Ça a l’air nul #8 : Les 8 bouteilles de vin les moins chères du Supermarché

(article écrit dans les conditions du direct, je ne garantis pas une qualité ascendante. Consommez avec modération et ne faites pas la drogue, les jeunes)

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Ça a l’air nul.

C’est quoi ?

Je n’ai rien contre le vin. Mais, en gros, j’en bois jamais, et je n’y connais mie. Si je devais avoir un avis définitif, c’est que le vin, c’est bon, mais ça ne devrait pas faire l’objet d’un tel culte snobinard, c’est jamais que du raisin pourri. La société qui se greffe autour du vin m’est donc assez étrangère. J’ai lu les Gouttes de Dieu, mais c’était quasiment de la SF pour moi.

Il y a peu, je me suis retrouvé à la Fête du Vin de Bordeaux, sorte de grand-messe bien agréable où la bourgeoisie locale et les touristes viennent se battre pour goûter à des grands crus avec des petits tickets de couleur. C’était d’autant plus chouette que j’y étais avec des connaisseurs. Lesdits vino-esthètes ont éclaté de rire en constatant que je ne sais quel producteur de piquette avait obtenu, en payant très cher, un stand « millésime ». Et il s’est avéré que le vin en question était en effet très mauvais « et vendu 3€ en grande surface », me dirent les spécialistes.

Une ampoule s’est donc allumée. Au lieu de dépenser beaucoup d’argent pour tester une bonne bouteille, pourquoi ne pas dépenser très peu d’argent pour en tester plein de mauvaises ? Ni une ni deux, je me suis rendu au marchand de bouffe le plus proche avec un billet de 15€ en main, et, suivant les traces d’April Ludgate, j’entre, accompagné du fromage le moins cher et du saucisson le moins cher et de pain au froment marque repère, dans le vaste dommaine de la piquette dégueulasse. Avec un vieux gobelet des Solidays, et 8 bouteilles dont le prix était compris entre 1,17 et 2,35.

De quoi ça parle ?

Disons juste un mot des conditions de test : pour éviter de vomir sur mon clavier au bout de trois verres et de finir en m’enregistrant en train de rapper en slip debout sur mon canapé, j’ai laissé passer dix minutes à une demi-heure entre chaque vin, et accompagné ça d’un peu de mauvaise saucisse au mauvais fromage, pour éponger. A un moment donné, j’ai fait un vrai repas, aussi.
Je vous laisse aussi la bande son, à titre d’indication. L’expérience a commencé vers 18h00 et s’est achevée vers Minuit.

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Bouteille #1 : Fraçois d’Aubigné, Vin Rouge, en Ecoutant le Diablo Swing Orchestra.

Etiquette portant la mention « Vin de la Communauté Européenne ». A l’arrière, il est noté que ce vin fruité accompagne bien les repas de tous les jours. Je suis immédiatement assailli par une violente odeur de jus de raisin concentré. Le vin a globalement un goût assez doux de flotte au sirop de grenadine. Pas franchement mauvais, ça oscille entre l’âcre et le doucereux. A l’air beaucoup plus alcoolisé que ce que n’indique la bouteille, mais c’est sans doute parce que ça me prend à froid. J’en reboirais peut-être dans le week-end si jamais j’ai envie d’être pendant qurelques heures la version Loir-et-Cherienne de Charles Bukowski. Je suis incapable de discerner un vin a 250€ d’un vin à 10€, mais je crois qu’en dessous de 1€50, j’arrive à repérer.
Sinon, tout indique que ce vin est un gros mélange de plein de fond de cuve vendus par un type à Blanquefort qui a choisi de miser sur la quantité plutôt que sur la qualité, mais comment lui en vouloir ? Après tout, c’est ce qui lui vaut sa présence ici.

Entre la Bouteille 1 et la suivante, j’ai décidé de commencer le chapitre 2 de Kentucky Route Zero.

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Bouteille #2 : Côte du Roussillon, Rosé, en Ecoutant Jonathan Coulton

Bouteille signée « Bernard Cordelier », comme 3 des huit bouteilles de ce soir. J’ai vraiment fait en fonction du prix. Aucune indication particulière derrière, mais tout est écrit dans au moins 7 ou 8 langues. Probablement qu’on peut trouver ce vin dans un tas de pays. Une fois, j’ai trouvé du vin de table de Moselle (57 powa) au fin fond du Danemark. Mondialisation, tout ça. Là, c’est probablement un assemblage bien dégueu de fond d’évier.
L’odeur est très vinaigrée, et n’augure rien de bon. Ça pique la langue, ça brûle un peu la gorge, et ça n’a globalement aucun goût. On dirait du mauvais vinaigre balsamique. C’est marrant, on dirait que le vin s’inflitre sournoisement dans le palais pour y laisser une mauvaise impression, et n’a subitement plus aucun goût une fois dans le gosier. En tout cas, c’est certainement un des plus mauvais vin que j’ai jamais bu, y compris les trucs dégueux des bouilleurs de cru du coin.
Et c’est très pesant dans l’estomac.

Entre la bouteille 2 et la suivante, je décide d’aller lire un manga etchi. Qui me fait rire bien plus qu’il ne devrait.

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Bouteille #3 : Carte Noire de Cahors, Rouge, en écoutant Grandmaster Flash

L’étiquette signale « appelation Cahors contrôlée ». Je ne suis même pas certain de savoir où est Cahors. Je situe ça vaguement dans le Sud-Ouest, voilà. Il y a une image de château crayonnée dessus, j’imagine que c’est pour faire chic. Derrière, on me ressort le truc du vin fruité et long en bouche, that’s what she said. On me signale aussi que ça accompagne bien les viandes grillées, mais c’est ballot, j’ai pas de viandes à faire griller, ça va donc devoir accompagner une salade catalane au thon. Le tout a été mis en bouteille dans un endroit nommé « Olt », ce qui est quand même un nom ridicule pour nommer un endroit.
A l’ouverture, c’est le premier des trois qui sent vraiment le vin. Le liquide est très noir, et a l’air un peu moins fake que les deux d’avant. Au goût, par contre, c’est plutôt dégueu. Ca pique, c’est aigre. Effectivement, ça reste longtemps en bouche, mais je sais pas si je foutrais ça à côté d’un T-Bone steak.
Mais au moins, il sent bon. Beurk, ça pique, c’est vraiment à chier. Mais ça n’a eu aucun impact, ni négatif ni positif, sur ma salade.
Je préfère le café, mais je suis pas sûr que ça soit la même boîte qui fasse le vrai Carte Noir.
Excusez moi si mon élocution faiblit un peu, ça fait déjà deux bonnes heures que je suis en train de faire ça. Mon vocabulaire et ma capacité d’analyse pourraient légèrement faiblir.

Entre la bouteille 3 et la suivante, je décide de regarder Arte Journal. Qui me fait rire bien plus qu’il ne devrait. Ensuite, je regarde des tumblr rigolos parce que j’arrive plus trop à jouer à Kentucky Route Zero : trop de mots. A un moment, je commence à regarder le premier épisode de Star Driver. Je comprends rien mais je trouve ça chouette.

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Je vous présente ma PAL, by the way.

Bouteille #4 : François d’Aubigné « Spécial Fruits de Mer », Blanc, en écoutant Thin Lizzy

Encore un « Vin de la Communauté Européenne » de l’ami d’Aubinié, mais cette fois-ci, pas question de donner de description particulière, si ce n’est l’indication « BLANCO SECO » en caps lock derrière. Mais quelque part, je trouve ça cool que le nom du vin indique son usage. C’est comme les baskets qui servent à faire du basket, bah là, pouf, tu fous le vin à côté de crustacés et la magie chimique opère dans ton palais. Sauf que là, je pense qu’on est plus chez Gérard Majax que chez Monsieur Merlin, et de toutes façons, j’ai pas de crustacés à manger.
Alors ça sera des Oreos chocolat blanc.
Après avoir eu du mal à ouvrir le bouchon, en plastique (parce que le liège devait faire trop snob), je me verse un peu de truc translucide évoquant de loin, en texture et en odeur, le pipi très clair produit par une sur-hydratation.
Au goût, c’est moins pire que prévu. On dirait un médicament pas très bon, mais c’est buvable. En fait, c’est très insipide. Comme les autres, il a un peu une tendance à piquer, mais là, je crois que je suis surtout en train de boire un verre de quasi-flotte.
Reste une odeur de pisse moite au fond de mon gobelet fétiche.

Entre la bouteille 4 et la suivante, je décide de lancer un jeu Steam au hasard, après avoir essayé de lire un peu, et m’être rendu compte que j’arrivais plus trop à me concentrer. Je regarderai bien la télé, mais y’a que de la merde. Finalement, je lis des articles sur des zizis archéologiques.

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Bouteille #5 : Cotes de Bourg, Rouge, en écoutant des playlist « pop culture » un peu nulles sur Spotify. Je finis par en trouver une « retro gaming » pas trop mal. Plus tard, je bifurque inexplicablement sur l’étonnant album « cloclo made in Japan« .

Bernard Cordelier et son shaker de l’enfer, le retour. Vraisemblablement, il s’agit de mauvais Bordeaux. C’est produit à Beychac, si vous voulez allez vous moquer des responsables (ça serait méchant). Paradoxalement, je sens que mon indulgence et mon empathie grandissent avec la soirée, alors je décide de laisser une deuxième chance, sans a priori, à monsieur Cordelier.
Le vin, de manière très suspecte, ne dégage aucune forme d’odeur, à part celle de l’alcool. Même pas un semblant de raisin, rien. J’espère sincèrement que le mec ne s’est pas cntenté de foutre de l’éther dans une boutanche, parce que sinon, je quitterais cette terre sur un bien triste exploit.
En bouche, cependant, c’est bel et bien du vin. Très aigre, et bourré de saveurs contradictoires, comme des fruits oubliés au soleil ou de la cendre. En fait, c’est comme si on avait foutu plein d’ingrédients dans le même verre et attendu que ça devienne de la gnôle. Je ne suis pas spécialiste de la chose, mais il est probable que je ne sois pas trop loin de la vérité.
C’est assez difficile à boire (mais loin de la pas le pire de la soirée), et il faut bien admettre qu’après 4H à picoler, mon organisme commence à m’envoyer des signaux d’alerte. Mais je décide de ne pas en tenir vraiment compte, yolo, tout ça.

Entre la bouteille 5 et la suivante, je décide de suivre des tutos pour améliorer les performances de mon ordinateur. Même si je suis parfaitement capable d’écrire ça, je rigole très fort en les lisant alors que je me rends bien compre que c’est tout sauf drôle. On va pas chipoter, j’ai le vin gai. Huhuhu gai lol.

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Si c’est pas la preuve que c’est fait dans les conditions du direct, ça !

Bouteille #6 : Ventoux « Les Dentelles », Rouge, en écoutant la BO de K-On (FUWAFUWA TIME !), puis Didier Super (cf plus bas).

Ah enfin un vin à l’étiquette prétentieuse « à la française ». Mon prof de géo à l’agreg, spécialiste de la question, disait que les étiquettes trop longues étaient assez dures à exporter, parce que les chinois s’en foutent de nos terroirs à la con et de nos appelations machinchouettes contrôlées. Après un bon litre de mélange, j’avoue que je m’en cogne aussi un peu.
Nous avons donc là un vin mis en bouteille par l’Union des Vignerons des Cotes du Rhône à Tulette – Drôme Provençale – France, Ventoux – Appelation Ventoux Contrôlée, blablabla, suivi d’un petit texte prétentieux pour signaler que les Dentelles (à 2€10 ou quelque chose comme ça) sont un vin ensoleillé et plein de fruit qui fait l’enchantement des amoureux de cette belle région de Vaison-la-Romaine (sic). Putain arrête de t’la péter. T’es du vin qui vaut moins cher qu’un capuccino au café de la gare. Après les autochtones s’étonnent que personne aime le sud-est.
On débouche, et encore un vin qui ne sent pas grand chose, à part peut-être un peu le beurre. Oh, j’imagine que les oenologues doivent avoir tout un vocabulaire subtil pour décrire cette sensation, mais moi, là, je sens du beurre. Et au goût, c’est un peu pareil.
Bon, j’aime bien le beurre. Mais pas au point d’en boire. Ce vin est épais et forme un genre de pellicule sur la langue, c’est comme si ça devenait un mauvais bonbon anglais à la jelly. De plus, il reste un arrière goût désagréable dans la bouche.
Soyons tout de même honnête : j’ai bu bien pire ce soir.

Entre la bouteille 6 et la suivante, je décide d’aller glander sur 4 chan.

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Bouteille #7 : Bordeaux, Blanc sec, en écoutant mon dossier « PLAYLIST ULTIME », 4Go de musique de ouf tu peux même pas test.

Disons au revoir à Bernard Cordelier avec ce blanc à la bouteille passe-partout, le tout étant fabriqué dans la meme propriété que le vin #5. Je me doute bien qu’il n’y aura pas de miracle.
Surprise : le liquide a une odeur de vieille pêche oubliée sur le bord de la route. Sucré, mais un peu écoeurant. Une odeur de truc qui demande à être distillé pour être potable.
En bouche, eh ben… On dirait du pulco. C’est sucré, aqueux, et frais. Dégueu, hein, mais pas exactement comme je m’attendais. C’est bien le premier vin de la soirée qui ne pique pas la bouche. Bien sûr, en tant que novice ultime en vinification, je ne m’explique pas cet aspect trop fruité. Est-ce que quelqu’un a laissé traîner des pêches dans le fût de maturation ?
Existe-t-il un monde parallèle où au lieu de foutre du vin partout, on a mis des myrtilles ou chais pas quoi ? Saviez-vous qu’au maximum climatique (IXè siècle), quand le Groenland était vert et les prairies grasses, on faisait du bon vin en Ecosse ?
Je suis désolé, tout ça sort un peu de guingois, mais je fais ça plus ou moins en temps réel, et je rappelle que je ne bois quasiment jamais.
Alors bon. Déjà j’arrive encore à tenir mon clavier donc bon.

Entre la Bouteille 7 et la dernière, j’écoute le concert sur la place en bas de chez moi. Merci les animations d’été en centre-ville. Mon balcon donne juste derrière la scène alors le son est un peu étouffé, mais ça passe quand même. C’est du blues rock un peu psychédélique et whatever.

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Bouteille#8 : J’avais gardé la masterpiece pour la fin : un truc à base de pêche qui, techniquement, ne semble même pas avoir le droit de se donner le titre de vin. Il s’agit d’une bouteille de Pol Rémy à la Pêche « Cocktail à base de vin » emballé comme un mauvais mousseux. L’étiquette ne dit absolument rien d’autre. En écoutant tourner ma playlist.

Il me semble avoir vu u reportage là-dessus, une fois. Des marketteux qui foutaient du sirop dans du vin de table pour attirer les jeunes. Ca me semblait déjà être une assez mauvaise idée à l’époque, mais il est temps de confronter mes préjugés à la réalité.
Déjà, mauvauis départ : la colle utilisée pour le papier qui emballe le bouchon est trop forte, et il est extrêmement compliué de dégager le petit bidule qui permet de dessrer l’ensemble (insère du vocabulaire idoine ici). Ensuite, le bouchon explose littéralement sans prévenir, manquant de causer un incident domestique (et je me voyais mal expliquer ça à mon assurance), et rebondissant partout dans la pièce.
Je me verse avec prudence un peu de ce cocktail très mousseux, mais manifestement, ils ont eu la main lourde sur le gaz. Une odeur de vapeur de pêche se répend dans la cuisine.
Le vin est effroyablement sucré, au point qu’en n’en sente presque plus les bulles. Je crois qu’ils ont pris un blanc quelquonque et ont bourré du sucre dedans jusqu’à ce qu’on ne sente plus que ça, et ont rajouté l’arôme de pêche le plus bourrin qu’ils ont trouvé.
Le résultat est probablement correct si on cherche à se souler la gueule en devenant diabétique et qu’on est pas trop pressé (c’est de l’alcool à 6°…)
Le mélange me soulève assez vite le coeur, je ne finis pas mon verre de peur d’être malade.

Mais alors est-ce qu’il y a quelque chose à sauver ?

Déjà, j’ai passé une bonne soirée. J’ai live-facebooké ça et c’était rigolo. Ensuite, j’aurais appris beaucoup de choses. Par exemple, même si je le savais déjà plus ou moins empiriquement, je peux affirmer après cet échantillon représentatif scientifique qu’en dessous de 2€, le vin à une sacrée tendance à être plus proche du vinaigre que d’autre chose.

Ensuite, peutr-être qu’en étant vraiment, vraiment pas regardant, on peut se servir des bouteilles 1 et 6 comme vin de table, par exemple pour recevoir des gens qu’on aime pas ou pour faire une farce.

Sinon, non, pour le reste, c’était quand même assez dégueu, et ça m’a conduit à crier les chansons de K-on en slip à une heure du matin dans mon salon, ce qui ne devrait probablement pas être regardé comme un pinacle de dignité.

Ca me confirme aussi que ma carrière de Bukowski est morte-née : aucune envie d’écrire quoi que ce soit (à part cet article) dans cet état. Je ne suis pas cotre une soirée « on se bourre la gueule et on écrit des conneries » une fois par semestre, mais globalement, je crois que je vais retourner au bon vieux combo café/thé pour gravir un à un les échelons qui me mèneront dans quelques anées au Prix Nobel de Littérature.

 Alors, est-ce que c’est nul ?

BEN PUTAIN OUAIS MAIS VOUS VOUS ATTENDIEZ A QUOI C’EST DU VIN A 1€50 LE LITRE

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