Le Falcam en Shorts #3 – L’or de Yap

Contexte : en 2005-2006, dans le cadre des mes études, j’ai eu le nez plongé dans l’Histoire du Vietnam Précolonial. C’est une époque passionnante, pleine de missionnaires fous, d’empereurs mégalomanes, d’aventuriers improbables et de maladies exotiques. Voulant sortir un peu la tête du guidon de mes textes des Missions Etrangères de Paris, j’ai décidé de faire une histoire de pirates inspirée de cette époque. J’ai corrigé et révisé cette histoire début 2014. A l’époque, c’était sorti dans un webzine intitulé « Itinéraires » dont je serais incapable de retrouver la trace. Oh boy, here we are.

A noter que pour une raison de méconnaissance de noms asiatiques et hollandais originaux, la plupart des noms cités ici sont de vraies personnes qui ne sont pas du tout des pirates ou des aventuriers du XVIIIè siècle. Ils peuvent tout à fait exiger que je change leurs noms en « Mamie Nova » ou quelque chose comme ça s’ils lisent ce texte.

Tout ceci est CC-BY-NC.

En d’autres termes, faites-en ce que vous voulez, sauf le vendre.

Et vous pouvez également retrouver ça en PDF et en ODT.

L’Or de Yap

Journal du capitaine Laurent Noëline

7 Mars 1724

La prise que nous avons faite sur la jonque du Père [Illisible] est particulièrement profitable. Tout l’Etat-major est bien d’accord pour que nous n’en disions rien et que nous dissimulions cette prise à la Compagnie des Indes. Pondichéry n’en doit rien savoir non plus. Après cette bataille, il est fort probable que quelqu’un rapporte que le Fleur de France ait coulé. Nous avons décidé de nous rendre à Batavia, pour tenter d’écouler ces prises auprès des hollandais, et nous reparaîtrons dans les eaux françaises plus tard, en prétendant que nous étions échoué dans le Tonkin, victimes des pirates. Si nous négocions habilement la partie, nous reviendrons des Isles de l’Asie cent fois plus riche qu’à notre départ.

« Et d’où tu sais lire le français ? demanda Bhumidol à Thié, de sa voix fluette qui couvrait à peine le vrombissement de leur hors-bord.

_ J’ai fait le séminaire et j’étais au lycée français, répondit le vieux grigou Vietnamien en refermant l’antique journal craquelé.

_ Toi ? Séminariste ?

_ Bah, c’était il y a longtemps, mes parents ne m’avaient pas laissé le choix, tu vois… Enfin, contrairement à vous autre, qui êtes aussi ignares que les buffles qui labouraient vos champs avant que je vous engage, je sais pas mal de trucs. »

Bhumidol poussa un grognement et alla s’asseoir, vexé, au milieu du bateau. Il entreprit de nettoyer sa kalachnikov, ce qu’il se plaisait à faire quand il était contrarié. A l’arrière, Jésus les dirigeait entre les petits îlots en scrutant à droite et à gauche pour vérifier qu’ils n’étaient pas suivis.

Jésus, passé maître dans l’art d’échapper à la police et de mener des attaques éclairs avec des bateaux aussi minuscules que le hors-bord dans lequel ils se trouvaient, portait bien son nom. Toujours vêtu de tenues ambles et débraillées, ce jeune Philippin se distinguait par un bronzage qui lui donnait un aspect cuivré, le tout complété par d’immenses cheveux et une barbe qu’il n’avait pas du raser depuis le début de sa puberté. Bhumidol était pour sa part un maigre Thaïlandais spécialiste des explosifs et capable de baragouiner huit langues différentes, toutes apprises alors qu’il racolait pour des bordels dans les rues de Pattaya. Le capitaine Thié, lui, devait avoir près de soixante-dix ans, c’était un vétéran de la marine Vietnamienne qui avait opéré une brutale reconversion dans l’attaque de navires de croisières à l’époque ou le Vietnam communiste se laissait séduire par les attraits du tourisme de masse. Eux et quelques autres formaient la compagnie de Piraterie des Loups de Malacca, une bande de pirates modernes, originaires de toute l’Asie, étonnant symbole d’une mondialisation qui touchait aussi le monde de la pègre.

Mais pour l’heure, Thié était en vacances. Le rançonnage d’un navire de plaisance américain leur ayant rapporté assez de bijoux et d’authentiques mécaniques Suisses pour expédier quelques mois les affaires courantes, Thié avait réquisitionné ses deux plus fidèles lieutenants avec pour objectif d’accomplir cette petite quête à l’ancienne qui lui tenait à cœur depuis qu’il avait mis la main, dans une vieille bibliothèque de l’armée, sur ce document poussiéreux et oublié.

Journal du capitaine Laurent Noëline

22 Mars 1724

Nos affaires ont été pour les plus mauvaises à Batavia. Un prêtre franciscain a appris par je ne sais quel biais notre filouterie et n’a rien trouvé de mieux que de la dénoncer à la Vereenigde Oost-indische, qui, pour se débarrasser d’un éventuel conflit avec le gouverneur des Indes Françaises à cru bon d’aller faire quérir une vedette pour nous cueillir.

M.Wendell, à qui j’avais déjà eu affaire lors de mon passage à Singapour, et qui est un grand ennemi des Hollandais, m’a par bonheur fait prévenir à temps, et nous avons rembarqué avant de nous faire appréhender par ces malfaisants. Toujours est-il que nous sommes apparemment recherchés et que les mers d’Asie nous sont temporairement défavorables. Après des délibérations avec tout le personnel du navire, il a été décidé que nous allions tenter de rejoindre le Chili. Nos cales sont pleines de vivres, et d’eau, et nous avons ces prises à y écouler. J’ai bon espoir, et il suffira de naviguer vers l’est, toujours vers l’est. Les Portugais l’ont assez fait dans l’autre sens, je crois que nous pouvons le faire.

_ Je vous suivre dans l’approximativement pas, finit par lâcher Jésus dans son anglais plus que douteux, alors qu’il contournaient une petite crique où quelques plongeurs les regardèrent filer sans comprendre de quoi il s’agissait. Aller Chili, quoi ?

Thié le regarda comme il le faisait parfois, en plissant ses petits yeux cruels. Un regard à vous faire sentir misérable, une véritable poussière face à ce vieillard chétif qui semblait porter en lui la sagesse de toute l’Asie. Ce vieux pirate inspirait plus que du respect.

_ Ils n’ont bien entendu pas atteint le Chili, baiseur de canard. On ne traverse pas le Pacifique comme ça, sur une coquille de noix.

_ Ça tombe bien, ironisa Bhumidol en remontant son arme. On n’a pas assez d’essence pour faire la traversée. D’ailleurs patron, depuis cinq jours que tu nous traînes de planque en planques depuis la base secrète, et qu’on se casse le dos à dormir sur ce taudis, à se ravitailler dans des ports papous dont personne à jamais entendu parler, tu peux peut-être nous dire où on va ?

_ Petit crétin, sois patient, tu n’as jamais lu un livre et je te fais l’honneur de te faire un peu la lecture.

_ Ça les Iles Carolines, ça nous pourquoi croiser des touristes depuis ce matin, marmonna Jésus.

_ Oui, mais ne t’en fais pas, nous allons dans un coin un peu moins exposé, expliqua Thié avec un petit sourire à Jésus qui détestait se trouver entouré de gens qu’il ne connaissait pas, spécialement des touristes, et particulièrement quand il était question de ne pas les détrousser.

Journal du capitaine Laurent Noëline

8 Avril 1724

La situation est on ne peut plus catastrophique, c’est même une manière de miracle que je puisse encore écrire ici la moindre ligne.

Nous avons eu une bataille, et une de la pire des espèces. J’ai dans l’idée que cette fripouille de Wendell n’a pas monnayé qu’auprès de nous ce qu’il savait de la situation. Coup sur coup, hier et ce matin, des corsaires nous abordent et nous jouent une canonnade dont je me serais bien passé.

Si je dis qu’ils étaient corsaires et non pas simplement pirates, c’est que je ne suis pas né d’hier : les premiers étaient commandés par Elbert Jannsen, ce paltoquet que j’ai déjà vu monnayer ses services aux Hollandais à Canton puis à Tourane, et les seconds, je ne sais guère par qui, mais en tout cas ils me faisaient l’air de drôles de pirates, quand la moitié de l’équipage avait encore des uniformes français.

Leur vaisseau était impressionnant, paré de plus de quarante pièces d’artilleries, mobile et plein à craquer de fripons prêts à en découvre avec nous. Le combat était totalement inégal : alors que nous avons réussi à immobiliser puis à semer les hollandais, les français ont jailli devant nous en suivant d’improbables trajectoires et se dirigeant à merveille malgré l’obscurité. Ils devaient avoir à bord un fameux stratège. A peine avais-je eu le temps de réveiller mes troupes que nous étions déjà sous le feu nourri de ces vauriens. Le Fleur de France fut presque rendu à l’état de charpie en quelques minutes, et la seule solution fut bientôt de tenter le tout pour le tout. Après tout, nous avions choisi notre vie, c’était une vie ou la mort rôdait sans cesse une vie de rage et de flibuste. Nous étions des hommes et choisîmes de mourir comme tels. Nous avons changé de bord, abandonné la canonnade et éperonné le corsaire devant nous.

Comme je l’ai écrit, il est presque miraculeux que j’aie pu survivre à cette attaque. J’ai jeté tous mes hommes, moi compris, dans la bataille. Du moins ceux que les canons n’avaient pas emportés ou mortellement blessé.

Tous les braves de l’équipage se sont battus comme des lions, malgré le surnombre de l’ennemi. Fort heureusement, ils ne semblaient pas s’attendre à nous voir et étaient de bien mauvais combattants. Du moins, quand je dis que c’est fort heureux, c’est simplement par bonheur de n’être point encore mort. Il ne reste plus que moi et trois de mes camarades. Nous avons du passer tout l’équipage adverse par le fil de l’épée, et tous les autres ont rendu gorge durant le combat. Je suis donc avec trois matelots, commandant d’une épave et d’un vaisseau fantôme. Nous sommes en train de charger notre cargaison sur le vaisseau des corsaires, mais voyant le combat perdu, ils ont saboté la direction de leur navire. Il va falloir réparer, pour avoir une chance de rejoindre une terre, sinon, il ne sera plus question que de dérive et de mort…

_ En fait de dérive et de mort, expliqua Thié, Noëline a dérivé dans le navire pendant des semaines. Le scorbut et d’autres maladies ont emporté ces hommes, et très vite, il est demeuré seul sur un navire à la dérive. Pendant des dizaines de pages, il détaille les directions prises, selon lui, par le navire, sans voilure et sans gouvernail.

_ Autrement dit, il a fini par s’écraser sur les Iles Carolines ? termina Bhumidol.

_ Sur un Ilot près de Yap, oui. Ses cartes sont assez précises. Noëline a découvert la Micronésie sans le savoir.

_ Ici très touristique, grogna Jésus en regardant les criques alentours.

_ Continue, reprit le vieux pirate. L’île où il s’est échoué n’est pas habitée, c’est juste un tas de caillasses.

_ Comment tu sais ça ? coupa le Thaïlandais.

_ Je suis sur cette affaire depuis des années, avant même que je quitte l’armée, petit singe. Tu sous-estimes ton boss, et tu t’étonnes d’être toujours mon vulgaire porte-flingue. Noëline était un de ces pirates qui grouillaient par centaines en Asie, personne ne s’est lancé à sa recherche, et comme il s’est écrasé sur un îlot stérile, personne n’a jamais été fouiller là bas. Impossible de faire de la voile ou de la plongée dans ce coin. Il n’a pas eu de chance.

_ Comment le journal est-il parvenu jusqu’au Vietnam, s’il est mort là-bas ? Tu es sûr que c’est un vrai, « Boss » ?

_ Bien entendu. Est-ce que je te mens souvent, est-ce que je ne suis pas digne de confiance ? »

Il y avait de la haine et de la menace dans cette phrase Le thaïlandais baissa la tête, il savait à quoi s’en tenir. Il laissa son patron reprendre son laïus, alors que le hors-bord s’éloignait de l’archipel où ils se trouvaient depuis le début de la matinée. Il s’agissait maintenant de rejoindre un petit bout de rocher à quelques kilomètres de là… La crique stérile où Laurent Noëline s’était échoué en 1724.

« Il a eu une très mauvaise surprise en finissant par s’échouer sur ce cailloux sans nom, reprit le vieillard. Il s’agissait d’une planque de Lewis Nguyên, un obscur contrebandier métis qui attaquait des gens à peine moins douteux en Indonésie. Il était arrosé par des califes de Java pour parasiter les lignes de la VOC, discrètement. Et il cachait son trésor précisément là où nous nous rendons. C’est lui qui a rapporté le journal de Noëline.

_ Il l’a liquidé ?

Journal de Noëline

Juin 1724

M.Lewis n’est pas fiable. Je sais que ses grands sourires n’ont pour but que de me faire baisser ma garde. Il n’a que quelque hommes, mais je suis tout seul. Dès que j’aurais le dos tourné, il y plantera certainement son sabre. Je ne dors plus que d’un œil.

Pour l’instant, il essaye de me convaincre de lui fournir mon trésor. Il me dit que ça n’a aucune valeur. Que je devrais penser à ma vie d’abord. Mais non, je ne vais pas abandonner tout… TOUT CET OR ! Il faut que je trouve un moyen de me débarrasser de M.Lewis.

Le hors-bord s’arrêta entre un petit îlot de moins de trois cent mètres de large, sans plage, couvert de cailloux tranchants. Au centre de l’île, on voyait une cave creusée à même la roche et s’enfonçant dans le sol. Thié referma définitivement le livre alors que Jésus approchait lentement le bateau de l’îlot.

_ Je suis pas confiance, grogna encore une fois le Philippin en mettant les pieds dans l’eau et en aidant Thié à descendre du bateau à son tour.

Le vieux Vietnamien eut un petit rire profond. Il se fichait bien de l’avis de ses hommes.

_ Le journal de Noëline se finit là-dessus ? s’enquit Bhumidol.

_ Les deux dernières pages sont arrachées, probablement par le métis qui voulait cacher des informations compromettantes… Pour ce que ça lui a servi ! Il s’est fait cueillir par des portugais de Macao en essayant de se rendre en Inde, ils ne lui ont même pas fait l’honneur d’un procès. Il a essayé de négocier le reste du journal contre sa vie, mais rien à faire.

Thié fit le signe de se couper la gorge.

Ils étaient maintenant à l’entrée de la grotte, avançant en prenant garde à ne pas s’écorcher sur les cailloux tranchants de l’îlot stérile.

_ Nguyên a laissé un testament, continua le vieillard en entrant dans la cache. Un message codé où il enjoint un de ses proches à récupérer le trésor ici… Et à ce que je sais, personne, vous m’entendez, personne avant moi n’avait décodé ce…

Thié s’arrêta. Jésus braqua sa lampe de poche sur le fond de la petite cave, pour découvrir qu’une alcôve bouchée y avait été défoncée à la masse. La planque de Lewis Nguyên s’ouvrait, béante, alors qu’elle aurait du demeurer scellée depuis des siècles. Le vieillard s’approcha en tremblant, ses bottes s’enfonçant dans la boue qui se formait dans l’humidité ambiante dans la grotte.

Il écarta les dernières pierres laissées dans le pillage de la planque, déjà prêt à se pendre s’il ne restait rien. Le travail de toute une vie…

Jésus tressaillit alors. Il avait cru entendre un bruit au loin et allait le signaler, quand Thié poussa un cri de joie. Le vieux pirate venait de retirer un coffre assez petit, mais manifestement bien plein, du fond de l’alcôve. Sur le flanc, on voyait peint une mention « Propriété du Fleur de France ».

_ Ils en ont laissé une partie ! C’est le trésor de Noëline ! s’écria-t-il. Je suis l’homme le plus riche du monde ! Tout un coffre d’or Indochinois inestimable !

Il laissa retomber le coffre sur le sol. Un petit carnet de cuir tomba de l’arrière du coffre. Deux feuilles jaunies s’en échappèrent, mais le pirate n’y prit pas garde et ouvrit la boîte aux trésors de Noëline. Son visage se déconfit immédiatement.

Le coffre était rempli de pièces d’aspect charbonneux, ternes, et tordues.

Journal de Noëline de Lewis Nguyên.

Juin 1724

Pour info à Caï et Tseng, si vous parvenez jusqu’ici.

Comme je l’avais dit au Français, son trésor était de la nature de tout ce qu’on saisit dans le Tonkin depuis quelques années (pour détails, il tenait un journal, voici dernières pages, le reste aux mains des Portugais de Macao). La crise des finances de l’Etat de Xu Bac a conduit le roi à importer de Chine des tombereaux de toutenague, un métal particulièrement chétif dont tout le monde fait de très mauvais deniers. C’est pour cela que nous n’attaquons plus guère ces cargaisons de piastres ayant eu pour intermédiaire des chinois : il est plus sûr de ce servir en nature sur les Européens. Si vous revenez ici, laissez ce coffre, il n’est d’aucune valeur, personne ne vous reprendra ces pièces, à part dans les mauvais bordels. Tout le reste est à vous. Merci de m’avoir servi fidèlement,

Lewis.

Thié tomba à genoux et relut les deux pages encore et encore. C’était du mauvais anglais, mais il n’y avait aucun doute sur le sens. Trente ans pour rien. Pour finir abusé par un pirate assez précautionneux pour faire récupérer son trésor par ses hommes et assez malin pour déterminer le bon or du mauvais or.

De la toutenague. Du zinc de qualité inférieure, utilisée par les Chinois pour amoindrir la qualité des devises des pays frontaliers. Il avait passé trente ans à courir après une caisse de toutenague.

_ Patron, avertit Jésus… J’entends des moteurs… Il ne faut rester pas là !

Une rafale retentit. Thié tourna lentement la tête vers Bhumidol, puis vers Jésus. Ce dernier s’écroula, les mains crispés sur le ventre. Le Thaïlandais tourna lentement son arme vers le chef pirate.

_ Il faut croire que j’ai été plus malin que toi, boss…

_ Bhumidol… articula Thié d’une voix blanche.

Le bruit volumineux et imposant de haut-parleurs se mit à retentir à l’extérieur de la grotte.

_ Police des Etats Fédérés de Micronésie ! Thié Sen, chef des Loups de Malacca, vous êtes en état d’arrestation pour actes de piraterie, association de malfaiteur, assassinats, extorsions de fonds, trafic d’influence et haute trahison ! Sortez les mains sur la tête !

Thié se releva lentement en regardant, médusé, son garde du corps qui lui adressa un grand sourire.

_ Tu m’as vendu, petit con ? finit-il par murmurer.

_ Il faut croire que j’ai été plus rapide que toi pour trouver une bonne porte de sortie à toutes ces conneries de baroud en mer. Vieux con. Et puis les pirates, c’est sans foi ni loi, Thié. Je fais mon chemin dans la vie…

_ Sans foi ni loi… Et dire que tu étais comme mon fils…

_ Alors va chier, papa.

Thié sortit et fut immédiatement appréhendé par des policiers en uniforme. Bhumidol alla jusqu’au coffre et ramassa les deux feuilles de papier. Alors que derrière lui, on lisait ses droits au vétéran, le Thaïlandais parcourut les feuilles et ricana.

_ Ouais, que d’honneur, c’est merveilleux. Se faire pincer pour une caisse de ferraille ! A moi la belle vie…

Bhumidol ressortit de la cave pour serrer la main au capitaine américain qui supervisait l’opération. Ce faisant, il croisa une dernière fois le regard du vieux vietnamien, qu’on emmenait sur une vedette, les menottes aux poignets.

Le passé et le présent s’affrontèrent dans leurs yeux. Une conception antique de la piraterie, ou elle se confondait encore avec l’aventure, la découverte et l’inconnu, et une conception moderne ou, finalement, ils n’étaient que des malfaiteurs comme les autres.

Bhumidol, pourtant certain d’être épargné et même richement richement récompensé pour son acte, ne put soutenir le regard de son ancien patron.

Et baissa lentement les yeux.

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