même, passe une partie de son temps chez le fils du pharmacien à boire des bières pendant que ce petit gros obséquieux la prévient qu’il risque de la violer pendant son sommeil mais que c’est quand même peu probable, il a pas le temps à cause de ses partiels.

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Le stalking, c’est rigolo !

Comme tout japonais qui se respecte, les papis commenent à stalker Keiko jusqu’à sa fac, et découvrent qu’elle s’adonne à un sport insolite : la Crosse féminine (Lakurozu en nipongrish), un de ces sports anglo-saxon bizarre ou tout le monde cours dans tous les sens avec des bâtons, comme le Hockey, Le Cricket, le Curling, Le Croquet, le Calvinball ou le Base-Ball. La Crosse, sport d’origine amérindienne (vous voyez arriver le truc avec Geronimo, hein ?), impliquant des bâtons munis de filets et pas mal de confusion. En deux temps trois mouvements, voilà donc nos quinquas en train de se lancer des ballons en utilisant des filets à papillon, et à se frapper dessus lors de long plans-séquence à l’esprit très Charlots impliquant un sacré lot de baffes et de coup de pieds dans les fesses.

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Histoire Vraie : La Crosse a été un sport olympique par deux fois, au début du 20è siècle, puis une autre fois pour fêter les 100 ans de la codification du sport dans les sixties, puis plus jamais parce que personne en a rien à foutre de ce sport bizarroïde.

Loin de se démonter d’avoir ainsi été stalkée, et bien décidé à prendre sa revanche sur son ancien petit ami (le lien de cause a effet n’est pas plus évident dans le film que dans ma phrase), Keiko décide alors de transformer les commerçants en joueur de Crosse.

Il s’avère cependant qu’après une série d’entraînement désastreux, ils sont complètement nuls, et incapable de jouer à la version masculine du sport, ce qui ne les empêchera pas de recruter d’autres losers pour faire partie des “Bamboo Boys”. L’entraînement leur donne tellement de courbatures qu’ils en deviennent incapable d’apprécieur un bon vieux lapdance avec des lycéennes obèses ou gaijin. Leur premier match aura donc lieu contre une équipe féminine, dont le réalisateur prend un plaisir non dissimulé à montrer les tétons poindre sous le maillot (NO BRA ! s’exclame un des joueurs). Oui parce que c’est bien connu, les filles adorent avoir les nichons qui bouncent quand elles pratiquent des sports violents.

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Les gags sont aussi drôle que ce qu’on peut obtenir avec des accessoires, des acteurs et un scénariste pas cher (c’est à dire essentiellement des gags basés sur la gravité ou les nichons)

Au passager, il est largement sous-entendu que l’économie local a subi un véritable boost suite à la confection de crosses en bambou par les petits vieux du coin.

Sans surprise particulière, l’équipe des commerçants se fait étaler par l’équipe féminine. Un des joueurs décède d’ailleurs d’un joyeux (si, si) arrêt cardiaque pendant le match, donnant lieu à une étrange scène d’enterrement peu après, alors que tout le reste du film versait dans le pouet-pouet.

Ca pourrait s’arrêter là, mais c’est sans compter sur ces bon vieux Yankees. peu après la fin tragique du match Filles vs Vieux, une équipe de Crosse composée d’Indiens (pour votre culture G : ça existe) écrit une sorte de lettre d’insulte aux Bamboo Boys pour leur dire qu’ils ont déshonoré leur peuple et leur sport en utilisant un clodo nommé Geronimo dans leur équipe. Ils exigent donc qu’on leur paye un billet pour Tokyo, afin de leur foutre la raclée qu’ils méritent

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Baka Gaijin.

S’ensuit un enchaînement de péripéties raciales classiques de l’humour basé sur le complexe de supériorité/infériorité des japonais : tout le monde se pointe à l’aéroport déguisé en oumpa-pah et en Yakari, alors que les Indiens débarquent en smoking, et s’empresse d’humilier les japonais en riant très fort et de manière parfaitement arrogante. Au passage, l’équipe amérindienne semble composée pour moitié de japonais, d’un ou deux polynésiens et d’une grosse quantité de blancs, mais il fallait rester dans les limites du budget, alors le réal s’est probablement contenté de gueuler “Eh tu veux jouer un indien dans un film, baka ?” à tous les gaijins qu’il a croisé pendant la pré-prod.

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500 nations, dont des roux, des caucasiens et des japonais vaguement grimés.

Afin de motiver ses troupes, Keiko, qui s’y connait mieux en médicaments qu’en droit de la femme, promet des rendez-vous et plus ou moins une nuit au premier des Bamboo Boys qui marquera un but. L’équipe (qui comporte désormais un membre féminin à cheveux roux, mais j’ai du m’assoupir quand et si cette péripétie a été expliquée) se prend quand même une violente raclée. On parle toujours de quinquas essoufflés contre de solides joueurs professionnels, what did you expect. Keiko doit réviser ses ambitions à la baisse : à la fin, elle promet un rendez-vous galant au premier qui rentrera sur la moitié de terrain adverse, avant de carrément abandonner son rôle de coach et de se jeter dans la mêlée. Pendant ce temps, le chef des indiens n’arrête pas de gueuler “Let’s do it” avec un accent à peu près aussi américain que je je suis belgo-péruvien.

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L’essence de ce gag très visuel : « On va tous rester autour de toi car si tu es blessée pendant le match tu deviendras moche et on aura plus envie de sortir avec toi ». Vous vous en doutez, mais le film ne passe pas le test de Bechdel.

C’est ce moment que le gardien de but, le fameux clodo-Geronimo, choisit pour se saouler un petit coup. Dans un magnifique moment de bravoure à la Asterix, il traverse tout le terrain et marque, au coup de sifflet final, l’unique but des Bamboo Boys. Porté en triomphe par les deux équipes, il finira par partir en voyage avec eux aux USA, sans doute pour y devenir le clochard officiel d’un casino peau-rouge.

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A noter des figurants gaijins plus ou moins motivés et plus ou moins au courant de ce qu’ils sont en train de tourner.

A la fin, le fils du pharmacien (qui exercait sans licence) rate ses examens. Ce dernier prévoit un mariage arrangé entre Keiko (qui vient d’avoir son diplôme) et son lardon afin qu’il reste au moins un pharmacien officiel dans la famille.

Elle accepte, et le générique retentit : il s’agit de Video Killed The Radio Stars, des Buggles.

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WTF ?

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