Enslaved : Peut-on être romantique en astiquant son joystick ?

Cher Enslaved,

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Nous nous sommes rencontrés et un étal de soldes de jeux vidéos d’occasion, un jour ou j’avais quelques euros à perdre.

Tu me connais, je stocke un gros backlog de jeux pour les vacances et les jours difficiles. Je t’avais acheté en même temps que Deadrising 2, Sakura Taisen V et, je crois, un Metroid Prime quelconque.

Je n’ai pas peur d’affronter la vérité en face : je t’avais depuis lors, il y a bien deux ans, oublié dans une pile derrière une autre pile. A ce sujet, toutes mes excuses.

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A ma décharge, la gueule du héros m’inspirait pas plus que ça.

Je sais que tu as eu une histoire difficile, Enslaved. Après un développement hasardeux aux coûts chaotiques (entres autres à cause de ta volonté d’embaucher des voix connues pour les acteurs et un scénariste très en vue), tu as déboulé sur les étals entre Fallout new Vegas, Medal of Honor, Assassin’s Creed Brotherhood et Prince of Persia. Quelle idée de viser le mois de novembre, aussi ?

Tu as été vendu comme un jeu d’action post-apocalyptique, une sorte de mélange entre un Gears of War burné et un Assassin’s en plus spectaculaire. Mais tu n’étais rien de tout ça. Pas plus, au passage, qu’une fiction basée, même de loin, sur le Voyage en Occident. Ou alors en louchant vraiment très fort.

Malgré d’excellentes notes dans la presse, et une excellente réputation, tu t’es pris un four absolument légendaire. 450 000 exemplaires vendus, pour un jeu de noël qui a coûté très cher.

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Tu as oublié d’être brun-caca et d’impliquer des machos homoérotiques qui s’envoient des punchlines à la Lord Kossity. Tu cherchais les coups, aussi.

Il y a peu de temps, j’ai déménagé, et donc rangé à nouveau mes jeux. Je t’ai retrouvé, et mis dans un coin de ma pile « à faire ». Et, récemment, j’ai eu une panne d’Internet. Genre, une longue panne, parce que je vis dans une région ou quand il y a une panne, le technicien de chez free doit louer un mulet pour accéder aux installations. Comme il vient de Madagascar, autant prendre son mal en patience.

Alors je me suis dit que c’était bien le moment de commencer un nouveau jeu, n’importe lequel. Je me suis dit que puisque tu étais là, tu m’occuperais bien quelques heures.

 Je souhaite vraiment, sincèrement m’excuser de ne pas t’avoir inséré plus tôt dans ma Xbox. Je suis un monstre et un muffle.

Alors là ça a aucun rapport mais c’est moi qui aie pondu ce calembour lamentable et je voulais que tout le monde en profite.

Enslaved, non seulement tu es beaucoup plus proche d’un Ico ou d’un jeu d’action contemplatif à la Red Dead que d’un sympathique no brainer à la God of War , mais en plus, tu es bourré de qualités difficiles à retranscrire sans t’avoir entre les mains.

Tu es beau. Tu es beau, et tu as une beauté bien à toi. Tu substitues les teines fluo ou maronnasses de la plupart des jeux d’action à des décors post-apo flamboyants, où la nature a repris ses droits.

Ton narrative design en dit plus long sur ton background scénaristique que cent millions de caractères de n’importe quel codex inutile de jeu à gros budget.

Tu as une mise en scène. Une qui dépasse le champ/contre champ à la con de la plupart des jeux sans vision artistique.

Tu as un rythme. Un rythme pas parfait, mais un poil plus intelligent que le rituel couloir arène cutscène.

Tu es varié, mais simple à prendre en mains.

Tu es original.

Tu es plus long (presque deux fois plus) que les blockbusters de ton époque. Ceux ou l’essentiel de la durée de vie est consacrée à attraper des pages de codex dans des poubelles ne comptent pas.

Rien ne jour contre toi, à part quelques maladresses vaguement agaçantes (murs invisibles, recyclage de boss, relation balourde entre les deux protagonistes…). D’ailleurs, quand je t’aurais fini, je ne te retoucherai plus jamais, histoire de conserver le souvenir de notre passion initiale. Il faut bien admettre, même si ce n’est pas un défaut a priori, que ta rejouabilité est nulle.

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Enslaved se paye le luxe rare d’avoir des moments contemplatifs, muets, lents. Oui, dans un TPS, oui, au XXIè siècle. (bon après rassurez vous y’a des scripts réguliers avec des robots qui explosent en se balançant des immeubles à la gueule, on est pas dans Flower).

Bien sûr, toi et moi n’entretiendrons jamais la passion dévorante que j’ai pu avoir pour Suikoden II, Disgaea ou No More heroes. Mais tu sais qu’au fond, ce n’est pas de ta faute. C’est moi, c’est toi, c’est nous. Nous sommes des amants de passage.

Si tu mets ton aigreur de côté, Enslaved, admets que c’est vachement plus que la relation que tu as eue avec, mettons, les gens qui t’ont revendu aussitôt achetés parce qu’ils voulaient un gros jeu bourrin débile, ou les salauds qui, plutôt que de te pousser en avant, t’ont misérablement jeté dans un bac à soldes.

Tu méritais mieux que de finir ainsi, soldé sur les trottoirs sales de l'e-commerce.  Je suis sur que d'autres que moi, lecteurs de ce blog, seront tes Richard gere. ou Hugh Grant. Ou je sais pas qui les gens trouvent sexy de nos jours.
Tu méritais mieux que de finir ainsi, soldé sur les trottoirs sales de l’e-commerce. Je suis sur que d’autres que moi, lecteurs de ce blog, seront tes Richard gere. ou Hugh Grant. Ou je sais pas qui les gens trouvent sexy de nos jours.

 

 

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