Ça a l’air Nul #8 : Red, White and Blue (2010)

« An HIV positive woman’s quest to infect as many men as possible has gruesome consequences after she attracts the attention of a psychotic former Army interrogator and an emotionally fragile young man caring for his ailing mother. »

Ca a l’air nul.

C’est quoi ?

Un film de type « Rape & Revenge » (en l’occurence, Rape & Rape & Revenge ou quelque chose comme ça, on va y venir) précédé à sa sortie d’une réputation à la fois sulfureuse et artsy. Le film a gagné pas mal de prix, alignait quelques noms vaguement connus dont Amanda Fueller (vue dans Greys Anatomy) et Noah Taylor (vu absolument partout en tant que second rôle). C’est signé par un rosbif du nom de Simon Rumley, tâcheron qui végète toujours entre le B et le Z sur des projets assez variés (du thriller au grand-guignol horrifique).

L’affiche alternative est déjà plus proche de l’ambiance du film.

De Quoi ça parle ?

Donc, il y a une nana, Erica, cas soc’ notoire qui se promène au fin fond de chez les rednecks Texans, et qui, chaque soir, attire un nouveau mec dans ses filets (moins de deux minutes avant le premier plan nichon, Fueller ne fait pas dans la dentelle). A vrai dire, pendant les vingt premières minutes du film, c’est à peu près tout ce qu’on verra : Amanda Fueller se taper des mecs, dont les trois musiciens d’un groupe local en même temps et sur un matelas pourri dans un squatt. Rumley force le trait du glauque à grand coup de filtres dégueux et de bruits d’autoroute, mais il en résulte une petite ambiance pas inintéressante d’angoisse latente dans les premières minutes du film (quasiment sans dialogue, en plus, dommage que cette sobriété langagière ne tienne qu’un petit quart d’heure).
On comprend assez vite (le scénariste ayant sorti ses plus gros sabots) qu’Erica, violée par son beau-père malade du SIDA à 4 ans*, a décidé de consacrer sa vie à infecter le maximum de mecs (« condoms are for homo » en argument massue). Ca semble être une assez mauvaise idée, je ne sais pas ce que vous en pensez. Je ne suis peut-être pas assez pénétré de philosophie texane.

8
Amanda Fueller semble avoir eu pour consigne « peux-tu faire une tête d’écureuil triste ? » sur absolument 100% de ses scènes.

Alors qu’elle semble au fond du gouffre, Erika va rencontrer Nate, un type à l’air vraiment vraiment très très très suspect (barbe dégueue, ancien militaire, cache des couteaux plein de sang chez lui, born again). Ils vont se lier d’un genre d’amitié amoureuse qui va petit à petit permettre à Erica de remonter la pente de sa dépression chronique.
Pendant ce temps, le leader du groupe de rock, qui a aussi une maman en phase terminale de cancer, un beau père louche et une sacrée tête de con, se découvre contaminé. Ni une ni deux, avec ses potes, il va décider de retrouver et de séquestrer Erica. Il y a un flottement narratif à peu près absolu sur le pourquoi et sur le comment, mais ils vont finir par lui mettre la main dessus, la capturer, la tuer plus ou moins accidentellement, et ainsi provoquer la colère de Nate.

2
Il faut se fier aux apparences.

Ce dernier va s’avérer, OH SURPRISE, être le plus gros psychopathe de tout le film, ancien bourreau en Irak, et va passer les 40 dernières minutes du film à massacrer (après leur avoir fait subir des tas de trucs que je vous épargne bien volontiers) tout les personnages, leur famille et probablement les attentes des spectateurs d’avoir une conclusion satisfaisante. La principale originalité de l’ensemble est de présenter non pas une simple trame « rape and revenge« , mais plutôt un rape (le beau-père) & revenge-rape (Erika couche pour donner la mort) & rape (elle est séquestrée par les trois débiles) & rape’n’torture revenge(Nate). La morale du film : tout le monde est méchant, tout le monde mérite bien ce qui lui arrive, et sans doute que le réalisateur se met de l’eye-liner en écoutant Linkin Park parce que la vie elle est nulle et que personne le comprend.

5
Hahaha un de tes potes a assassiné quelqu’un, alors JE TUE TOUTE TA FAMILLE ! #joueurdeflute #Hamelin #neutrestrict

Tout ça, outre le glauque le plus complet, fleure bon la bigoterie (ironique ou pas, difficile à dire tant le réalisateur british semble filmer tout ça avec une forme de snobbisme condescendant) : le sexe, c’est la mort, le viol c’est mérité, le repentir c’est jamais sincère et grosso modo, tout condamné à mort aura la tête tranchée (littéralement, dans le cas de cette sale pute d’Erica).
On en ressort avec l’impression un peu cradingue que Rumley (réal, mais aussi scénariste et producteur) non seulement croit dur comme fer à son film, mais en plus signe une fable morale édifiante. Eh ben c’est pas le cas.

3
Tavu on fait la redemption alors on enlève les filtres dégueux et on met des enfants.

Sans vouloir faire de la psycho-socio de bazar, il me semble que le genre -certes très très contestable- du rape&revenge consistait en une intention initiale de montrer la femme au cinéma dans une position pas uniquement victimaire, mais de personnage puissant avec une dynamique d’inversion des rapports de domination. C’est contestable dans la complaisance que ça peut induire, dans le fait que l’agression sexuelle soit un moteur de l’action « nécessaire » à la naissance d’un personnage fort, etc. Mais disons qu’au moins, au coeur de tout ça, il y a l’idée qu’une femme peut endosser un rôle de peronnage héroïque.
Bon ben dans Red White & Blue, on a un personnage dont la revanche consiste à contaminer des inconnus avec le VIH, puis à retomber immédiatement dans une posture de princesse à sauver, et dont on nous suggère que l’imprudence (voir le péché originel d’avoir été abusée) est le déclencheur à la crise de psycopathie de son mec qui finira par tuer tout le monde (et qui ne « sauvera » que sa tête emballée dans un sac poubelle).
Si c’est de la maladresse, c’est vraiment tarte, si c’est vraiment un film sur la conception du karma du réal, ça laisse un drôle de goût dans la bouche.

1
Ecureuiltriste.jpeg

Mais alors est-ce qu’il y a quelque chose à sauver ?

Malgré des performances assez diverses (Mark Senter en rocker beauf est absolument ridicule), certains acteurs accusent presque une surqualité d’interprétation par rapport à la péloche. Noah Taylor, plutôt habitué à Hollywood -et à Game of Thrones, où il joue à peu près le même rôle avec la même gueule, en mieux-, surnage loin au-dessus de la mêlée. Amanda Fueller, elle, à un peu l’air de s’en foutre mais colle plutôt bien à l’ingratitude crasse de son rôle.
Si vous êtes fanas de la Transnistrie en Novembre, vous aimerez sans doute l’ambiance lente et pesante, la shaky-cam qui filme à hauteur de trous de nez et les filtres marron dégueux qui te montrent que le Texas des underdogs c’est l’enfer baby tavu.

4
Le directeur de casting a fait une bonne blague.

Pour être franc, le film ne vire quasiment jamais dans la réalisation nanarde. Techniquement, c’est plutôt un peu laid, mais franchement pas plus que beaucoup de films primés dans des grands festivals mainstream. Le film est desservi par une volonté d’en faire trop comme si les frères Dardenne avaient pris des calmants coupés à la sciure, mais il ne franchit jamais la ligne qui l’emmènerait vers le n’importe quoi technique (pas de litres de sang, pas de cadavres en mousse ou en plâtre, pas de found foutage dégueu, pas de trucs qui explosent alors qu’ils ne devraient pas).

Alors, est-ce que c’est nul ?

6
Il y a un genre de sous-texte maladroit sur le fait que le nationalisme et donc la guerre en Irak, ça transforme les gens en monstres, tout ça tout ça. C’est évacué tellement loin dans le scénar que c’en est presque gênant.

C’est délicat. Pour qui cherche du glauque/gore de base, où simplement un thriller dégueu, il n’y a pas de raison particuliè-re de repartir frustré : c’est sale, ça poisse, et la bassine à cadavre déborde quand le générique de fin défile. Techniquement, c’est pas folichon, mais ça tient à peu près la route.

Par contre, le fond m’a retourné l’estomac, mais quelque chose de bien. Si la volonté était de trouver le pitch le plus glauque possible et de le traiter de la manière la plus glauque imaginable, bravo, l’exercice de style est réussi, même si ça manque un peu de handicapés mentaux consanguins et de racisme pour fonctionner à plein régime. Cancer, viol, sida, pédophilie, décapitation, Texas, surtout : ne pas trop en faire, ça pourrait se voir.
Red, White and Plus n’est pas complètement nul, d’accord. Vain et inutile, par contre, je crois qu’on peut en débattre.

7
« Oops I did it again, désolé Jaime »

P.S : il n’y a aucun moyen de voir Red White & Blue en France à ma connaissance. Je ne l’ai donc pas vu.
* « By Sapphire »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s