Brown Zemmour Sugar

Préambule : ça sera mon seul et unique article foooooorever à propos de Zemmour, Dieudonné, etc. Parce qu’au fond, le sujet ne m’intéresse pas beaucoup. Il n’entrera pas dans les détails des thèses et argument de ces gens, car je considère que si vous êtes d’accord avec eux, c’est que vous êtes fous ou stupides, donc pas la peine de vous faire du mal, allez-vous faire biter ailleurs si vous êtes pas d’accord.

Pendant longtemps ces dernières années, j’ai été assez mal à l’aise quand le sujet « Zemmour » (ou Dieudonné, ou Soral, ou n’importe qui avec le même profil de troll médiatique d’extrême-droite) arrivait sur la table. Ca m’a toujours semblé un peu concon de commenter ce que disent ces gens, dont le gros du fond de commerce était de dire des trucs un peu mongoles pour servir de monstre de la semaine aux médias. C’est un mécanisme assez facile : t’invites le gars, il dit un truc affreux, tu fais genre t’es choqué, tu le réinvites quand même, et boum, quasi sans rien faire, on te retweete, on te zappingue, clash buzz etc.

En plus, je me sentais pas trop bien à l’aise à voir qu’un type comme Zemmour est pris au sérieux. Le gars, c’est quasiment un fonctionnaire de la Réaction qui avait genre quatre émissions et passait son temps à geindre contre le système qui oppresse les gens comme lui, la pensée unique et je ne sais quoi. J’ai tendance à penser qu’à la télévision, à peu de chose près, il n’y a pas de pensée du tout, mais si on prend l’ensemble du spectre des médias, faut quand même arrêter de jouer au con, des réacs, y’en a partout, tout le temps et à longueur d’antenne. L’enfant gâté qui se fait passer pour un gosse de favela parce qu’il y a pas assez de parfums sur sa glace à trois boules, bon.

J’étais pas très à l’aise parce que dans mon grand snobisme, j’ai toujours pensé que la meilleure attitude avec un Zemmour, c’était de pas l’écouter, pas plus qu’on écoute le vieil oncle raciste à table pendant les repas de famille. Vieil oncle qui ne vaut pas franchement la peine qu’on parle de lui quand on est pas obliger de se le fader, en plus. Quelque chose me chiffonnait quand même, comme si c’était pas bien d’ignorer ce genre de phénomène.

Et quoi que vous en pensiez, il est possible en 2015 de se construire un monde sans Zemmour, il suffit d’éviter les éditos du Figaro, les chaînes d’info, RTL et je sais pas trop quoi d’autre, disons les gros médias, mais honnêtement, rien de valeur ne sera perdu. (dans la même veine, j’ai pas la moindre idée de ce que fout Sarkozy en ce moment, et je crois pas que ça influence ma vie si négativement que ça).

Et puis il y a quelques temps, j’ai eu un genre de déclic, ça m’a mieux fait comprendre la situation. Je me suis dit que Zemmour, c’était une forme de drogue. Une drogue puissante, de la bonne grosse coke des famille, de la pure, de la 100% tamisée à la main en Colombie par des grosses paysannes et vendue par des cow-boys mexicains qui fument des havanes ou je sais pas quoi (je n’ai aucune connaissance particulière sur la cocaïne et son commerce, dans ma tête c’est un mélange entre Bearking Bad et Guacamelee).

Que Zemmour vende des livres, ça ne m’a jamais tellement surpris. De la même manière que chasiplusqui qui ne pouvait s’empêcher de regarder les condamnés à mort jetés du haut des remparts d’Athènes, plus un truc est ostensiblement dégueu, plus il va se vendre (pour peu que le tout soit backé par un éditeur qui a des contacts dans les médias). La meilleure façon de faire de l’audience, c’est de passer un débat entre un juif sioniste et un membre du KKK en prime time, avec une partouze de nains en décor de fond. La Jerry-Springerisation des médias, c’est la garantie totale que tout le monde sera devant (sauf les gens que ça dégoûte, mais c’est sans doute moins qu’on pense).

Bon, Zemmour vend des livres, c’est normal. Mais quand même, depuis quelques temps, on note une intensification du mec dans les médias, et un crescendo dans les propos. Comme s’il essayait de se faire concurrence à lui-même, voilà le bonhomme en train de défendre Pétain et la femme au foyer sur les plateaux, et, pas longtemps après, de sous-entendre des trucs sur le viol, la déportation, etc. Notez que ça marche aussi avec le sexe. J’aimerais faire une blague du genre « Zemmour va faire un livre avec Trierweiller » mais le Gorafi m’a devancé.

Je ne doute pas qu’il en pense une partie, mais je crois qu’au fond, c’est juste un dealer en train d’augmenter lentement la dose. Bien obligé, y’a plein d’autres dealers sur le marché, maintenant, c’est à croire que la coke est devenu l’aliment de base de la télé et de la radio. La télé court après Internet, c’est pas nouveau. Pendant un temps que les moins de 20 ans ne peuvent (sincèrement) pas connaître, il n’y avait pas tellement de trucs dégueux, choquants ou vraiment agressifs sur Internet. T’avais Rotten.com, des trucs comme ça, et des microcosme d’illuminés qu’il fallait vraiment chercher longtemps avant de tomber sur un gars qui te disait que c’était dommage qu’Hitler en ait loupé quelques uns. Maintenant, comme la télé s’est Jerry-Springerisé, l’Internet s’est Rottenisé. Les putes-à-clic ont passé le net au Napalm, et ont transformé l’essentiel du paysage émergé en cadavres, petits chiens mignons, crétins qui hurlent des trucs néonazis et classements Topito. Le reste de l’Internet survit dans des bunkers, ne vous inquiétez pas.

Zemmour, il y a dix ans, n’avait pas franchement de copycats. Il y avait un côté drôle quand un type comme ça venait te parler de masculinité avec sa gueule de Gargamel dessiné par Edika. Mais maintenant, à table, y’a plus que des gros oncles racistes bourrés, et ça doit être compliqué de se faire entendre.

Le gars est malin. Il sait qu’il a quand même de bons clients fidèles. Comme le gouvernement Iranien, qui n’hésite jamais à ouvrir le robinet à pétrole pour doper son économie, le type sait garder son nombreux public captif. Il a probablement décidé qu’il était assez bon pour rester au top du top du monstre de la semaine. Mais il pouvait décemment pas continuer à critiquer le rap et les dealers de téci. Fallait frapper plus fort, mettre plus de tabous et d’outrance dans ses propositions.

Le terrain étant favorable, ça a fonctionné à merveille. Hophophop Pétain, hophophop prendre les femmes sans les comprendre, etc. Force est de constater que le plan média était simple, mais efficace. Les rares endroits ou le mec était pas, on était quand même en train de parler de lui. C’est rare, dans ces belles années 10, un gars qui arrive à balancer un truc tellement rotten qu’il arrive encore à donner un shot de faux-scandale à l’ensemble des médias.

Mais ça fait longtemps que tout le monde se shoote avec des mauvais produits mal dosés et trop forts. Pas forcément des trucs racistes, mais n’importe quoi à base d’émotions. L’émotion, c’est la monnaie journalistique, maintenant. C’est pas pour rien que la plupart des sites pute-à-clic (et des sites d’infos tout court, de plus en plus) formulent tout leur titre sur le modèle « Vous ne croirez jamais ce que ce SDF a fait : sa cinquième action va vous faire pleurer ». Ou les listes, si possible des listes de conneries, parce que les conneries, ça donne des émotions. J’imagine que ça doit rapporter des sous, sinon le mec de Melty ne recevrait pas la Légion d’honneur avec le Colonel Reyel et le CEO de Topito en 2017. Je m’excuse auprès d’eux s’ils l’ont déjà.

Zemmour -je pense qu’il le sait-, pour exister, il va forcément falloir qu’il continue comme ça. Les autres font ça aussi. Dieudonné, c’est le roi de ce genre de trucs, mais la logique a ses limites : une fois que t’as fait monter des nazis sur scène et fait dire des trucs antisémites à ton gamin, je sais pas trop ce qu’il reste, à part commencer à gazer des tziganes dans ton garage.

Zemmour a de la marge, et je pense que ses prochains bouquins vont pleinement utiliser cette marge : réhabilitation de Mussolini, apologie claire et nette du viol, histoire positive des camps de concentration (sauf ceux des nazis), histoire positive des camps de concentration (même ceux des nazis), peine de mort pour les avorteuses, les diverses réussites morales de l’Allemagne nazie (en terme d’écologie, de médecine, c’est pas les angles qui manquent), un roman sur le complot des pédés pour détruire le monde, un appel à la croisade, réclamer le feu atomique sur les quartiers nord de Marseille, une sextape d’un threesome avec lui, Bachar-el-Assad et un mec du GUD, un exil en Erythrée pour devenir ministre d’Afewerki, un recueil de blagues sur le génocide au Rwanda…

J’extrapole un peu, mais attendez-vous à ce que le type augmente la dose jusqu’à ce que les gens s’en lassent. Ca risque de prendre un moment.

Peut-être que ça vous gonfle, que les médias, et pas mal de gens que vous connaissiez soient totalement accro à ce genre de trucs, comme ça peut vous gonfler d’avoir un toxico ou un alcoolique dans votre entourage. Bon, désolé, y’a pas grand chose à faire pour ça. On a pas encore trouvé de cure contre les shitty-news, je le crains.

Les seuls que vous pouvez vraiment sauver, c’est vous-mêmes. Vous savez, la première étape d’une thérapie, c’est de reconnaître qu’on a un problème (je pense, au fond je n’y connais rien non plus en thérapie). Alors, moi, quand on me parle de Zemmour, je me contente d’expliquer ma théorie débile qui ne convainc personne : dans moins de cinq ans, je suis totalement persuadé que Zemmour sort une biographie élogieuse de Goebbels. Si vous voulez, on en reparle à ce moment là (promesse non contractuelle).

A part ça, je dis non à la drogue, comme on disait quand j’étais petit dans les années 80/90, ou « dis-leur merde aux dealers » quand on était un branché du futur qui écoutait France Cartigny sur musicassette Sony (mais allez savoir, je n’y connais rien non plus dans ce qui était branché en 1987). Maintenant que j’ai compris que je ne refusais pas de parler des opinions d’un homme mais de me DROGUER avec de la DROGUE, j’ai fait la paix avec moi-même et j’emmène l’avenir vers le futur.

Sinon, ça a pas grand-chose à voir, mais c’est nettement plus cool, en ce moment je regarde des webséries depuis que j’ai commencé à lire ce blog. Par exemple, j’ai vu ce truc assez déprimant (mais drôle quand même) sur un abruti au fin fond de la Nouvelle-Ecosse qui essaye de devenir connu en faisant des vidéos sur Internet. Spoiler, non seulement ça ne fonctionne pas, mais en plus ça détruit sa vie. Ça prend 7 épisode, qui glissent progressivement du gag potache à l’horreur psychologique avec le plus gros #malaise imaginable. LE FLASHBACK FINAL EST SI EMOUVANT QUE VOUS N’ALLEZ PAS EN REVENIR.

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