Admirab’lectures #2

Aujourd’hui,je décide de faire un peu de storytelling. Je suis malade, aphone, alors j’ai passé l’après midi à manger de l’angispray en lisant des BD dans mon canapé, en suant comme un veau. Récite de mes dernières lectures en illustrés.

The Red Monkey dans John Wesley Harding, de Joe Daly, L’Association

Sur l’échelle du génie et de l’awesome qui compte dix barreaux, le dessinateur Sud-Africain Joe Daly est au moins à 11-12. Je l’ai découvert avec son roman graphique de fantasy punk-absurde-décadent Dungeon Quest (lecture indispensable de la BD des années 2010). Mêlant dialogues urbains improbables, voyages stoners, scènes surréalistes et histoires complètement dingues mêlant humour noir, intrigues aléatoires et personnages héberlués, chaque page de Daly est un immense régal.

The Red Monkey, qui conte l’histoire improbable de deux branleurs, dont l’un muni de pieds de singes, lancés à la poursuite d’un rongeur géant dans des marécages, ne fait pas exception au parcours sans faute du bonhomme. Très vite, on bascule dans le polar, dans la SF, et surtout dans un n’importe quoi complètement délicieux ou chaque rebondissement ne semble logique qu’aux joyeux crétins qui peuplent les pages. C’est franchement indescriptible, à bien y réfléchir, mais c’est surtout foutrement indispensable.

Miss Clipart : "Une valeur sûre dans mon process qualité !"
Miss Clipart : « Une valeur sûre dans mon process qualité ! »

Escales : Hong Kong, 1926, de Ephrem et Kiezkowski, Paquet

Couverture de Escales -2- Hong Kong, 1926

J’vais pas faire genre j’en ai retenu quoi que ce soit. L’héroïne est rousse. Y’a des histoires de sectes, de marins, de kidnappings, les gens font des blagues en courant dans tous les sens et, au milieu de la BD, je me suis rendu compte que c’était un tome 2.

M.Clipart : "Je heu."
M.Clipart : « Je heu. »

Un Thé Pour Yumiko, par OBATA Fumio, Bayou

Yumiko, japonaise occidentalisée par une longue vie en Angleterre, doit retourner au pays à l’occasion d’un deuil. Commence alors un long processus d’introspection pour elle, et un long processus de random poetic bullshit pour le lecteur qui en a parfois un peu plein le dos de se fader pour la cent millième fois l’Histoire introspectivo-poétique d’un personnage lambda qui se branle le cerveau à chaque demi brun d’herbe qui tombe devant lui et que ça m’évoque quand mon grand-père patatipatata. Pour amateurs du genre et personnes absolument persuadées que la BD doit raconter des trucs tellement profonds et subtils pour être un vrai art tavu.

Les dessins sont jolis, sinon.

M.Clipart : "Réveillez-moi s'il se passe un truc".
M.Clipart : « Réveillez-moi s’il se passe un truc ».

Une affaire de caractères, de François Ayroles, Delcourt

Un type qui transporte de la typo dans un camion a un accident, et échoue dans un village entièrement composé d’écrivains, de poètes et de fins lettrés. Il sera bien vite témoin d’étrange joutes oratoires, conversera avec des hurluberlus ne causant qu’en article encyclopédique, se retrouvera pris dans un imbroglio impliquant meurtres, vendeurs de livres ambulants et mots-croisés.

L’exercice de style pourrait être une énorme pantalonnade, mais au final, dans le genre Oulipo en bande-dessinées, ça se tient. Le style est assez dynamique (pour de la ligne claire qui sort jamais des clous, j’entends) et le scénar, à défaut de savoir ou il va, y va avec une conviction certaine.

Pas trop ma came, mais si vous cherchez un truc à la fois original dans la forme et classique dans le fond, ou que vous adorez la typo…

Ni Papyrus ni Comic Sans au programme.

Clipart-san : "Oui."
Clipart-san : « Oui. »

Un Petit Livre oublié sur un banc, de Jim et Mig, Grand Angle

BD UN PETIT LIVRE OUBLIE SUR UN BANC

Je suis toujours un peu perplexe quand on touche à Jim et à sa monstrueuse biblio. C’est comme si le mec touchait à absolument TOUT ce que j’aime pas dans la BD. Livres de blague, SF Cheapos, BD politique, BD sur les métiers ou les situations de la vie, truc dont le synopsis semble tiré d’un Guillaume Musso (la présente BD rentre dans cette dernière catégorie). C’est même pas un repproche pour le gars, juste qu’on vit pas sur la même face de la Lune. Bon.

Reprenons. Qu’avons-nous ici ? Une fille trouve un livre abandonné sur un banc, qui va « changer sa vie » parce que dans une quête complètement con, elle va essayer de trouver pourquoi ce livre a été abandonné là. Et elle va parler à des gens très stéréotypés (un babos, une vieille, une punkette nympho…) et à son mec très stéréotypé (ounga ounga moi homme pas aimer lire vouloir regarder football) et ils parlent, ils parlent, ils parlent. Et ils parlent de quoi ? J’sais plus. D’un putain de livre abandonné sur un banc, quoi.

Les dessins peuvent avoir leur charme, pour ceux qui aiment les jolies filles tellement franco-belges que les pages sentent la frite belge et la marinière bretonne.

M.Clipart : "passez moi la compta et demandez leur un remboursement". "Vous n'avez pas payé, M.Clipart" "Même."
M.Clipart : « passez moi la compta et demandez leur un remboursement ».
« Vous n’avez pas payé, M.Clipart »
« Même. »

Amerika, de Robert Crumb, Cornélius

Recueil de divers travaux de Crumb depuis les années 60, dressant un portrait dégueu et contre-culturel de l’Amérique et de la ville de Détroit (son apogée, son déclin). Et tout ce que Crumb vomit dans son pays : les minorités, la majorité, la télévision, les magasins, le capitalisme, les hippies, l’extrême-droite, les gens normaux, les gens pas normaux, les flics, les militaires, les enfants, les voitures, lui-même. Par contre, du berceau au tombeau, un amour immodéré des femmes avec des gros culs.

Y’a pas grand chose à dire. Si on aime Crumb, on ne peut qu’adhérer à cet assemblage un peu hétéroclite pas très familier chez les seyantes éditions Cornélius. Si on aime pas… Bah y’a pas à ce forcer, c’est pas avec ces histoires courtes qu’on va rentrer dedans.

Clipart-san : "Oui, encoru moi. Je fais des heurusuppu"
Clipart-san : « Oui, encoru moi. Je fais des heurusuppu »

Vinland Saga Tome 9 à 12, par YUKIMURA Makoto, Kurokawa

Je n’avais pas lu de Vinland Saga depuis si longtemps qu’il a fallu que je me refasse les 9 premiers pour ne pas perdre le fil (et donc la face). Makoto Yukimura est un putain de génie. A genre 25 ans, il a écrit PlanetES, qui a complètement retourné comme une crêpe ma vision de la Hard-SF. Et depuis 2005, il s’est lancé dans l’idée complètement dingue (surtout qu’il dessine pas vite) de balancer une histoire monumentale sur les Vikings… Quand je dis monumentale, c’est que les huit premiers tomes n’en composent que l’INTRODUCTION.

Piqure de rappel : Vinland Saga raconte -sans trop spoiler- la vie de Thorfinn, un Islandais qui, tout gamin, va se retrouver embarqué dans une épopée sombre, sanglante et désespérée pour venger son père, sur fond d’invasion de l’Angleterre par les Normands. L’oeuvre fait preuve d’un souci de documentation et de retranscription de l’époque absolument dantesque, Yukimura ayant un trait de plume particulièrement précis et acéré, que ça soit dans les scènes de violences (forcément omniprésentes) ou dans les scènes plus versées dans l’émotion ou le drame.

Justement, ça m’a permis de me replonger corps et âme dans le « deuxième arc », dit « arc des esclaves », plongée en abîme tragique dans la société féodo-esclavagiste danoise du début du XIè siècle. Au départ un tout petit peu moins sombre que la fin de l’Introduction (qui était une véritable boucherie de type à renvoyer George RR Martin en stage d’observation de 3è), l’Histoire, quasiment intégralement vue du point de vue des esclaves d’un puissant propriétaire du Jutland, va petit à petit sombrer dans le tragique. On retrouve un Thorfinn qui évolue tout en subtilité, moitié sur les traces de son père, moitié sur les traces de son mentor-ennemi Askeladd. Chaque histoire est posée avec une lenteur, une maestria incroyable, avec un cliffhanger absolument scandaleux à la fin.

C’est beau, c’est indispensable, bouffez-en des litres. Vinland Saga, ça ne se scantrade pas, hein. Ça s’achète, ça se range soigneusement dans votre étagère préférée, et ça se dépoussière régulièrement, surtout le tome 8 si vous voyez ce que je veux dire.

M.Clipart : "Preums pour acheter le Tome 13 !"
M.Clipart : « Preums pour acheter le Tome 13 ! »
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