Liberté, Egalité, Choucroute (1984)

En général, quand on entend parler de l’Irak aux nouvelles, c’est pas pour annoncer une bonne nouvelle, et ces derniers mois ne font pas exception. Il faut au moins remonter à 1984 pour trouver une vision relativement glorieuse et opulente de Badgad, vision opulente et glorieuse qui constitue l’étonnante ouverture du film Liberté, Egalité, Choucroute un peu de la même manière que ce paragraphe constitue une introduction opulente et glorieuse au dernier film réalisé par Jean Yanne. (après il a rejoint les Grosses Têtes : le début de la fin)

CoverChoucroute

Printemps 1789, Bagdad. Le calife Shazaman al Rachid (Jean Poiret) s’ennuie et désespère de trouver une nouvelle machine de torture pour remplacer le pal vieillissant. Son vizir, Raymond Ben Mousmoul (Daniel Prévost en roue libre) lui propose un voyage à Paris au Salon du Bourreau où un certain M.Guillotin vient présenter sa nouvelle invention. Emmenant Shéhérazade (Catherine Alric) dans ses valises, il s’envole donc vers une France agitée par la fièvre révolutionnaire.

La partie arabe de pacotille est étrangement mieux faite que la partie Paris de pacotille.
La partie arabe de pacotille est étrangement mieux faite que la partie Paris de pacotille.

A Paris, le tyrannique patron de presse Marat (Jean Yanne lui-même) complote contre l’aristocratie tout en maltraitant ses employés, dont fait partie Charlotte Corday (Mimi Coutelier, épouse de Jean Yanne reconvertie dans l’immobilier pour stars). Alors que les « socialistes » Danton, Robespierre et compagnie (on reconnaîtra un jeune Gérard Darmon ou l’improbable Olivier de Kersauson dans le tas) sont partisans de réformes molles qu’ils se proposent aimablement de mener entre deux cocktails au night club « La Bastille », Marat est un partisan de la méthode dure et manipule les Sans-Culottes (dont un Paul Préboist qui cabotine tellement qu’ion dirait qu’il se fout ouvertement de la gueule du film) pour déclencher une révolution violente.

Des aristocrates qui font du rap lol ptdr
Des aristocrates qui font du rap lol ptdr

Le reste est une interprétation assez aléatoire des événements de la Révolution, prétexte à tout un tas de gags plus ou moins inspirés dont un nombre significatif implique de faire semblant de parler arabe et de dérouler des petits rôles distribués à des andouilles reconnaissables pour le spectateur moyen de l’époque : Darry Cowl, Ursula Andress, Gerard Hernandez… Bien entendu, film de Yanne oblige, on enquille les allusions à la politique de l’époque, en particulier les considérations sur la naissance de la gauche caviar, le tournant de la rigueur ou l’immigration. Avec moins d’inspiration, cependant, qu’à l’époque où la droite était au pouvoir.

Shéhérazade, Marat et un sans-culotte.
Shéhérazade, Marat et un sans-culotte.

J’aime bien Jean Yanne, même si sa carrière est pour le moins inégale. Capable d’être un bon gros bourrin beauf autant qu’un metteur en scène de génie, il n’y en avait pas 50 comme lui pour mener des projets aussi dingues que « Les Chinois à Paris » ou « Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ ». Jamais au diapason de l’humour du moment, toujours frontal sur les sujets non consensuels, capable d’attaquer tout le monde avec la même férocité, tout en restant étrangement potache.

Ceci dit, on peut pas gagner à tous les coups. Liberté, Egalité, Choucroute n’est pas à proprement parler un mauvais film. Jean Yanne applique une recette qui marche, et qui a déjà marché dans pas mal de ses autres travaux : des anachronismes, des gags un peu cartoon, des personnages pleutres évoquant vaguement l’actualité, des accents bizarres, du cynisme et des chansons loufoques. Certaines séquences marchent parfaitement (Darry Cowl qui écrit la marseillaise, l’assassinat de Marat, le salon des bourreaux, la chanson de fin qui sample carrément ghostbusters), alors que d’autres n’en finissent plus de s’enfoncer dans l’approximation et le n’importe quoi. Pas mal de séquences semblent totalement improvisées, et pas dans le bon sens du terme. L’intrigue se traîne, la fin est interminable et assez convenue, et la plupart des acteurs sont mauvais comme des cochons, rendant le visionnage de certaines séquences plutôt poussives (Louis XVI bredouille son texte tel le collégien dans une pièce de fin d’année). Et certains gags sont d’une longueur et d’une lourdeur un peu awkward. ok c’est très amusant des aristocrate qui font du hip-hop, mais est-on obligé de le montrer pendant trois minutes non stop et sans commentaire ?

Gag littéral, probablement le moment le plus drôle du film.
Gag littéral, probablement le moment le plus drôle du film.

Liberté, Egalité, Choucroute donne l’impression tristounette d’une bande d’acteurs, un peu toujours les mêmes, qui font la même blague pour la cinquième ou sixième fois, sans y croire des masses. Ok, ça rappelle les fous-rires des films passés de Jean Yanne, mais c’est aussi une péloche crépusculaire : il n’a pas refait de films après celui-ci, et c’est probablement pour le mieux, il était sur le point de faire celui de trop.

Liberté, Egalité, Choucroute n’est disponible ni en DVD, ni en VOD : je ne l’ai donc pas vu.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s