Au Service de Satan (2004), où comment j’ai regardé un tueur en série marrant buter une bande de mongolitos.

Il aura fallu que je traîne sur Wikipedia à la recherche d’info sur ce film obscur pour me faire exploser à la gueule par une notion socioculturelle qui a chamboulé ma perception de l’art, voire de la vie en générale : la notion d’œuvre semi-culte (semi cult following). En gros, les œuvres qui deviennent une référence pour ceux qui les ont vus, mais qui sont paisiblement ignorés par le reste de la population. Pulp Fiction, c’est culte, Executive Koala, c’est semi-culte.

Poster_of_the_movie_Satan's_Little_Helper

Et bien que ça soit probablement la première et la dernière fois que je suis amené à débattre de cette notion, je dois dire que le qualificatif me paraît un peu foireux concernant Satan’s Little Helper. Je comprends assez bien qu’on ressente une forme d’attachement pour ce film, mais je ne suis pas absolument persuadé que plus de vingt personnes sur Terre l’aient véritablement regardé en entier, et qu’au moins dix d’entre elles en aient retenu quoi que ce soit.

Mais eh, vous me connaissez. Journalisme de l’extrême, insomnies, lancer un film complètement au hasard tiré des entrailles de mon backlog et écrire dessus. 30 ans, une vie, encore mieux résumée que dans ce sympathique bouquin toujours en vente dans toutes les bonnes charcuteries. Alors jouons le jeu, semi-culte, voyons-ça.

Même si j’admire le fait de faire tout un film sur un calembour idiot, nous nous référerons ici au titre français « Au service de Satan« , qui a le mérite de survendre le côté horreur, alors qu’on va surtout assister à une comédie stoner-gore pour enfants (ok, c’est horrible en soi). Perso, si j’avais du traduire le titre en gardant l’esprit original, j’aurais sans doute opté pour un truc du genre « Petit Concon Noël » -mais bon ça aurait aucun sens, ça se passe pas à Noël- ou « Satan Bête ». Ou alors « Halloween-win situation », je sais pas.

Bref.

Au Service de Satan est l’ultime film de Jeff Lieberman (il est pas mort, mais semble à la retraite depuis), cinéaste B/Z resté coincé à l’époque de l’âge d’or de la VHS et coupable entres autres du script de l’Histoire sans Fin 3 à la suite duquel la honte l’a précipité à se réfugier dans un ashram pendant 10 ans avant de sortir de sa retraite fou et malade pour réaliser Au Service de Satan (version romancée, la version plus probable étant qu’il était à court de coke ou qu’il a reçu des impôts un peu salés). Le film aligne une galerie d’inconnus, une jeune première de 26 ans supposée jouer une adolescente et qui aura une longue carrière de Viking devant elle, un Stephen Graham jeune et mal à l’aise avec ses cheveux qui n’est pas le Stephen Graham qu’on voit dans plein de films anglais , une actrice à la carrière déclinant telle une météorite, et des figurants énervants.

Goofs : Les familles incestueuses  produisent assez rarement ce genre de physique.
Incohérence majeure : Les familles de drogués incestueuses et isolées produisent assez rarement ce genre de physique.

Oh, et un gamin. Les gamins, au cinéma, a fortiori dans les films de genre. Je ne sais pas où ils vont les chercher, mais neuf fois sur dix, ils redéfinissent les bornes du concept de tête à gnon et ne font plus jamais de film après. Là, ça ne rate pas, on nous sert un héros (les films d’épouvante sont rarement gamin-centrics, d’ailleurs) laid comme un pou, qui joue avec la bouche ouverte, la lèvre molle, sorte de fusion dégoutante entre Harry Potter et Edouardo Pisani. Ce moutard est répugnant, et il sera à l’écran l’essentiel du film.

Empathie.
Empathie.

Je n’ai pas, vous l’aurez noté, pointé cet enfant-acteur tout nul comme un défaut. En effet, son côté horriblement agaçant et parfois dérangeant dans l’ampleur de sa connerie va contribuer à un procédé involontaire, mais rare : la transformation du tueur du film en créature éminemment sympathique dont on espère bien qu’il va réussir à liquider l’ensemble du casting en leur faisant le plus mal possible. Parce qu’ils sont super pénibles et que lui est plutôt chilly.

Je brûle un peu les étapes. Au Service de Satan, c’est avant tout une histoire pleine d’absence de rebondissements. C’est le jour d’Halloween sur la petite île de chaispasquoi (mais c’est une île voilà, on peut pas y aller sauf en hélico, d’où peur, bouh). Le petit Douglas -notre tête à claque- est un accro aux jeux vidéos (c’est mal), amoureux fou de sa grande sœur (cherchez pas, c’est le côté insulaire), qui passe ses journées à jouer à « Satan’s Little helper », un jeu vidéo réalisé avec des diapositives MS Paint où on doit faire de mauvaises actions pour aider le diable à triompher. Déguisé en diablotin, donc, il va passer la soirée avec sa sœur (qui pourrait presque être sa mère), son petit ami (pauvre Stephen « not the british actor » Graham), et sa maman (une vieille folle « tout le temps stone » comme si c’était une excuse pour jouer aussi mal).
Ah oui parce que sans explications particulière de la part du scénariste, il est établi que la plupart des adultes sont tout le temps « stone » sur cette île, du coup, ils remarquent pas les trucs bizarres autour d’eux.
Au bout de dix minutes, t’as déjà envie d’enterrer toute cette clique de mongoliens sous dix tonnes de déchets dangereux. Les personnages font et disent n’importe quoi, ne bitent pas une seconde ce qui leur arrive, sont lents et mous, et baignent dans une ambiance mi-incestueuse mi-plouc dans des décors qui évoquent assez farouchement le début des années 90, comme si le réalisateur avait remonté le temps pour filmer Miquelon-Langlade en train de fêter la réélection de Mitterand tout en essayant de nous vendre un truc se déroulant en 2004.

Avez vous liquidé votre backlog GBA ?
Avez vous liquidé votre backlog GBA ?

Le même jour, le psychopathe incendiaire local est bien entendu remis en liberté et commence, déguisé en Satan, à tuer des gens pour de vrai sur l’île.
Suite à un imbroglio complètement basé sur le fait que Douglas soit manifestement attardé, ce dernier va croire que le tueur est VRAIMENT le Diable, et à traîner joyeusement avec lui pendant qu’il commet des meurtres. A noter que selon les moments du film, le petit semble conscient que c’est un jeu, et à d’autres pas du tout. N’y voyez pas une analyse profonde de la psychologie infantile, mais plutôt d’énormes erreurs dans le ficelage du scénar.

Pendant une heure et quelques, le tueur va donc déambuler dans une ville de débiles légers incapables de différencier une vraie pendaison d’une mise en scène, et dézinguer la moitié du casting en se faisant passer pour diverses personnes pour brouiller les pistes de manière tout sauf subtile. Mais dès le troisième meurtre, une bande de maboules va commencer à piller et à brûler le bled en étant persuadés que c’est la fin du monde. La encore, les habitants semble coup à coup persuadés que les meurtres sont faux puis que les meurtres sont vrais, mais là encore, faut pas trop chercher de cohérence.

Les tronches des figurants ne sont pas franchement mémorables, malgré les efforts de costumes et de grimaces.
Les tronches des figurants ne sont pas franchement mémorables, malgré les efforts de costumes et de grimaces.

Tout ceci sera entrecoupé de quasi agressions sexuelles (à moitié consenties par la grande-sœur parce que persuadée que perpétrée par son copain -ah bah ça va alors- insulaire on vous dit), de gens étripés vifs, ou emballés dans du film alimentaire, ou découpés pour tracer des smileys de sang, ou juste tués à coup de pelle, notre tueur fou ayant un mal manifeste à fixer un mode opératoire. Peut-être parce qu’il est trop occupé à ne pas énucléer le petit crétin qui l’accompagne en hurlant « vas y, Satan, emmène-moi en enfer » !

Sexe oral habillé à travers un gros masque de latex. La pudibonderie américaine m'étonnera toujours
Sexe oral habillé à travers un gros masque de latex. La pudibonderie américaine m’étonnera toujours

Le film opère un renversement spectaculaire sur la fin : une scène de bal qui verse quasiment dans la comédie d’horreur, le tueur qui commence à faire des doigts aux passants, puis qui se déguise en Jésus pour mettre à bien un plan vraiment inutilement compliqué, puis divers retournement finaux qui virent à un home invasion façon Surprise-sur-prises, et une conclusion ouverte d’une connerie totale. On sent presque le réal balancer le scénar en l’air en hurlant qu’on a qu’a pas tourner les vingt dernières pages et que finir par un fondu au noir sur n’importe quoi suffira amplement, vu le destin auquel est promis le film -semi culte, on vous dit-

Sous le *pouet pouet* de Satan
Sous le *pouet pouet* de Satan

Est-ce que j’avais vraiment besoin de m’infliger ça pendant une heure trente de ma vie qui ne reviendra jamais ? J’aimerais vous répondre non, tellement les questions rhétorique me foutent la pression, mais je vais quand même braver la logique et répondre par une autre question comme un vieux rabbin jeanfoutre : est-ce que c’était si mauvais que ça ?

Si certains ont qualifié Au Service de Satan de semi cult, c’est parce qu’il est à certains égards assez unique. Difficile à situer dans le temps et dans l’espace, le film a l’air de se passer n’importe quand sauf au début des années 2000. Le grain de l’image, très DTVHS 80’s, les fringues, les coiffures et les costumes très 90’s, les décors moches et gris quand même bardés d’éléments naïfs et fluo, le faux sang et les faux boyaux qui évoquent du sirop de grenadine, les acteurs à côté de la plaque, les péripéties improbables étirées dans tous les sens, les personnages adultes qui évoluent défoncés et hagards… Le film a un côté bizarre, raté certes mais raté d’une manière insolite. Vous préparez une omelette, et c’est un mauvais gaspacho qui sort de la cocotte, avouez que c’est pas piqué des vers.

7
Des blagues de Drag-queen, comme si on était vraiment dans les Guignols de l’Info sous le premier mandat de Chirac.

Les personnages dans Au Service de Satan sont tellement cons qu’ils finissent par créer un atout inatendu à la péloche à mesure qu’elle commence à verser dans la pure comédie involontaire : le tueur en série masqué apparait progressivement comme un petit gars super sympa. Se foutant ouvertement de la gueule de cette bande de caves, multipliant les facéties et les pantalonnades, il traverse le film comme une sorte de commentateur muet de la vacuité des autres. On devient complice de sa cavale meurtrière en slow motion, en se demandant pourquoi, au fond, il faudrait vraiment être opposé à ses actions. Tuer des gens, c’est mal, ok, mais quand ils sont super énervants ?

Les tripes sont assez clairement des bouts de tuyaux en plastoc rempli de colorant rouge fluo (comme ceux d'une vraie personne, si j'en crois la plupart des films vus ces vingt dernières années)
Les tripes sont assez clairement des bouts de tuyaux en plastoc rempli de colorant rouge fluo (comme ceux d’une vraie personne, si j’en crois la plupart des films vus ces vingt dernières années)

Puisqu’ils sont sur cette île tous idiots, et trop bêtes pour arriver à l’arrêter alors qu’ils laisse 200 preuves par meurtre et se déplace à deux à l’heure, après tout, pourquoi le contrarier ? C’est le seul à faire ce que le spectateur agacé voudrait faire avec tous ces guignols geignards : libérer ses pulsions meurtrières, arracher les personnages ratés du scénario et les clouer sur la tête du réalisateur en lui demandant de s’expliquer. Plutôt qu’un slasher, nous voilà face à un insolite navet de clown tueur cabotin. L’Evil clown est un genre qui semble voué à être complètement raté et ringard en soi, sauf quand dans le cas qui nous occupe le réalisateur semble avoir fini par en arriver là un peu au pif, sans trop savoir où il allait.

La fin du film lâche la bride au nawak le plus complet.
La fin du film lâche la bride au nawak le plus complet.

A noter aussi la présence des habituels plans-nichons inutiles, un cunni pratiqué par un type masqué dont on se demande bien comment il a fait (ARE YOU A WIZARD SATAN), et diverses scènes du même ordre qui nous rappellent pourquoi la plupart du temps, les personnages principaux des films d’horreur ne sont pas des enfants de moins de douze ans.

Mwo tro mignon
Mwo tro mignon

Au Service de Satan est disponible un peu partout en DVD pour le prix de deux cafés et inédit en VOD. Je laisse la question de savoir si ça les vaut aux historiens du cinéma.

 

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