De Jeunes auteurs Mödernes 3/5 : Publier c’est Facile.

Il y a celui qui n’écrit que des pavés tétralogiques de mille pages, et il y a celui qui n’écrit que des nouvelles de deux pages.
Il y a celui qui ne fait que de la SF, et celui qui enchaîne de la romance jeunesse et du harde-crade adulte comme si de rien n’était.
Il y a celui qui écrit pour un public, et celui qui n’écrit que pour lui.
Il y a celui qui pond douze manuscrits par ans et celui qui en sort un tous les douze ans.
Il y a celui qui finit tout et celui qui ne finit rien.
Il y a celui qui s’adapte aux tendances, et celui qui s’en fout.
Il y a celui qui veut absolument en vivre, et celui qui n’a même pas envie d’être payé pour ça.
Il y a celui qui cherche la gloire, et celui qui cherche à rester dans l’ombre.
Il y a celui qui a un plan, et celui qui ne sait même pas pourquoi il écrit.
Il y a celui qui a une fanbase, et celui qui fuit le fandom.
Il y a celui qui aime dédicacer, et celui que ça terrorise.
Il y a celui qui est toujours content de son premier jet, et celui qui renvoie cinquante fois ses corrections en pleurant.
Il y a celui qui aime la critique, et celui qui trop fier pour ça.
Il y a celui qui lit les livres des copains, et celui qui ne lit que des livres d’inconnus.
Il y a celui qui a une routine d’écriture quasiment sacrée, et celui qui pourrait écrire dans le train avec une chorale de roumains qui jouent de l’accordéon.
Il y a celui qui a des idées mais pas de style, et celui qui a du style mais pas d’idées.
Il y a celui qui voit la publication comme le but de sa vie, et celui qui s’accomode très bien de faire dormir ses manuscrits dans un grenier.
Il y a le petit boutonneux qui écrit des fanfictions et le vieux sage qui raconte sa vie.
Il y a celui qui live-tweet ses corrections en prenant des photos sur Instagram de ses tasses de café et celui qui écrit offline sur son vieux 486DX avec Windows 3.1.

Il y a autant de littérature que d’écrivains.

Mais

Il y a l’éditeur qui publie de tout sans ligne précise et celui qui ne publie que des romans qui parlent de pisciculture aux USA.
Il y a l’éditeur qui a un plan hyper carré jusqu’en 2020, et celui qui est capable de bouleverser son planning sur un coup de coeur.
Il y a celui qui sous-traite tout de la fabrication à la distribution, et celui qui va porter ses bouquins en personne, à pied et avec un gros sac à dos.
Il y a celui qui a trop de moyens et va se payer un peintre connu pour la couverture, et celui qui est tellement fauché qu’il va mettre les dessins de sa gamine en illustration.
Il y a celui qui a un guide de soumission de manuscrit long comme le bras à base de reliure et de quadruple interligne, et celui qui veut juste un truc correctement mis en forme balancé par mail à editeur@infonie.com
Il y a celui qui est professionnel et celui qui est associatif (et celui qu’on sait pas bien c’est pas clair).
Il y a celui en publie dix par mois et celui qui en publie dix par an.
Il y a celui qui bichonne ses auteurs et celui qui les traite comme des variables.
Il y a celui qui travaille chaque clause avec soin, et celui qui se contente de faire signer des contrats types.
Il y a celui qui tire a 10 000 exemplaires et celui qui tire à 250.
Il y a celui qui répond à tous les manuscrits, et celui qui dit sur son site qu’il n’a pas les moyens de le faire.
Il y a celui qui gère sa compta en extérieur, et celui qui fait ses comptes de boutiquier.
Il y a celui qui pourrait entrer au paradis sans montrer son bilan karma et celui qui a déjà fait couler trois boîtes à la gestion frauduleuse.
Il y a autant de façons de publier que d’éditeurs.

Et

Il y a l’appel à texte d’éditeur pour ses futures sorties, et celui de la mairie de Plougastel-sur-Yvette pour le concours du club de sa maison de retraite.
Il y a l’appel à texte de la revue prestigieuse et celui de la feuille de chou d’une gentille association de nerd.
Il y a l’appel à texte ou les orgas battent le rappel en coeur pour avoir plus de textes, et celui qui est tellement confidentiel que seuls les parents des orgas ont participé.
Il y a l’appel à texte où on est remercié de sa participation, et celui où il faut payer pour participer.
Il y a le petit appel à texte associatif qui débouchera sur une superbe anthologie papier avec contrat d’édition, et l’énorme appel de crowdsourcing de boîtes multimillionnaires qui sont en fait de la pige/crowdsourcing déguisée payée en “visibilité réseau” qui débouchera sur un post sur Démotivateur.
Il y a l’appel à texte athématique à votre bon coeur, et l’appel à texte à l’énoncé si précis que le texte est quasiment déjà écrit.
Il y a l’appel à texte qui en devient trois tellement il y a de réponses formidables, et l’appel à texte annulé faute de participants qui n’écrivent pas en SMS.
Il y a l’appel à texte ponctuel et l’appel à texte permanent.
Il y a l’appel à texte où on te répond le lendemain et l’appel à texte où on te répond l’année suivante et où tu sais même plus ce dont il est question.
Il y a l’appel à texte où les organisateurs ont l’air passionnés, rassemblés et ravis, et l’appel à texte qui ne génère qu’engueulades, malaise et embrouilles.
Il y a l’appel à texte avec des relecteurs et des illustrateurs à la pelle dont le boulot défonce presque du travail éditorial pro, et des appels à texte qui finissent dans un post wordpress tout pourri sans relecture ni corrections.
Il y a l’appel à texte quasi-pro ou on te laisse le droit sur tes textes, et l’appel à texte quasi-amateur ou on te dit que tu t’engages à ne pas proposer tes textes ailleurs même en cas de refus.
Il y a les appels à texte où juré craché sur la tête de leur mère tout est anonyme et toute personne reliée à moins de quatre degrés d’un organisateur ne peut pas participer et les appels à texte copinage ou au final les ⅔ des pages sont squattées par le juré et ses potes.
Il y a autant de concours que d’écrivains.


C’est facile, de se faire publier quelque part, au final.

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