The Taint, où l’anticipation d’une réflexion poétique sur l’intelligibilité de la condition sexuée dans les années 10.

Article un peu NSFW, pas de procès si vous scrollez quand même, blablabla, adresse de mon avocat.

Je cherchais récemment une manière légère et pertinente d’aborder la question des demeurés des forums 15-18 et 18-25 Jeux-Vidéo.com qui ont harcelé et menacé de mort des militantes féministes pour prouver qu’ils sont gentils. Néanmoins, c’est devenu difficile d’aborder ce genre de questions sans devoir en répondre devant un tribunal de non-comprenants consanguins. Deux réflexions me vinrent :
1) Une réflexion sur le fameux tag #notallmen qui est devenu une sorte de tic de langage idiot à chaque fois qu’un type répond à un article sur le harcèlement en disant « oui mais pas moi ». C’est normal d’être énervé(e) par ça, vu que d’une part, à part deux-trois rad-fem, tout le monde est déjà au courant. Et qu’en plus, quand on a tant que ça la conscience tranquille vis à vis de son comportement, on ne va pas se jeter dans une baston sans fin en hurlant « oui mais moi je suis gentil ». Donc, oui, c’est complètement con. Répondre #notallmen n’est sans doute pas beaucoup mieux, déjà parce que tic de langage, ensuite parce que ça serait extrêmement dérangeant appliqué à n’importe quel autre débat. Imaginez Hervé Mariton en train de lancer #notallarabs à un rebeu farouchement opposé à AQMI, où Alain Soral plisser les yeux en marmonnant #notalljew à un rabbin antisioniste. Comme d’habitude, je pense que la meilleure attitude est de ne surtout jamais parler à personne.
2) C’est devenu difficile d’avoir une attitude qui ne soit pas sexuellement interprétée et décomposée a priori. Si on reprend l’exemple du harcèlement de rue, j’ai tellement d’amies et de proches qui subissent ça sans arrêt (et pas uniquement des « bourgeoises blanches de centre-ville ») que je crois que les gens qui nient le problème sont de véritables militants affichés de la connerie humaine. Néanmoins, j’en suis à un point où, juste histoire de ne pas être assimilé à un danger imminent, je n’oserais même plus demander mon chemin à quiconque après le coucher du soleil. Cependant, en tant que timide solitaire, je suis étonné de ce simple fait : il y a des gens qui parlent à d’autre gens alors qu’ils ne les connaissent pas (et qui pensent qu’ils vont pécho en stalkant des filles en leur hurlant des horreurs). Que ça soit pour harceler ou non, par bêtise ou manque d’éducation, par misère sexuelle ou complexe de supériorité, je trouve ça effrayant et fascinant. Sérieusement ne faites pas ça. Ne parlez pas à des inconnus sans raisons. C’est sale, et il y a plein d’endroits qui sont faits pour ça, des endroits où tous les participants ont contracté une sorte de contrat tacite où ils acceptent de se parler les uns les autres (sites de rencontre, bars en fin de soirée, prisons, salles de classe).

La seule façon d’aborder la question sans tomber dans un labyrinthe de stérilité argumentative est probablement un long-métrage intellectuel sur la question. Heureusement que j’avais The Taint qui traînait dans mon tas.

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Une sorte de débile peroxydé en short fait gouzi-gouzi à sa copine dans la forêt. Bien entendu, la musique electro-angoissante qui résonne dans l’air laisse largement sous-entendre qu’un drame est sur le point d’arriver. La routine, pour l’amateur de péloche Z dont The Taint (2010) semble un morne et tranquille représentant.
Brutalement, cependant, l’arrivée d’une sorte de Robert Hue en pyjama qui défèque des pénis en agressant ses victimes à la faux change la donne. Le blond peroxydé s’enfuit, et allume tranquillement une clope en courant. Ok, qu’est-ce qui se passe ? Il y a des penis coupés dans l’herbe. Très rapidement, le mec croise une nana nommée « Misandra » qui lui explique que la pollution de l’eau a transformé les mâles en bêtes furieuses dont le seul but est désormais de défoncer la tronche des filles avec des cailloux. Depuis, la société s’est brutalement effondrée, et ne subsistent que des femmes en fuite et des hordes de mâles rendus à l’état de bête. Le héros ne semblant pas assez viril pour être affecté, les deux font équipe, et commencent une sorte de périple approximatif qui les conduira à croiser toutes sortes de gens, comme une bande de gang-rapers dirigés par un gymnaste métrosexuel, un pseudo-wolverine masqué qui parle comme Lemongrab et reste totalement immunisé au chaos (car il ne boit que du vin), et j’en passe.
Le tout est servi par un jeu d’acteur qui explose allègrement les frontières de l’outrance, un montage complètement abrupt, une bande-son survoltée mixée avec des moufles, et bien entendu des montagnes de nichons. Mais là ou le nanar moyen s’arrêterait là, The Taint balance des plans-culs au service de toutes les sexualités et de toutes les déviances : nichons, vagins, penis, nazis, gays, bis, penis, interracial, romance, bdsm, penis, chauve-souris, PENIS PENISPENISPENIS. Le film est, pour le meilleur et pour le pire, un gigantesque défilé de bites, à tel point que j’ai vu des gens le qualifier de « penisxploitation movie ».

Défilé de tronches improbable.
Défilé de tronches improbable.
Dat extras.
Dat extras. Ca continue comme ça sur des dizaines de lignes.

Dans The Taint, vous saurez tout sur le zizi, petit, grand, coupé, mangé, mou, en érection, en éjaculation, il y a quasiment une foutue teub par plan.
Vous l’aurez compris, The Taint, à défaut d’avoir quoi que ce soit à dire, est un film qui joue à fond les deux cartes qu’il a en main : une sorte de no-limit extrême dans le mauvais goût, et un vent de folie complètement assumé qui fait rapidement basculer le tout dans une sorte gigantesque farce grand-guignol où tout est permis sans modération : pisser dans un cerveau, boxer un estomac sorti des entrailles d’une victime, faire une fausse pub avec des nazis, faire un défilé de zombies agitant d’immenses godemichés, et oser les retournements de situation les plus éculés avec la bonne humeur la plus complète, au point que les figurants eux-même semblent en permanence sur le point d’éclater de rire comme des cons. De toutes façons, aucune importance, le scénar n’est qu’un prétexte à montrer des trucs aussi idiots qu’un mec en train de se tâter les muscles de manière érotique en prévision de la fin du monde ou à voir un savant fou se scotcher le visage qu’on vient de lui arracher.

Phil O'Ginny, meilleur personnage ou encore meilleur personnage ?
Phil O’Ginny, meilleur personnage ou encore meilleur personnage ?
Je me demande toujours où la Troma trouve ces gens.
Je me demande toujours où la Troma trouve ces gens.

Aux manettes de cet hallucinant OVNI, un duo d’américains distribués par Troma Entertainment, Dan Nelson et Drew Bolduc. Ce dernier, avec son nom de bûcheron Acadien, est également rôle principal (Phil O’Ginny, qu’est-ce qu’on se marre), compositeur de la BO, producteur et ingé son. Entouré d’une bande d’acteurs de série ultra-z plus où moins bons et plus où moins connus, dont l’étrangement juste Colleen Waifu Walsh qui n’a strictement rien fait par la suite, les réals livrent une péloche objectivement effroyable, même pour un projet qui semble semi-amateur, mais qui jouit d’une bonhommie et d’une crétinerie assumée si agréable que j’ai passé un délicieux moment. Le film est court (1h05), sans aucun temps mort, baignant dans une bande son maison contenant des pistes dont le seul nom fleure bon le n’importe quoi généralisé de l’ensemble (We’ll Meet Within the Shadöws öf Löve).

Colleen Walsh s'en sort étrangement bien au milieu de tous ces acteurs niveau SEGPA, mais elle a plus ou moins disparu pour "écrire son livre" et "pratiquer la médecine alternative". Un bref stalking laisse cependant sous-entendre qu'elle sera à l'affiche d'un thriller anglais faauché produit par "Bad Influence Films" en 2015.
Colleen Walsh s’en sort étrangement bien au milieu de tous ces acteurs niveau SEGPA, mais elle a plus ou moins disparu pour « écrire son livre » et « pratiquer la médecine alternative ». Un bref stalking laisse cependant sous-entendre qu’elle sera à l’affiche d’un thriller anglais faauché produit par « Bad Influence Films » en 2015.
Homme orchestre, j'irai pas juste là, disons Homme musique de l'ascenceur des enfers.
Homme orchestre, j’irai pas juste là, disons Homme musique de l’ascenceur des enfers.

Je n’irai pas jusqu’à recommencer The Taint (disponible à vil prix en VOD, si vous avez ce genre de pratiques et que vous n’avez pas comme moi un grand-frère qui travaille à Tromaville et qui peut vous envoyer le laserdisc), sauf si vous êtes un amateur hardcore de nanars volontaires extrêmes (imaginez que Captain Orgazmo, c’est du foie-gras et que The Taint est le pâté le plus gras de chez Aldi). Ne serait-ce que parce qu’il me semble qu’un film composé en grande partie d’avortements au cintre et d’arrachage de bites n’est pas nécessairement à même de rassembler tous les publics autour d’un consensuel divertissement de samedi soir.

Que voulez-vous, c'est une des rares images du film ne montrant pas un penis en gros plan.
Que voulez-vous, c’est une des rares images du film ne montrant pas un penis en gros plan.

Mais je peux me tromper.

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Une réflexion sur “The Taint, où l’anticipation d’une réflexion poétique sur l’intelligibilité de la condition sexuée dans les années 10.

  1. Tiens j’ai trouvé un court métrage qui semble dans tes cordes, surtout après un tel article. Par nul autre que Jan Kounen.

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