Cane Toads : The Conquest

Voilà un fait sur moi assez peu marquant : je ne suis pas un gros fana des documentaires animaliers. Je trouve l’exercice soit chiant (parce que les animaux, c’est quand même assez chiant) soit artificiel (grosses ficelles, montage à la con, voix énervantes, tout pour te faire croire qu’il se passe un truc).

Mais je déteste aussi les betteraves. A en vomir, rien qu’à l’odeur. Un jour, j’ai mangé des betteraves frites dans un petit restaurant hipster snob de Copenhague, et ça a révisé mon jugement. Alors quand mon cousin australien m’a envoyé la VHS de Cane Toads : The Conquest, j’ai chaussé ma bonne foi et mes a priori positifs et lu sur la flying jaquette : « A horror documentary film about Cane Toads »

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Mark Lewis est un drôle de bonhomme dont la plupart des infos que je vais révéler sur lui sont purement factuelles et assez peu parlantes, mais il est des hommes qui restent opaque et à IMDB et à Wikipedia. Australien, il réalise des films documentaires sur les animaux peu ou pas aimé (poulet, rat, crapauds…). Ça, c’était la partie vraie et vérifiable. Il a manifestement été ingénieur du son avant de passer derrière la caméra. Et… Et ben voilà. En 1988, il réalise un premier documentaire très remarqué sur le Cane Toad (aka Crapaud Buffle, doncque) en Autrralie. 22 ans plus tard, il réalise une suite. Et, histoire de pouvoir entrer dans le Guiness 2010, il le réalise en 3D, une première pour un documentaire. Il faut bien commencer quelque part.

Le Crapaud Buffle. Les plus géobiologistes d’entre vous se seront déjà levés et hurlant. Quoi ? Le Crapaud Buffle ? En Autralie ? En AustraPUTAINDElie ? Tout le monde sait parfaitement que cet animal a son milieu naturel au Mexique, ou sa population est naturellement régulée par une bande de prédateurs qui…

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Bon. Ta gueule le géobiologiste, c’est moi le taulier ici, c’est mézigue qui explique. Dans les années 30, les cultures de sucre en Australie sont ravagées par un parasite, le dermolepida albohritumon parlera plus volontiers si vous le voulez bien de Morpion Sucrier. Pour éradiquer le morpion sucrier, une bande de savants fous a alors une idée : pourquoi ne pas importer en Australie des Cane Toads et les lâcher dans les cultures ? Après tout, les crapauds bouffent les morbacs et heu… Cane = Cane Toad donc bon.

Oui. Dans un pays qui a déjà été tellement de fois ravagé par des espèces étrangères que le concept a carrément son propre nom (feral species), l’idée semble complètement conne. Ici, le ratage sera un des plus spectaculaires de tous les temps. Très vite, on réalise que le morpion sucrier niche a deux mètres de haut, et qu’il est impossible pour le crapaud de sauter si haut. Affamés, les crapauds décident donc de sortir de leur ère de largage  et d’aller manger des trucs et baiser dans les marais. Des marais plein d’insectes, ou les crapauds n’ont pas la moindre forme de prédateurs. Ou plutôt : dont les prédateurs s’empoisonnent en mangeant.

Bonjour ?
Bonjour ?

Parce que bon. En plus de pondre un trillion d’oeufs tous les trois mois, le Cane Toad est hautement toxique. Il ne faut pas très longtemps pour que les pires animaux australiens (pays ou le faut de marcher pieds nus est considéré comme une forme de suicide) ne se mettent à tomber comme des mouches après avoir essayé de manger un crapaud. Ou, dans le cas des chats et des chiens, simplement après avoir un peu joué avec.

Dès les années 60, des scientifiques commencent à s’alarmer de la progression de cet animal nuisible à tellement de niveaux que ça en devient presque un gag (le film est vraiment super marrant, dans son genre). Extrêmement bruyant, endémique, increvable, capable de franchir des déserts, rapide, résistant, n’apparaissant pas comme toxique aux yeux du reste du monde animal et capable de déjouer la plupart des pièges mis sur sa route.

Le film regorge d'archives complètement improbables.
Le film regorge d’archives complètement improbables.

Le Cane Toad a aujourd’hui envahi toute la côte nord, sans qu’aucune Ligne Maginot n’ait été capable d’entraver sa progression. La nuit, certains champs grouillent tellement de crapauds qu’on n’en voit même plus l’herbe. Le Crapaud est devenu l’emblème de plusieurs villes. On lui a dressé des statues, avec un regard mi amusé, mi résigné. Et malgré plusieurs intoxications d’humains ayant conduit à des morts, toujours aucune putain de solution en vue.

Parallèlement, le Morpion Sucrier a reculé pendant quelques années suite à la diffusion massive d’un pesticide qui s’est révélé, après quelques années, être hautement cancérigène.

L'Australie : le pays ou tu peux acheter des portes-monnaies en cadavres de crapauds (véridique)
L’Australie : le pays ou tu peux acheter des portes-monnaies en cadavres de crapauds (véridique)

Donc, 70 ans après cette brillante expérience, nous avons à présents :

1) Des gens atteints de cancers et de malformations graves

2) Des Crapauds toxiques de l’Apocalypse sur 50% de son territoire cultivable.

3) Pas de Sucre.

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De cette effroyable pantalonnade scientifique/ désastre écologique, Mark Lewis tire un film qui alterne séquences véritablement pensées comme un film d’horreur (musique angoissante, scare jumps, travellings inquiétants…), reconstitutions pétries d’un humour noir glaçant et interviews des protagonistes, entres autres ceux qui ont connu les premières années du phénomène. On parle bien entendu de l’Australie profonde de chez profonde, de Bogans aux gueules improbables qui parlent avec des accents incompréhensibles. Cane Toads : The Conquest a gagné pas mal de prix et a été assez largement remarqué lors de sa sortie, a très juste titre car nous tenons là un excellent film qui parvient à faire du Crapaud un monstre, une victime et un passionnant sujet de focalisation.

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Cane Toads : The Conquest regorge de plans qui manifestent un gros amour de l’image et des codes du film d’horreur.
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La tronche de certains témoins est une promesse à elle-seule.

Il semble (mais bon, je ne suis hélas pas en mesure de confirmer) que le film est encore meilleur si l’on prend soin de le regarder après celui de 1988, qui était un premier « bilan » de cette expérience calamiteuse.

Il n’y a, à ma connaissance, aucun moyen de voir légalement en France Cane Toad : The Conquest. Peut-être faudrait-il que Michel Gondry fasse un remake avec des Rainettes ou je sais pas quoi. Enfin bref, pas dispo en France, comme si ça avait déjà empêché quelqu’un de oh non les gars la Police de l’Internet

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