Keep Calm & STALK

Suite à un papier court et frais de l’indispensable Lionel Davoust, j’ai décidé de parler de la beauté poétique de la recherche documentaire.

Récemment, à la faveur de la torpeur estivale propice aux combats d’infirmes sur Internet, un comportement vertueux que j’aime bien nommer derp stalking a subi les derniers outrages. Si j’ai orienté mes études vers les métiers de l’info doc, c’est plus par amour de l’enquête documentaire que par amour pour les taches bizarres que les usagers laissent sur les pages de BD Soleil ou il y a des femmes toutes nues.

L’été, donc, a été propice à toute sorte d’empoignades virtuelles sur les sujets habituels du bingo des empoignades virtuelles : juifs/arabes, féminisme, « privilégiés » (au choix sncf/intermittents/fonctionaires/auteurs), JV.com, Maïa Mazaurette. Il aura également été propice à toute sorte d’emballements très « années 10 » : Les réseaux sociaux étant plus que jamais un espace d’empressement et d’emportement (je dis ça pour ne pas dire « d’immaturité qui feraient passer la plupart des gens pour des attardés s’ils se comportaient pareil IRL »), on a par exemple vu circuler tout un tas de photo truquées où mal sourcées, dont certaines pourtant assez célèbres, pour dénoncer les événements tragique à Gaza. Des photos de cadavres, de réfugiés, etc. supposées être liées à Gaza, mais en fait originaires de vieux reportages sur la Syrie, l’Irak, etc. Étrange, d’autant plus que la stratégie de comm du Hamas consiste ironiquement à laisser les journaleux travailler, et que les vraies photos rotten.com de cadavres de Palestiniens ne manquent pas.
Les journalistes ont pour une fois fait un travail correct, et j’ai vu passer pas mal de papiers pour dire aux gens de faire gaffe : ce n’est pas parce que m.smurf sur Twitter poste une photo d’un truc qu’il n’a pas piqué la photo ailleurs. Bon, personne n’écoutera jamais ces journalistes, et c’est bien triste, mais on va dire que bon, au moins quelqu’un aura signalé l’erreur.

Les images et le texte ne sont pas liées dans ce texte. Là, par exemple, j’ai tapé « Metal Gear Salad ».

Il n’en va généralement pas de même pour les « papiers polémiques » issus de blogueurs, de sites divers, de fermes de publications d’opinions à la con, etc. Depuis toujours, un de mes premiers réflexes a été de cliquer sur la page « a propos » d’un blog, quand cette page existe, et, dès qu’un contenu m’a semblé zarbi dans un article, ou que cet article m’a semblé particulièrement derp, de farfouiller un peu partout pour essayer de répondre à une question essentielle : mais au fait, c’est qui ce con/cette conne ? C’est le derp stalking.

J’adore cette époque qui rend le stalking bienveillant si aisé. Comprenez-moi bien : je ne cautionne pas le mauvais stalking, celui qui implique d’avoir des intentions douteuses, de suivre effectivement les gens dans la rue et, d’une manière générale, de lever son gros cul de son fauteuil. Non, moi, j’aime juste vous stalker depuis mon fauteuil en remontant la belle et foisonnante piste de toutes les infos que vous avez déposées partout de manière très imprudente. Je le fais juste parce que c’est intéressant (et pendant ce temps là je suis pas au bistro), et parce que ça flatte mes capacités à savoir que vous aimiez trop Tokio Hotel en 2006 (Webarchive n’oublie jamais). Un conseil : ayez 17 pseudos, et ne les reliez pas entre eux, c’est souvent trop chiant à remonter pour que me motive vraiment. Ou n’ayez pas Internet.

Et là j’ai demandé à Google « Wizard vs Robots ». J’ai pas été déçu.

Bref : les gens qui publient des trucs sur des sites polémiques, en général, c’est pas trop le genre à se cacher sous cinquante couches de mystère : ils laissent des infos un peu partout. En général, tu peux chopper le 06 en deux trois clics même pas illégaux. Pourtant, même si je suis ermite de polémiques débiles depuis un an et quelques, j’ai pu constater que, même et surtout en cas d’invasion de hargneux et de polémistes de clavier sur un site, PERSONNE ne clique jamais sur la page « à propos ». Au moment de la publication du texte qui a donné lieu à Toto 30 ans, quasiment personne, et surtout pas ceux que le texte a fait chier, n’a cherché à savoir qui j’étais. Au moment de l’histoire des jeux vidéos avec celle-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom-dans-le-miroir, quelques mois plus tôt, c’était encore pire. Pourtant, il me semble que mon propre parcours, dans les deux cas, était une remise en perspective de mes textes.

La c’est en tapant « Cat hunter »

Ces derniers jours, un abruti du nom d’Alexis Koleszar a publié une BD, relayée des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux (oui, des dizaines de milliers. Et 34 fois sur Google plus). C’était une sorte de charge faussement naïve contre le féminisme, qui mélangeait un peu tout dans le même sac, et qui faisait semblant de ne surtout pas comprendre le problème. Une partie de mes contacts l’a relayée en ricanant « A SA SES TROP VRAI » (je garde un zoo de mundanes débiles dans mes amis virtuels pour flatter mon concept de supériorité). Passons.
Mais un mec comme Koleszar peut faire illusion : il dessine bien -si on aime le style-, et son article a sa logique interne (qui consiste à hurler des trucs et à dire « j’ai hurlé donc c’est vrai ». Et comme la question est extrêmement touchy, il fait son petit effet, c’est normal. Alors j’ai aussi des contacts de bonne foi qui étaient d’accord avec une partie du fond de l’article, et comme l’article mélange absolument n’importe quoi, forcément que tout n’est pas faux dedans. L’amalgame est une méthode que tout bon vieux troll se doit de pratiquer au moins une fois par jour. C’était bien mon problème avec l’article de « fondateur » de la Grande Ancienne Au Nom Ineffable sur le sexisme « chez les geeks ».
Mais Koleszar n’est pas un troll, et ça, un peu de derp stalking permet de s’en rendre compte à la vitesse de l’éclair.
Direct à la lecture de l’article, ça saute un peu aux yeux, quand on à l’habitude de faire des safaris pour regarder s’agiter les chimpanzés électroniques dans la complo-facho-dieudosphère : Koleszar a un style qui rappelle quelque chose. Amalgame, hurlements, provoc gratuite, et éléments de langages qu’on a déjà vu plein de fois à droite à gauche combiné à un petit air de « non mais en fait tu vois, l’égalité homme/femme, je la défend quand même à ma manière » : ça sent le troll, mais non, y’a autre chose.
Et y’a pas à stalker bien longtemps le derp : toutes ses anciennes BD sont plus ou moins une version illustrée de l’ABC des arguments et des edl utilisés par l’extrême-droite pour insulter tous les gens qui ne leurs plaisent pas (avec une récurrence particulière pour les femmes à la sexualité libérée qu’il semble tout particulièremet vomir). Et le gars passe l’essentiel de ses planches à linker vers tous les hurluberlus qui gravitent atour. Et comme l’a montré Natas-et-son-site-laid (je l’ai stalké aussi, il lui arrive d’écrire des trucs sympas -LIEN EXTREMEMENT NSFW VENEZ PAS VOUS PLAINDRE APRES-), dans un article inutile (mais dont les commentaires sont priceless), en creusant deux minutes, on voit où on est.
Relire l’argumentaire de la BD après avoir essayé de comprendre qui était le gars remet à mon sens le truc en perspective, et rend totalement inutile tout dialogue avec le gars en question et son noyau de fans, c’est une perte de temps.

« Epic Penguin Stuff »

Mais on s’en fout, de ces cripple fights. J’ai utilisé cet argument particulièrement facile, mais j’aurais pu parler de ceux qui, de bonne foi, relaient un peu tout et n’importe quoi sans avoir la moindre idée de la source. Je connais au moins deux mecs de gauche qui passent leur vie à relayer des articles de http://www.contrepoints.org/ (il est vrai, ils ont l’art de la titraille), site expliquant noir sur blanc qu’ils sont un pure player libertarien.
A chaque fois qu’une info vous interpelle, que vous soyez d’accord ou non, et surtout si l’article concerne une question polémique, veuillez ne jamais la relayer où y réagir sans avoir sauvagement stalké son auteur ou la plates-forme de publication. Déjà, vous rendrez hommage à la plus artistique et noble des discipline de l’esprit : la documentation.
Ensuite, vous saurez qui est en train de vous parler. De la même manière que vous n’avez pas envie de voter pour votre élu local si c’est un proxénète-tête-à-crack-non-repenti, vous voulez probablement savoir si ce type sympa qui est en train de vous convaincre d’un truc dans un texte n’est pas en réalité un dépeceur de bébés-phoques revendiqué (comme moi par exemple).
Je sais : « vous pouvez très bien décider par vous même ». Cet argument est merveilleux, et consiste à donner le plus de voix non pas à celui qui a raison, mais à celui qui parle le mieux. Alors ta gueule avec cet argument de même. Si tu ne sais pas qui te parle, tu ne peux pas comprendre ce qu’on te dit, point.

« offending sex offender in our area »

Ce n’est que la première étape. Une fois que tu auras commencé à faire ça dans ton coin (oui au fait on se tutoie maintenant car cet article a passé les 1200 mots, c’est comme si on était intimes), tu vas le faire systématiquement pour tous les trucs que tes amis font tourner en boucle. Tu découvriras ainsi rapidement que tel vidéo virale super cute était en fait sponsorisée par une marque de chewing gum et que tel papier super enthousiaste sur un film ou un livre a été rédigé par un attaché de presse ou un community manager. En fait, tu deviendras étape par étape plus intelligent, et l’étape sera systématiquement de te transformer en petit détective pour chaque sujet dans ta vie. Non seulement tu connaîtras mieux le monde qui t’entoure, mais en plus tu pourras devenir un connard prétentieux capable de remettre à sa place n’importe lequel de tes imbéciles d’amis.

EUX : Eh j’ai trouvé un lien par terre, ça dit que les éléphants de mer sécrètent une bile qui soigne le cancer.
TOI : Ah oui, c’est pas cet article publié par le type qui prétendait que le cassoulet pouvait servir de carburant pour fusée ? Pfff en plus c’est publié sur une plate-forme détenue par une holding qui fait du cassoulet à l’éléphant-de-mer.
EUX :Oh mais tagl, hein.
TOI : *t’éloigne en sifflotant*

Il reste une étape supplémentaire, qui devrait petit à petit arriver naturellement au fur et à mesure de ta transformation en documentaliste, c’est cette étape ou tu finiras par ne plus de tout t’intéresser au sujet en lui-même. Tu réaliseras alors que c’est la manière dont se structure l’information, comment elle circule, d’où elle vient et où elle va qui importe plus que toute autre chose.

« Badass winnie the pooh »

Rien n’a d’intérêt, car chaque sujet est impermanent. Derrière chaque information se cache l’autre pan d’une autre histoire qui aura disparue le temps que tu arrives à démêler la pelote de causalité impliquée là-dedans. Finalement, quel accomplissement l’humain peut-il trouver dans la communication avec ses semblables, quand tant de beauté émane de l’analyse silencieuse et minutieuse de cette communication ? C’est alors que tu commenceras petit à petit à toucher une certaine forme de vérité : la béatitude surgit de la méditation sur le flux du Verbe à l’ère Numérique.

« Sexy Inspector Gadget »

Enfin, nu dans ton appartement, tu te draperas dans la robe safran du technicien documentaire, mendiant ta nourriture contre un travail de détective précis et hautement moral. Hélas, il ne faudra que quelques années avant qu’un le syndicat des détectives et des stalkers ne considère ta sagesse et ton altruisme comme une forme de concurrence déloyale. C’est alors que certains d’entre eux commenceront à publier des papiers polémiques sur Internet, entres autres sur le Réseau Voltaire, Fdesouche, Oumma.org et Les Intransigeants.
Mais alors que, à peine cinq semaines après que la polémique ne se soit tarie et qu’un journaliste de Télérama ne s’intéresse à la question (à l’occasion de la créataion d’une Haute Autorité des Détectives Numériques par Bercy ou whetever) et te demande ton avis, tu seras depuis longtemps devenu un pur esprit qui aura mentalement pénétré la blogosphère pour devenir une entité méditative pensante. Chaque parcelle d’information humaine deviendra une composante de ton ADN, et, au moment ou des enquêteurs défonceront ta porte pour trouver un squelette sur son fauteuil d’ordinateur, tu seras face à Dieu, et tu réaliseras que Dieu est est un étui pénien Papou avec un gros accent Belge fan d’Odeurs. Tu voudras le crier, mais tu n’auras plus de bouche.

« TAOIST WRITER ». Je savais bien que tout ceci nous mènerait quelque part.

 

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2 réflexions sur “Keep Calm & STALK

  1. J’ai longtemps pensé être le seul à me livrer à cette activité, grâce à toi (on se tutoie comme dirait Karl Zéro) j’apprends que nous sommes légion, et que nous aspirons au même but final (au fait t’es au courant que ta participation de 2005 au forum des young satanistes est toujours accessible ?).

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