Ça a l’air Nul #5 : Electronic Super Joy

1

C’est quoi ?

Vous ne connaissez pas, peut-être, mon ami K. K. est un chercheur franco-libanais exilé au bout du monde, qui a officié comme Prêtre de la Science à mon mariage païen, qui fait du dessin photoréalistes, des jeux vidéos et des romans écrits avec un générateur de pitch. Autant dire que c’est un homme au goût certain, pour qui la seule notion de « Encore un putain de platformer indé pixelart avec des gimmicks et de la pop culture » est quasiment synonyme de kryptonite.

Eh bien Electronic Super Joy est un putain de platformer indé pixelart avec des gimmicks et de la pop culture.

De quoi ça parle ?

C'est drôle : on combat le Pape et il crie "I am very crossed ! Pope fart !"
C’est drôle : on combat le Pape et il crie « I am very crossed ! Pope fart ! »

Vous êtes un petit bonhomme en pixel. Un sorcier vous a « volé votre cul ». Alors vous devez heu… Sauter… Sur des trucs… Peu importe.
On est d’accord que ce qui faisait de Super Meat Boy un grand jeu, ce n’était pas non plus son scénar.

Pour entrer un peu plus dans les détails, c’est, vous l’aurez compris, un de ces jeux de plates-formes ou le principe est de mourir tout le temps parce qu’il faut bien que les Aspies aient un truc à eux pour se divertir et vous humilier du haut de leur cerveau superieur. Bref, un Die and Retry.
Un Die and retry réussi repose sur des mécaniques et des règles simples, une courbe de progression assez harsh, beaucoup, beaucoup de skills, et la sensation que quand on se plante, c’est de notre faute et pas parce que la boule de la souris était encore encrassée. Et, si possible, une direction artistique relativement épurée, histoire qu’il soit humainement possible de se concentrer pour rendre l’expérience moins humiliante.

Electronic Super Joy est à peu près tout le contraire. Basé sur des couleurs flashies, une insupportable BO Disco/Acid/Dubstep, avec des tas de trucs qui se passent partout à l’écran, et des voix digitalisées évoquant un porno des années 70 ou la meuf de Superbus se taperait Barry White (dès que vous passez un checkpoint, vous entendez des « Ooooo Yeaaaah » orgiaques absolument insupportables), la DA est un cauchemar permanent. Si j’ai ruiné votre vie sexuelle, j’assume.

Le reste est à l’avenant. A peine une mécanique de jeu est-elle maîtrisée qu’elle change brutalement. Tous les 3-4 niveaux, les pouvoirs du personnage, la physique, la gravité, les règles du jeu sont modifiées. Ça casse complètement la sensation de maîtrise. L’idée de faire alterner plein de styles de jeu (plate-formes, mini-games, danmaku) n’est pas idiote, mais il y a trop peu de tout, et rien n’est vraiment bien fait. La hitbox du héros est ENORME, le jeu à un manque de tolérance et de calibrage perturbant qui ne donne que rarement l’impression que c’est VOUS qui vous plantez. De toutes façon, l’ordinateur triche. Blague à part, Electronic Super Joy laisse perplexe. On ne sait pas spécialement pourquoi on gagne, ni pourquoi on perd. Les niveaux passent sans raison de quasiment impossible à bizarrement faciles. Un peu comme si Michael Todd, le génie qui a créé ça, avait tout balancé sans montage, et sans réflexion sur la progression du joueur.

Ajoutons enfin que les rares dialogues du jeu se vautrent dans un humour pipi-caca CM2, du genre que produirait Frank Dubosc si on le laissait écrire un épisode de South Park.

Mais alors est-ce qu’il y a quelque chose à sauver ?

2
MAIS C’ETAIT PAS CHER DANS LES SOLDES STEAM

Je suis sans doute trop dur avec un petit jeu fait avec des petits moyens et vendu 8$, et régulièrement soldé à trois centimes et demie dans n’importe quel Gaben Burger. Néanmoins, le manque de moyen n’est pas une excuse pour tout. Ce n’est pas une excuse pour le manque d’idée, en particulier.
Electronic Super Joy n’a pour idée directrice qu’une seule et unique chose qui le distingue de sa pléthorique concurrence : une BO et une direction artistique qui ne peut être appréciée qu’après un bon cocktail speed/MDMA. Ne faites pas la drogue les enfants. Le genre d’état ou vous pouvez trouver absolument bidonnant d’entendre une chaudasse de clip de Clubbing TV dire « Ouh la laaa ! » toutes les trente secondes.
Il y a quelques critiques positives à ce jeu. Des gens qui l’ont trouvé irrévérencieux, pertinent ou simplement bien foutu. Il est même plutôt bien noté sur Metacritic (avec un panel très maigre, il est vrai). Alors peut-être que ce dégueulis stroboscopique fera mouche chez certain d’entre vous. Même si l’idée fait froid dans le dos.

Alors, est-ce que c’est nul ?

Ramon-Devos.infonie.fr
Ramon-Devos.infonie.fr

Au risque de faire volte face, Electronic Super Joy n’est pas nul. Il est juste « moins » que tous les autres millions de jeux du même genre qui sont dégueulés par Kickstarter, Greenlight et co à longueur d’années.

ESJ est plutôt généreux en contenu (bouclable en 4H pour la quête principale, mais régulièrement mis à jour, riche en niveaux bonus), parfois inventif, et on sent vraiment toute la bonne volonté qu’il y a derrière. Mais c’est moins jouable que Super Meat Boy, moins dur que They Bleed Pixel, moins beau que Valdis, moins fun que Mark of the Ninja, moins créatif que Guacamelee. Sympa, pas vraiment moche, capable de t’apporter une petite dose de plaisir, un peu comme cette personne avec laquelle tu n’accepteras de coucher que quand elle sera à moins de 2€, et que son Pimp sera une petite fenêtre « Offre de la Mi Semaine » sur Steam.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s