Faut-il aimer Unbreakable Kimmy Schmidt ?

Série Netflix Original, n’a de ce fait ayant eu aucune autre promotion chez nous que le bouche à oreille et quelques tentatives du Community Manager de NetflixFR entre deux promotions bourrines de Mieux Vaudrait TeleSauler ou de Le Diable s’habille en Ray-Ban (je suis disponible pour du télétravail en tant qu’adaptateur au tarif de circa 30k€ net par an). La série a pourtant fait sensation aux USA, parce que Tina Fey, parce que cameos prestigieux, parce que a priori très positifs (justifiés) des « Netflix Original » depuis quelques années. Il y a encore peu de temps, une série abandonnée par un network qui aurait fini, mettons, sur Dailymotion, n’était probablement pas un signe très engageant quand à sa qualité intrinsèque. Aujourd’hui, c’est quasiment une sorte de bon présage.

kimmy-schmidt-netflix

De fait, Unbreakable Kimmy Schmidt ne ressemble à rien de connu, quitte à parfois à ne ressembler un peu à rien tout court.

Pour ceux qui auraient passé les quinze dernières années dans une cave, eh ben c’est ballot, mais vous allez probablement aimer ce paragraphe de pitch tout en appréciant mes immenses qualité de maître es transition. Unbreakable Kimmy Schmidt nous raconte l’extraordinaire histoire de Kimmy Schmit, duh, qui a passé les quinze dernières années enterrées dans le bunker d’une secte apocalyptique avec trois autres femmes avant d’être libérée et ramenée à la lumière avec des références culturelles et un niveau scolaire équivalent donc à celui d’une élève de quatrième à la fin des années 90. Parce qu’elle est genki et kawaii, Kimmy va choisir de ne pas retourner s’enterrer dans son bled pourri mais plutôt de découvrir New-York, et de s’installer illico avec un homosexuel noir (Titus) dans le sous-sol d’un immeuble tenu par une vieille folle et de devenir baby-sitter pour une milliardaire et…  Et on touche déjà un peu du doigt ce qui fait à la fois les immenses qualités et les défauts agaçants d’Unbreakable.

Unbreakable est déstabilisant. Le fond est plus sombre que pour un sitcom US moyen (on y parle de quelqu’un ayant passé quinze ans dans une secte et qui y a vécu des événements manifestement traumatisants), le ton est par contre largement moins cynique que dans la plupart des séries modernes (Kimmy est d’un optimisme si ravageur qu’elle passerait pour une béni oui-oui à Equestria), et malgré ça, la série est un peu empêtrée dans les problèmes récurrents des sitcoms de network, quand elle n’est pas maladroitement empêtrée dans des trucs encore plus problématiques.

tumblr_nl6hojopQ81r51r3ro4_400.gif.pagespeed.ce.lCdZETB_1khUTSFU4M8V

Bon, déjà, la série est drôle, pas de souci. Les deux premiers épisodes sont assez poussifs et confus, mais passés ces premières minutes laborieuses, Unbreakable est fun. On ne rit quasiment jamais à se taper le cul par terre, peut-être. Mais la bonne humeur ambiante, la joie communicative de Elie « ah oui la secrétaire rigolote dans The Office » Kemper et quelques excellentes trouvailles (souvent musicales et souvent amusantes) à chaque épisode suffisent à convaincre. Jamais excellent, mais toujours chouette.

Et puis il y a tout ce qui fonctionne moins bien. Alors qu’Arrested Development Saison 4 ou Orange is the New Black faisaient souvent fi des carcans narratifs martelés par la télévision, Unbreakable est avant tout un sitcom d’un classicisme formel presque déroutant. Trois Actes, deux sous-intrigues par épisode, une morale à la fin, des lieux fixes, des situations vues et revues et des gimmicks qui tombent tellement souvent que ça en devient presque gênant (à chaque scène sa blague sur les années 90, à chaque épisode sa sous intrigue ou Titus le colocataire échoue à une audition, à chaque personnage ses trois traits de caractères répétés toutes les deux minutes comme si on ne pouvait pas s’en souvenir *). Unbreakable a été refusé par les networks, mais n’en est pas pour autant devenu autre chose. L’ensemble du propos est véritablement alourdi par cette rigidité confortable, mais immanquablement chiante. On échappe de peu aux trois caméras fixes et à la boîte à meuh.

tumblr_nls5kg6yOy1qi4p4vo1_400 tumblr_nls5kg6yOy1qi4p4vo2_400

Et puis il y a ces moments, très gênants, où Unbreakable Kimmy Schmidt oublie complètement son sujet (comment se réadapter après avoir passé quinze ans dans une secte), oubliant parfois carrément son propos pour se perdre dans tout un tas de blagues ethnico-sexo-chic de mauvais goût qui sont devenues un incontournable de toutes les séries américaines depuis dix ans. C’est bien de faire des blagues sur les homos et les noirs. C’est mieux quand elles sont drôles ou que c’est plus ou moins intégré dans le propos de la série. Les auteurs du show semblent d’ailleurs  avoir pour une raison ou une autre considéré que les asiatiques étaient une cible particulièrement drôle. Tout y passe : les asiatiques parlent bizarrement, ont peur des blancs, dorment dans des placards, leur prénom veut dire Penis (LOL), sont bons en maths, aiment faire du vélo. Come on, je sais bien que l’axiome (attention lien NSFW même 20 ans après avoir été écrit) Jap=Jew est toujours aussi joyeusement exploité partout, et je suis le premier à rire aux photos de Chinois qui dorment dans les bibliothèques, mais sérieusement ? On ne peut pas faire mieux que ça ? A peine si on échappe aux blagues sur la taille du pénis ou à « honolable étlanger ». C’est toujours ce fichu problème de cette série : les personnages sont si parfaitement monolithiques qu’il n’y a aucune place laissée pour un contrepoids ou un approfondissement. Oui, c’est possible de faire un personnage asiatique stéréotypé sans que que ça pose autant de problème. Il suffit qu’il soit bien écrit, ou qu’il ne soit pas que sa caractéristique principale. Chang dans Community, tout ça (ou même le nain dans 2 Broke Girls, pour taper un peu plus bas niveau qualité). DONC BON, petite entracte musicale si vous voulez bien~

Rassurez-vous, je ne me suis pas retrouvé brutalement transformé en parangon de l’humour politicalement javelisé. L’humour ethnique, ça me fait beaucoup rire, tant qu’on est bien sûr que c’est pour rire. Et je n’ai aucun doute sur le fait que Unbreakable Kimmy Schmidt soit un show exempt de toutes volontés d’être blessant. Il est en fait assez consensuel, et il serait parfaitement à côté de la plaque de le taxer de racisme. Mais a force d’aller fouiller partout sauf dans son sujet central, il accumule les maladresses, comme avec ce moment (mini-spoiler) où on apprend que l’employeuse (blanche et blonde) de Kimmy est d’origine amérindienne. Le show a beau y mettre de la bonne volonté, ça reste un grand moment de flottement sur fond de « oh mon dieu une série a fait une blague avec une blackredface en 2015 c’est quand même pas très drôle« , surtout quand la fin de saison fait une vanne sur le fait que les Native Americans soient souvent joués par des Mexicains à la télévision. Il doit y avoir un niveau d’ironie qui m’échappe.

unbreakable-kimmy-feat
C’est d’autant plus dommage que le show a certaines fulgurances (et aurait du s’en tenir là), comme l’épisode ou Titus, déguisé en Loup Garou, s’aperçoit qu’on le traite globalement mieux que quand il est noir. Ok, c’est drôle, c’est fin, c’est original, et ça peine à effacer les quinze blagues pénibles sur les minorités-qui-parlent-pas-anglais-lol.
J’ai pris l’exemple des blagues raciales parce que je suis une putaclik, mais il en va de même pour les références aux années 90. Qu’une ou deux fois par épisode, Kimmy cite des émission disparues ou des chanteurs à la mode quand elle était en quatrième, c’est marrant. Qu’on ait dix fois en dix minutes une références au fait qu’elle ne connaisse pas les téléphones modernes ou google, c’est un peu du cassoulet à la chantilly.
Et c’est surtout dommage qu’il faille attendre la quasi intégralité de la saison pour que soit traité enfin, et pas a maxima, la question du bunker ou Kimmy a vécu pendant quinze ans. Chaque épisode possède de très -trop- brefs flashbacks de la vie des quatre prisonnières durant leur captivité, et ce sont régulièrement les moments les plus drôles… Quasiment toujours évacués au profit de pitreries diverses et chronophages qui tournent en rond sans rien raconter.

aYJdIjm

Pendant dix épisodes entiers, la série n’arrive jamais à créer de dialogue pertinent entre les deux époques, et donne l’impression regrettable que finalement, être enfermé dans un bunker crasseux pendant quinze ans, ça n’a pas plus de conséquences qu’un vague retard technologique et une inadéquation sociale toute relative qui peut se régler en deux minutes. Kimmy aurait pu être dans le coma pendant quinze ans, ou au Zimbabwe, ou prisonnière en Corée du Nord, ou débarquée d’une autre planète, ou juste un peu conne sur les bords, et la série serait exactement la même pour une bonne moité de la saison, alors qu’elle n’est jamais aussi drôle que quand elle se frotte à son sujet central (à l’image de son générique loufoque et entraînant, auto-hommage des Gregory Brothers à leurs vidéos virales autotunées). Les trois derniers épisodes, par contre, abordent frontalement la question, ce sont de très très loin les plus drôles, grâce à deux caméos particulièrement spectaculaires que je vais éviter de vous spoiler ici, même si tout le monde sait bien que mettre Don Draper partout est totalement trendy.

Je sais que je suis trop dur avec Unbreakable Kimmy Schmidt. C’est une bonne sitcom, plutôt le haut du panier, même. Mais hey, vous savez la différence entre un élève dont on attendait un 11/20 qui a 14 et un élève qui a 18 de moyenne et qui vous rend une copie qui vaut 15 ? On félicite le premier, on engueule le deuxième. La vie est injuste avec les gens brillants, l’auteur de ces lignes pense savoir de quoi il parle. Il faut aimer cette série pour ce qu’elle est : un bon moment d’optimisme porté avec maestria par son interprète qui met un peu de temps à démarrer et possède quelques moments de gloires mêlés à quelques moments un peu malaise. C’est bien, mais ça aurait pu être génial. Coup de pot, c’est reconduit pour une saison 2. Et vu la qualité ascendante d’épisode en épisode sur cette saison 1, y’a de la bonne poilade en vue.

tumblr_nlc7dl4hbM1tfbtrwo1_400

Vous avez Netflix ? Regardez au moins quatre épisodes avant de formuler un jugement définitif. Vous ne l’avez pas ? Ne vous abonnez peut-être pas juste pour ça, ça finira bien par passer la nuit dans le désordre du Téva.

* C’est d’autant plus idiot que les séries Netflix sont taillées pour le Binge Watching, vu qu’ils envoient toute la purée d’un coup d’un seul.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s