S-Word Et Spectre Émotionnel

Il y a un peu plus d’un an, je me suis retrouvé, un peu malgré moi, un peu par ma propre faute, au cœur d’une semaine de folie. C’était pas très longtemps après un article passif-agressif sur la forme, mais dont je souscrivais à l’essentiel du fond, sur le sexisme chez les geeks. Complètement ignorant de la virulence que le débat suscitait, j‘avais rédigé une réponse dont j’étais persuadé qu’elle ne serait pas lue par grand monde. Pour expliquer ce qui me dérangeait (un peu) dans l’article). Lue, elle l’a été. Elle l’a été environ 10 ou 15 000 fois. Mon record quotidien de consultation sur ce blog, c’est suite à cette réponse. Sur le long terme, Toto 30 ans a fait plus de lecteurs. Mais ma réponse à Mar_Lar, ça a tiré dans tous les sens pendant une journée.

Quand j’ai commencé à me voir cité par d’obscurs connards, ou foutu au pilori par des gens avec qui j’étais d’accord, j’ai réalisé, n’entrons pas dans les détails, que mon article était sans doute au moins aussi contestable que le sien sur la forme. Quand au fond, j’ai expliqué dans deux autres articles les deux jours suivants ma position, beaucoup plus en détail. Ma position qui était que si le sexisme prolifère autant dans les "communauté geek", c’est aussi parce que, économiquement parlant, les gros rentiers du click comme Jeuxvidéo.com n’ont pas la capacité, et n’ont pas l’intérêt économique à niveler par le haut.

Personne n’a lu les deuxième et troisièmes articles. Quand je dis personne, je veux dire cinq à six fois moins de personnes que ceux qui ont trollé mes commentaires, et ce malgré la présence des liens en haut du premier billet. Normal, on est sur Internet. Mais ce n’est pas grave. Occasionnellement, on m’en reparle encore, et je me contente de renvoyer sur les articles #2 et #3 (c’est sans doute mieux si vous lisez tout ça, surtout le 3, avant d’aller plus loin). Ils sont le reflet exact de ce que je pense encore : internet est assez grand pour qu’on laisse ceux qui veulent bouffer de la merde la bouffer entre eux, et assez vaste pour qu’on puisse se créer un ghetto de gens intelligents. C’est une position sinistre et désespérée, mais mon autre argument étant que le capitalisme tel qu’il est actuellement pratiqué sur le web encourage les comportements ignobles, je ne vois pas TROP comment j’arriverai à réviser ma position. Mes fils d’actu Facebook n’ont jamais été aussi beaux que depuis que j’en ai viré tous les gens qui ne me plaisaient pas.

Depuis, j’ai appris un tas de truc. J’ai appris que j’étais "féministe intersectionnel". J’ai appris que dire que tout le monde, spécialement en France, était sexiste ou participait au sexisme (ce qui est ma position, vivant dans un milieu pro à 85% féminin et ultra-sexiste) était la certitude de dialogues de sourds mémorables. J’ai aussi appris qu’il était à peu près exclu d’avoir une conversation normale à ce sujet online, alors que je n’ai jamais rencontré la moindre once de problème "IRL". Le climat est extrêmement tendu.

Ce n'est pas l'objet de cet article, mais voilà une image d'un vieux Batman qui parle assez bien de la manière dont la fiction structure, ou essaye de structurer la pensée. Depuis Zaïon.

Ce n’est pas l’objet de cet article, mais voilà une image d’un vieux Batman qui parle assez bien de la manière dont la fiction structure, ou essaye de structurer la pensée. Depuis Zaïon. Ca a un rapport avec ce que je dis plus bas.

Mais depuis un an, j’ai aussi appris que des groupuscules homophobes, accrochés aux stéréotypes de genre comme une mouche à sa merde, capables de menacer, tabasser, utiliser des enfants en tête de manif, menacer des intellectuels, étaient capable de faire descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues, puis d’injecter des hoax dans la tête de parents consanguins pour leur faire croire que la grande Zaza allait venir masturber des bébés à la crèche. J’ai en fait appris une chose : mes concitoyens sont pour certains des demeurés liberticides, racistes et arriérés, et ça ne se limite pas à des connards mal élevés sur le Xbox Love Gold. Non pas que j’avais des illusions, hein. Mais je pensais qu’on en était plus là.

Et depuis, l’ambiance sexiste et hostile aux minorités (sexuelles ou non) ne s’est pas arrangée dans le cadre de mon travail. Encore une fois, majoritairement le fait de femmes entres elles (parce que dans ma branche, c’est difficile de faire autrement). Pour des raisons évidentes, vous ne m’en voudrez pas de ne pas détailler.

Et pourquoi je pensais qu’on en était plus là, au fait ? C’est suite à une lecture récente et à une conversation passablement bourré pendant un quiz sur les dessins animés des années 80 que j’ai vaguement compris pourquoi.

Revenons un peu sur la manière dont j’ai été élevé. Un papa un peu hippie d’un côté, et des femmes travailleuses et "fortes" de l’autre (ma maman et une tante). J’avais du côté paternel une conscience très à gauche, persuadée que la société doit tendre vers l’égalité des droits, et de l’autre la vision de femmes indépendantes au travail. Je ne me souviens pas qu’on m’ai appris autre chose que ça : les hommes et les femmes, et les autres, quelques soient leurs orientation sexuelles, doivent pouvoir faire ce qu’ils/elles veulent de leur vie. On m’a jamais empêché de regarder des trucs "pour les garçons" ni de regarder des trucs "pour les filles". A titre d’exemple, j’ai lu des Shojo assez tôt, on m’a jamais fait chier avec ça. Et d’un autre côté, petit, j’étais au Club Musclor. Bon, bref, vous voyez le topo.

10013255_760096180674886_1478769981_n

Mais on ne m’aurait pas laissé faire ça, je pense.

Revenons sur ce quiz de dessin animé ringards (j’ai gagné haut la main car les mélodies sont très bien rangées dans ma tête et je regardais vraiment beaucoup la télé, y compris "les dessins animés pour fille"). En discutant avec un ami qui était dans la même team que moi, nous nous sommes rendus compte que la plupart des personnes féminins dont nous nous souvenions (nos personnages favoris, en fait) étaient des personnages extrêmement badass, indépendants, dans des œuvres où les hommes apparaissaient comme des guignols menés à la baguette (Orange Road, n’importe quoi par Rumiko Takahashi, Attacker You !…), voire des personnages absents. Ça correspondait d’une part au type de modèle de mon quotidien (une femme qui exerce une activité sans que ça soit remis en question), c’étaient souvent des personnages bien écrit, et en plus, c’était souvent plus intéressant à suivre. Parce que très tôt -je ne parle qu’en ce qui me concerne- j’ai préféré suivre les personnages féminins que masculin. Les incarner aussi, par le biais du jeu vidéo. Dès que ça a été possible, j’ai toujours trouvé ça plus intéressant. Shepard est une femme, pitié, arrêtez de prétendre  le contraire.
Il s’agit probablement d’une recherche d’altérité, ou d’une sensibilité artistique, je ne sais pas. Toujours est-il que mes "modèles féminins de fiction", incarnés, regardés ou lus (Mathilda quand j’étais petit, Thursday Next maintenant), correspondent souvent à ce Trope de la femme indépendante avec un métier. C’est, sans rire, ce qui m’a fait lâcher la fantasy "mainstream" assez vite (j’essaye de m’y remettre un peu, là… Le nombre de personnages féminins ne se résumant pas à un simple trait de caractère ou à un archétype débile. C’était nettement moins marqué dans la SF, le Fantastique, voire la littérature blanche (sans déconner, hein, c’est au moins 40% de ce que je lis !).
Résumons ça comme ça : j’ai biberonné à l’égalité homme/femme. J’étais conscient que ce but était loin d’être atteint, mais je ne le vivais pas. Parce que, jusqu’à mon arrivée sur le marché du travail, je n’avais pas vraiment été confronté au sujet frontalement. Il me semblait absolument normal que mes connaissances filles fassent les études de leur choix, s’habillent comme elles le souhaite, couchent avec qui elle veulent. J’ai, en fait, été "bien élevé" de ce point de vue. Une fille ultra-sexy qui roule du cul a deux mètres de moi n’est pas une provocation (je dis pas que je regarde pas, hein), ni une incitation à quoi que ce soit. C’est juste une personne qui fait ce qu’elle veut et n’enfreint pas la loi. De mon point de vue, on pourrait tous vivre nus si on le souhaitait, et ceux qui seraient incapable de "se contenir" devraient nettoyer les égouts à la brosse à dents.
(j’ai une incapacité absolue à détecter les signaux sexuels, au fait. Si vous en avez après mon corps, merci de me l’écrire en recommandé en écrivant "NON IRONIQUE" en bas, souligné en rouge).
Je dois dire que, bien sûr, mes désillusions vont croissantes. Surtout depuis que j’ai fait la connaissance de tout un tas de gens qui ont vécu dans des pays nordiques, ou l’identité sexuelle des individus n’entre quasiment plus en ligne de compte dans la répartition sociale des rôles (ô surprise : ça fait 40 ans que c’est comme ça et LEURS SOCIETES SONT TOUJOURS DEBOUT). Les Français me semblent, du coup, être d’énormes douchebags. Je me demande bien ce que les étrangers en pensent.

Bon. Il y a peu, j’ai fait la lecture de ceci, j’en avais parlé, je crois :

Je ne reviens pas sur le contenu (c’est Chester Brown qui va aux putes, quoi), et surtout pas sur le débat de la prostitution en France (tempête de merde obligatoire). Mais j’ai longtemps réfléchi à une remarque d’un ami de Chester "Le Robot" Brown. "Ce type a un spectre émotionnel plus court que la moyenne". Brown n’analyse pas du tout la question de la prostitution d’un point de vue émotionnel. Il le fait comme une sorte de machines à emboîter des arguments logiques, froids, bizarrement détaché de lui-même, dans une (troooop) longue annexe à son bouquin.

Je ne vais bien entendu pas jouer l’insupportable comédie du "JE SUIS ASPERGER AIMEZ MOI", j’ai trop de noblesse (et de respect pour les autistes) pour ça. Mais force est de constater que depuis que je suis gamin, j’ai un problème complètement récurrent (que je combats, rassurez-vous) : quand je pense avoir la bonne attitude, ou adopter le bon comportement, ou avoir fait connaissance d’un bien culturel, j’ai tendance à généraliser le modèle à mes pairs comparables. Les gens qui me ressemblent (mettons les Français) devraient probablement considérer que les hommes et les femmes sont parfaitement égaux, puisque c’est ce qu’on m’a enseigné. De la même manière, j’ai du mal (même si je le SAIS) à emmagasiner le fait que des gens "semblables" à moi ne regardent pas les mêmes séries TV, n’aient pas le même parcours individuel ou la même façon de réagir face à un problème.

Quand des centaines de milliers de personnes ont défilé pour assimiler les homosexuels à des pédophiles (oui parce que nous voilons pas la face, c’est de ça qu’il s’agit, sinon ils militeraient aussi ouvertement pour la suppression du divorce), je suis tombé sur le cul parce que :
1) Je pensais que ces gens étaient une sorte de fiction réduite à un groupuscule de gens que je ne verrais jamais, surtout pas sous mes fenêtres
2) Je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait être contre le prioncipe du mariage homosexuel (puisqu’on m’avait appris que les gays et les hétéros se valaient : aucune raison de discriminer les premiers, sauf à considérer qu’ils étaient moins compétents -inférieurs- aux autres).
Or, bon, tout un tas de gens ont été élevés dans une forme d’intolérance. J’imagine que c’est légit de militer pour que ça ne soit plus le cas. Moi, ça me rend plus confus qu’autre chose : comment peut-on encore penser que l’égalité des droits civiques va changer quoi que ce soit (de négatif comme de vraiment positif) quand on est pas directement concerné ? Tant que toutes les personnes impliquées sont ok ?
"huuu gnagnangna mais les bébés ils ont pas choisi d’être élevé par des juifomoilluminati". Mais ta gueule, là encore, mon esprit se ferme. Tout ce que je vois, c’est que j’ai pas non plus choisi une famille monoparentalle hétérosexuelle, que mon pote d’enfance qui avait une famille nombreuse l’a pas choisie non plus, pas plus que celui qui avait des parents militaires et déménageait tout le temps, pas plus que celui qui était pauvre, pas plus que celui dont le père picolait. Je suis Lorrain de naissance.

Bref. Il en va de même pour l’égalité homme/femme. J’ai tellement peur d’être ambigu dans la vraie vie que dès qu’une personne de sexe féminin se trouve devant moi en situation professionnelle, je me la représente comme un pion froid et asexué que je traite comme mes autres pions froids et asexués. Je suis probablement le manager humain le moins à même de faire de l’innuendo sexuel que je connaisse. J’essaye (je n’y arrive probablement pas : remember, tout le monde est sexiste) de traiter tout le monde pareil.
Parce que bon, quand j’étais gamin, on me l’a collé dans le crâne (on a eu raison, je pense). Un homme et une femme devraient être payés pareil, avoir un enfant n’est pas une maladie, les pères devraient aussi prendre leurs congés, le genre d’une personne et son âge n’influent pas sur son recrutement, pas plus que la couleur de sa peau, etc. Par contre vos CV en Comic Sans, vous vous les gardez.
Et j’ai encore un mal incommensurable à comprendre les comportements de ceux pour qui ça ne va pas de soi. Ça me fige littéralement dans une incapacité à répondre du tac au tac (du moins ça a été le cas pendant longtemps). Mais c’est la même chose sur Internet, les propos de type "salope tavu" dès qu’une nana montre un bout de nichon, le slut-shaming, la pression des paires pour déclarer qu’untelle ou unetelle n’a pas le bon comportement social ou la bonne quantité de bébés, la lesbophobie, la biphobie ordinaire me plongent dans un état de sidération absolue, parce que je suis INCAPABLE DE LES COMPRENDRE.
Je me suis d’ailleurs (probablement instinctivement) adjoint un entourage restreint qui est plus ou moins clair sur ces questions. Tout simplement parce qu’un beauf ou un homophobe ne rentre pas vraiment dans le cercle de mes fréquentations envisageable. Ça serait vite le silence radio de ma part (tout trolling mis à part, je suis plus un "filtreur" qu’un "clasheur").
A l’inverse, je ne souscris pas à la campagne récente de "Si tu croises une meuf le soir, change de trottoir" exactement pour les mêmes raisons. N’ayant jamais eu une attitude menaçante (je suis probablement beaucoup trop timide pour demander mon chemin à une inconnue dans la rue), je ne me vois pas adapter mon comportement à celui des terroristes (la drague de rue, du simple sifflement à l’agression, est pour moi une forme de terrorisme). Probablement que derrière tout ça, il y a mon incapacité à me mettre à la place des victimes.
Peut-être que moi aussi, j’ai un "spectre émotionnel trop court".

1353356938010

Je me sens un peu comme ça, en fait.

En fait, un an après ces trois articles, je me rends compte que je suis probablement incapable de parler de ces questions parce que je suis incapable de comprendre comment on peut considérer que les hommes et les femmes ne sont PAS égaux. Sauf à avoir été éduqué comme ça et à ne pas avoir remis une seconde en question cet enseignement.
Ou alors, c’est cette question de "privilèges". Mais privilèges de quoi, de voir des meufs faire des gâteaux et de rester entre burnes musquées ? Pitié, c’est bon.
Même quand je ne considère la question que d’un point de vue technique et clinique, je me dis que la libération, l’égalité des droits et la sécurité des corps n’est de toutes façons que la société soit plus intéressante. Parce que la meuf de Orange Road qui jouait du Saxo, là, ou Lina Inverse elle vendent quand même un peu plus du rêve que les mères de Boule ou du Petit Nicolas. Qu’est-ce que t’as à gagner à conserver tes stéréotypes à la con ? Laisse les gens être comme ils ont envie, tu baiseras sans doute davantage au final. Et y’aura toujours des millions et des millions de personnes qui ressembleront à ton fantasme idéal.

J’ai raison de toutes façons alors vos gueules.

Cute Rat Musician

Admirab’lectures #2

Aujourd’hui,je décide de faire un peu de storytelling. Je suis malade, aphone, alors j’ai passé l’après midi à manger de l’angispray en lisant des BD dans mon canapé, en suant comme un veau. Récite de mes dernières lectures en illustrés.

The Red Monkey dans John Wesley Harding, de Joe Daly, L’Association

Sur l’échelle du génie et de l’awesome qui compte dix barreaux, le dessinateur Sud-Africain Joe Daly est au moins à 11-12. Je l’ai découvert avec son roman graphique de fantasy punk-absurde-décadent Dungeon Quest (lecture indispensable de la BD des années 2010). Mêlant dialogues urbains improbables, voyages stoners, scènes surréalistes et histoires complètement dingues mêlant humour noir, intrigues aléatoires et personnages héberlués, chaque page de Daly est un immense régal.

The Red Monkey, qui conte l’histoire improbable de deux branleurs, dont l’un muni de pieds de singes, lancés à la poursuite d’un rongeur géant dans des marécages, ne fait pas exception au parcours sans faute du bonhomme. Très vite, on bascule dans le polar, dans la SF, et surtout dans un n’importe quoi complètement délicieux ou chaque rebondissement ne semble logique qu’aux joyeux crétins qui peuplent les pages. C’est franchement indescriptible, à bien y réfléchir, mais c’est surtout foutrement indispensable.

Miss Clipart : "Une valeur sûre dans mon process qualité !"

Miss Clipart : "Une valeur sûre dans mon process qualité !"

Escales : Hong Kong, 1926, de Ephrem et Kiezkowski, Paquet

Couverture de Escales -2- Hong Kong, 1926

J’vais pas faire genre j’en ai retenu quoi que ce soit. L’héroïne est rousse. Y’a des histoires de sectes, de marins, de kidnappings, les gens font des blagues en courant dans tous les sens et, au milieu de la BD, je me suis rendu compte que c’était un tome 2.

M.Clipart : "Je heu."

M.Clipart : "Je heu."

Un Thé Pour Yumiko, par OBATA Fumio, Bayou

Yumiko, japonaise occidentalisée par une longue vie en Angleterre, doit retourner au pays à l’occasion d’un deuil. Commence alors un long processus d’introspection pour elle, et un long processus de random poetic bullshit pour le lecteur qui en a parfois un peu plein le dos de se fader pour la cent millième fois l’Histoire introspectivo-poétique d’un personnage lambda qui se branle le cerveau à chaque demi brun d’herbe qui tombe devant lui et que ça m’évoque quand mon grand-père patatipatata. Pour amateurs du genre et personnes absolument persuadées que la BD doit raconter des trucs tellement profonds et subtils pour être un vrai art tavu.

Les dessins sont jolis, sinon.

M.Clipart : "Réveillez-moi s'il se passe un truc".

M.Clipart : "Réveillez-moi s’il se passe un truc".

Une affaire de caractères, de François Ayroles, Delcourt

Un type qui transporte de la typo dans un camion a un accident, et échoue dans un village entièrement composé d’écrivains, de poètes et de fins lettrés. Il sera bien vite témoin d’étrange joutes oratoires, conversera avec des hurluberlus ne causant qu’en article encyclopédique, se retrouvera pris dans un imbroglio impliquant meurtres, vendeurs de livres ambulants et mots-croisés.

L’exercice de style pourrait être une énorme pantalonnade, mais au final, dans le genre Oulipo en bande-dessinées, ça se tient. Le style est assez dynamique (pour de la ligne claire qui sort jamais des clous, j’entends) et le scénar, à défaut de savoir ou il va, y va avec une conviction certaine.

Pas trop ma came, mais si vous cherchez un truc à la fois original dans la forme et classique dans le fond, ou que vous adorez la typo…

Ni Papyrus ni Comic Sans au programme.

Clipart-san : "Oui."

Clipart-san : "Oui."

Un Petit Livre oublié sur un banc, de Jim et Mig, Grand Angle

BD UN PETIT LIVRE OUBLIE SUR UN BANC

Je suis toujours un peu perplexe quand on touche à Jim et à sa monstrueuse biblio. C’est comme si le mec touchait à absolument TOUT ce que j’aime pas dans la BD. Livres de blague, SF Cheapos, BD politique, BD sur les métiers ou les situations de la vie, truc dont le synopsis semble tiré d’un Guillaume Musso (la présente BD rentre dans cette dernière catégorie). C’est même pas un repproche pour le gars, juste qu’on vit pas sur la même face de la Lune. Bon.

Reprenons. Qu’avons-nous ici ? Une fille trouve un livre abandonné sur un banc, qui va "changer sa vie" parce que dans une quête complètement con, elle va essayer de trouver pourquoi ce livre a été abandonné là. Et elle va parler à des gens très stéréotypés (un babos, une vieille, une punkette nympho…) et à son mec très stéréotypé (ounga ounga moi homme pas aimer lire vouloir regarder football) et ils parlent, ils parlent, ils parlent. Et ils parlent de quoi ? J’sais plus. D’un putain de livre abandonné sur un banc, quoi.

Les dessins peuvent avoir leur charme, pour ceux qui aiment les jolies filles tellement franco-belges que les pages sentent la frite belge et la marinière bretonne.

M.Clipart : "passez moi la compta et demandez leur un remboursement". "Vous n'avez pas payé, M.Clipart" "Même."

M.Clipart : "passez moi la compta et demandez leur un remboursement".
"Vous n’avez pas payé, M.Clipart"
"Même."

Amerika, de Robert Crumb, Cornélius

Recueil de divers travaux de Crumb depuis les années 60, dressant un portrait dégueu et contre-culturel de l’Amérique et de la ville de Détroit (son apogée, son déclin). Et tout ce que Crumb vomit dans son pays : les minorités, la majorité, la télévision, les magasins, le capitalisme, les hippies, l’extrême-droite, les gens normaux, les gens pas normaux, les flics, les militaires, les enfants, les voitures, lui-même. Par contre, du berceau au tombeau, un amour immodéré des femmes avec des gros culs.

Y’a pas grand chose à dire. Si on aime Crumb, on ne peut qu’adhérer à cet assemblage un peu hétéroclite pas très familier chez les seyantes éditions Cornélius. Si on aime pas… Bah y’a pas à ce forcer, c’est pas avec ces histoires courtes qu’on va rentrer dedans.

Clipart-san : "Oui, encoru moi. Je fais des heurusuppu"

Clipart-san : "Oui, encoru moi. Je fais des heurusuppu"

Vinland Saga Tome 9 à 12, par YUKIMURA Makoto, Kurokawa

Je n’avais pas lu de Vinland Saga depuis si longtemps qu’il a fallu que je me refasse les 9 premiers pour ne pas perdre le fil (et donc la face). Makoto Yukimura est un putain de génie. A genre 25 ans, il a écrit PlanetES, qui a complètement retourné comme une crêpe ma vision de la Hard-SF. Et depuis 2005, il s’est lancé dans l’idée complètement dingue (surtout qu’il dessine pas vite) de balancer une histoire monumentale sur les Vikings… Quand je dis monumentale, c’est que les huit premiers tomes n’en composent que l’INTRODUCTION.

Piqure de rappel : Vinland Saga raconte -sans trop spoiler- la vie de Thorfinn, un Islandais qui, tout gamin, va se retrouver embarqué dans une épopée sombre, sanglante et désespérée pour venger son père, sur fond d’invasion de l’Angleterre par les Normands. L’oeuvre fait preuve d’un souci de documentation et de retranscription de l’époque absolument dantesque, Yukimura ayant un trait de plume particulièrement précis et acéré, que ça soit dans les scènes de violences (forcément omniprésentes) ou dans les scènes plus versées dans l’émotion ou le drame.

Justement, ça m’a permis de me replonger corps et âme dans le "deuxième arc", dit "arc des esclaves", plongée en abîme tragique dans la société féodo-esclavagiste danoise du début du XIè siècle. Au départ un tout petit peu moins sombre que la fin de l’Introduction (qui était une véritable boucherie de type à renvoyer George RR Martin en stage d’observation de 3è), l’Histoire, quasiment intégralement vue du point de vue des esclaves d’un puissant propriétaire du Jutland, va petit à petit sombrer dans le tragique. On retrouve un Thorfinn qui évolue tout en subtilité, moitié sur les traces de son père, moitié sur les traces de son mentor-ennemi Askeladd. Chaque histoire est posée avec une lenteur, une maestria incroyable, avec un cliffhanger absolument scandaleux à la fin.

C’est beau, c’est indispensable, bouffez-en des litres. Vinland Saga, ça ne se scantrade pas, hein. Ça s’achète, ça se range soigneusement dans votre étagère préférée, et ça se dépoussière régulièrement, surtout le tome 8 si vous voyez ce que je veux dire.

M.Clipart : "Preums pour acheter le Tome 13 !"

M.Clipart : "Preums pour acheter le Tome 13 !"

Le Falcam en Short #1

Parfois j’écris des nouvelles pour des appels à textes, parfois pour des concours, parfois pour rien du tout. Parfois encore je retrouve de vieux textes publiés sur des sites disparus. C’est le cas de ce texte présenté aujourd’hui, publié il y a presque dix ans (ça ne nous rajeunit pas) sur un webzine mort et enterré, Trois Petits Points. Ils exigeaient des textes de moins de 6000 signes. J’aime bien le concept de Micronouvelles, à vrai dire. Une page, une punchline, une connerie.
Vous pouvez retrouver, outre le texte ci-dessous, une version pdf et une version odt.

C’est très vieux, alors forcément, c’est pas ultra smooth en terme de style.

Tout ceci est CC-BY-NC.

En d’autres termes, faites-en ce que vous voulez, sauf le vendre.

L’apocalypse du petit matin.

Au début, ils avaient tous pensé être tombé au fond des enfers. L’endroit était affreux, sombre, semblait infini et monotone, baignant dans les vapeurs toxiques et la plus grande âpreté d’air qu’on pouvait imaginer. Pas un coin à fonder une civilisation, ça non. Un vilain tour des dieux, puisqu’ils les avaient enfermé pour de bon dans cette grotte empuantie.

La plupart des gens de la première génération moururent sans pouvoir s’adapter à cet exil abominable. Ils moururent sur le sol moussu en poussant des cris d’agonie empoisonnée, ils se perdirent dans les méandres monotones de cet immense monde clos, ou simplement périrent par la faim et la soif, incapable de déceler les gisements de vivres qu’avaient laissé, en nombre pourtant non négligeable, les anciens occupants.

Mais pour les rares survivants, l’enfer se changea peu à peu en foyer d’accueil, puis en véritable patrie. Cela prit longtemps, pour que leurs organismes évoluent et s’adaptent à la dure réalité de leur existence. Il leur fallut apprendre à survivre aux vapeurs, à l’obscurité et aux attaques des monstres aveugles qui erraient en nuage compacts dans divers endroit du pays. Néanmoins, ils évoluèrent et apprirent à maîtriser leur environnement. Ils découvrirent peu à peu que des rivières de liquides variés zébraient les bords de leur univers. Il y avait de l’eau, bien sûr, mais aussi des lacs jaunes et d’autres bruns, qui leur apportaient tous des nutriments variés et qui, surmontés le goût répugnant de ce qui les composait, renforçaient leurs organismes.

Au bout de quelques générations, les chasseurs nomades se firent éleveurs et cultivateurs. Malgré le manque de lumière et l’étrange spongiosité du sol, ils purent maîtriser la culture de nombreuses variétés de champignons et finirent par dompter les nuages de monstres aveugles. Ils leurs servaient de viande, de monture et d’animaux de trait. Le temps passait, et finalement ils devinrent totalement maîtres de leur espace. Ils bâtirent des routes, des citadelles, et organisèrent des régimes modernes où tous avaient leur place. Ils développèrent des moyens de communication hors norme, et pouvaient se parler d’un bout à l’autre du monde. Leurs sciences leurs permirent même de capter les premiers signaux émis par un monde qui semblait voisin du leurs. Peut-être n’étaient-ils pas la seule forme d’intelligence de l’Univers ?

Lundi matin, Adalbert rangea sa chambre, et retrouva derrière la machine à laver une vieille paire de chaussette qui devait traîner la depuis la dernière mort de pape. Révulsé par l’odeur de moisi, il les projeta dans la machine à laver adjacente et tout fut terminé.

Samuel Lévêque

PDF

ODT

Tout l’intérêt du gratuit chez L’ivre-Book

zalifalcam:

Reblogue-copinage.

Originally posted on L'ivre-Book:


Si vous avez l’habitude de parcourir notre catalogue (ce que nous espérons), vous pouvez voir que nous ne sommes pas avares à vous proposer des ebooks gratuits ; et ce, pour deux raisons :

- vous faire plaisir (eh oui, nous sommes comme ça)

- vous permettre de faire connaissance, gratuitement, avec nos auteurs et ainsi vous donner envie d’acheter leurs futures publications (en espérant que vous y êtes sensibles)

N’hésitez pas à aller faire un tout du côté de nos livres gratuits, c’est ICI

Voir l'original

Promenade enchantée à travers l’horrorcore et le cradcore francophone.

(ARTICLE NSFW, venez pas me faire un procès après).

Hey le jeune ! Tu te fais chier dans ton ter-ter ? Tes parents sont à la Cotorep et la seule activité que te propose la MJC c’est de faire du Smurf ? C’est bien triste, alors tu zones dans ta cage d’escalier, tu écoutes la Fouine, et tu manges de l’herbe pour oublier que tu écoutes la Fouine.

Voilà et c’est tout ce qu’est-ce qui va t’arriver si tu fais rien pour te prendre en main.

Loin de moi l’idée de t’empêcher d’écouter de hip-hop, après tout ça a bien réussi à MC Solaar, vu qu’il émarge aux Enfoirés, on peut en déduire que ça mène à tout. Mais par pitié, accepte d’ouvrir un peu tes écoutilles. Loin des horrizons tristes de la soupe autotunée de Skyrock, loin des BB Rappeurs à la Sexxion d’Assaut qui -crois-moi- te colleront une honte complète quand tu en retrouveras les posters dans quelques années, loin des rappeurs homologués qui font des jolies rimes avec des vrais instruments sur France Inter, loin de tout cela existe un territoire inconnu, sombre et délaissé qui peut t’aider à devenir un adulte responsable.

Ci-dessus : un adulte responsable.

Ci-dessus : un adulte responsable.

Je veux bien entendu parler de l’Horrorcore Francophone, style mélangeant avec allégresse Rap, films d’horreur, beats angoissants, et thématiques aussi variées que la sorcellerie, les meurtres de masse et les invasions zombies. Victime d’une cabbale inexplicable, l’Horrorcore national est encore plus obscur que son homologue américain, qui végète dans une non-reconnaissance permanente malgré des artistes aux noms aussi fleuri que Insane Clown Posse, Gravediggaz ou Kung-Fu Vampire (pour n’en citer que des relativement notoires).

Bien entendu, on sait que le Rap Français est au Rap Américain ce que la pâte a tartiner Marque Repère est au Nutella : quand on le prend tout seul, ça va, mais si on compare, c’est forcément un peu triste. Bon, l’horrorcore gaulois est plutôt de l’ordre de la Pâte Lidle en pot format familial, pour être tout à fait honnête.
Mais franchement, est-ce une raison de se décourager, à l’heure ou de courageux MJ essayent de remettre à l’honneur ce qui fut la plus grande gloire de la IIIè République, à savoir le grand-guignol ?

Non ? Bon. Alors partons si vous le voulez bien dans une petite balade non exaustive dans monde de l’horrorcore français, avec quelques noms piochés au hasard de tribulations printanières.

1) Le Plus Vétéran – VII

"Je te ferai danser en sous-vêtements rouillés
Trancherai ta gorge avec des ciseaux rouillés"

VII, c’est le plus vieux de la scène. Dès 1995, il tuait des gens dans des disques en se branlant sur du Carpenter. Un rap lourd, grave, à l’ancienne, l’inspirateur de bien des poètes. Ayant participé à moult projets horrorcore, devenu entre temps producteur aux featurings recherchés, VII (sept) pose une jolie messe noire nihiliste constante, avec une diction bizarre, une surenchère dans le dégueu et quelques touches de message punk anti mondialisation.  Lourdement influencé par les films d’horreurs il ira jusqu’à nommer son label "Rap And Revenge"

2) Le Plus Copycat – M.Pendu

"Je suis Jeffrey Dahmer Je crée des Zombies Sexuels
Je perce comme dans du beurre du crâne jusqu’à la cervelle"

Lourdement influencé par le précédent (il ira jusqu’à lui rendre une chanson hommage), M.Pendu a créé et diffusé plusieurs disques qui ressemblaient vraiment beaucoup à du VII en moins bien. Mais, avec le temps, son sound décolle. Plus fantastique/fantasy que son modèle, ponctué de duos avec le dégueulasse maître de l’opéra-porno-caca Costes. Certes pas le rappeur le plus talentueux de tous les temps (accent traînant, flow hasardeux…) mais une production généreuse et dégueue comme il faut.

3) Les Plus Rigolos – MC Circulaire

"Pas d’garderie pour le P’tit Grégory
Comme Baby Sitter j’suis du genre Emile Louis"

Un peu injustement connus dans le genre "Kamini de Vendée", MC Circulaire livre une prestation qui va bien au-delà du Rap de ploucs qui glandent dans les arrêts de car à la campagne. Un nombre conséquent de leurs chansons versent dans l’horreur ou le gore (Sodomie, Pierre Tombale, Faites Entrer l’Accusé, Match de Derby…). Une horreur franchement marrante, pleine de jolies punchlines fleuries qui donnent envie de se faire découper en rondelle au Puy-du-Fou.

4) Le Plus Ghetto – LAFFREUX

 

"J’aime quand tu m’lèches le derche
Quand ma merde ruisselle dans ta gorge pleine de gerbe"

Avec une communication très 2.0, une mixtape sur Sordid Records, du name dropping à foison et un flow très gangsta, Laffreux pourrait être ton MC lambda. Mais entre histoires de blocs sordides et soif de meurtre, orgie de sperme et mélange de fluides dégueulasses, Laffreux est définitivement un bon vieux gaillard de l’horreur, du genre ou même Booba il va se planquer sous la table. What else !

5) Le Plus Chelou – CJ le Clown

 

"La rue ça pue comme une chatte usagée
Y’a des geush terpa ils ont usé plus d’un G"

Meilleur espoir masculin des contes de la crypte. Un univers glauque et kitsch plein de clowns et de référence aux séries triple Z, avec une fixation constante sur les problèmes de bites (coupées, placées aux mauvais endroit, marinées, etc.) et une fixation anale très bien ancrée dans un flow assez sec et étrangement premier degré. Une impression de malaise permanente à l’écoute, on se demande si c’est pour de rire ou si le mec a vraiment un fusible grillé. La relève à de l’avenir.

6) Le Plus Engagé - 1984

 

"Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel
Mais rien d’actuel : on patauge dans la merde"

Produits par Sept en personne, qui fait des feats réguliers sur leurs morceaux, 1984 délaisse volontiers les meurtres de masses pour chanter la cradeur du monde, la violence extrême de la société et les Systèmes qui nous oppriment (camarade). Un univers qui louche presque plus vers Kubrick que vers Dario Argento, avec tout juste ce qu’il faut de désespoir, de haine et de dégueulasserie pour qu’on se sente en terrain connu. Longue vie à eux.

7) Le plus United Color – Wojtek

 

"Mais dans mon verger y’a que des oranges amères
En d’autres termes connard rien que je mange d’la merde"

Costumé en survivaliste, en Jim Crow, en sorcier ou en n’importe quoi, Wojtek a un flow efficace, une voix erraillée accrocheuse, un vocabulaire ordurier, mais bien ordonnancé, et se distingue de ses camarades en prêchant une sorte d’amour de son prochain et de la différence (mais il ajoute "et je t’emmerde" derrière). Peut-être, musicalement parlant, l’artiste le plus accompli du lot.

8) Le Plus Snuff - Mr Hash

 

"J’te pousse au suicide, au meurtre collectif
J’veux t’vois t’arracher les tifs et d’vnir dépressif"

Franchement dégueulasse, le rap de Mr Hash est un peu le "A Serbian Film" du lot. La, c’est immonde pour être immonde, c’est les joyeux bouchers, ça dégouline, c’est sale, c’est gratuit, on rappe à bout de souffle, avec du sang qui dégouline de partout, en même temps, Yolo. Quoi ? C’est tout naze ? Oui, mais Tokyo Gore police aussi, ça ne m’a pas empêché de me marrer devant !

9) Le plus Jeanne Moreau – Ashka

"Au final rapper, oui mais pourquoi, ah oui je sais.
C’est mon exutoire, c’est toujours mieux que vous exécuter."

Alias "La pourriture" Avec sa casquette "Ashka", sa voix tellement défoncée qu’on croirait une pub contre les dangers du tabac, ashka agite des couteaux en rappant devant un public complètement absent, la vie est injuste. Certes, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, mais il y met une énergie complètement folle. Un exemple pour toute la jeunesse indolente qui ferait mieux de chercher du travail au lieu de faire un master de socio.

10) Et pour finir sur une note un peu plus fofolle: Le plus Cabochard.

Ça a l’air Nul #5 : Electronic Super Joy

1

C’est quoi ?

Vous ne connaissez pas, peut-être, mon ami K. K. est un chercheur franco-libanais exilé au bout du monde, qui a officié comme Prêtre de la Science à mon mariage païen, qui fait du dessin photoréalistes, des jeux vidéos et des romans écrits avec un générateur de pitch. Autant dire que c’est un homme au goût certain, pour qui la seule notion de "Encore un putain de platformer indé pixelart avec des gimmicks et de la pop culture" est quasiment synonyme de kryptonite.

Eh bien Electronic Super Joy est un putain de platformer indé pixelart avec des gimmicks et de la pop culture.

De quoi ça parle ?

C'est drôle : on combat le Pape et il crie "I am very crossed ! Pope fart !"

C’est drôle : on combat le Pape et il crie "I am very crossed ! Pope fart !"

Vous êtes un petit bonhomme en pixel. Un sorcier vous a "volé votre cul". Alors vous devez heu… Sauter… Sur des trucs… Peu importe.
On est d’accord que ce qui faisait de Super Meat Boy un grand jeu, ce n’était pas non plus son scénar.

Pour entrer un peu plus dans les détails, c’est, vous l’aurez compris, un de ces jeux de plates-formes ou le principe est de mourir tout le temps parce qu’il faut bien que les Aspies aient un truc à eux pour se divertir et vous humilier du haut de leur cerveau superieur. Bref, un Die and Retry.
Un Die and retry réussi repose sur des mécaniques et des règles simples, une courbe de progression assez harsh, beaucoup, beaucoup de skills, et la sensation que quand on se plante, c’est de notre faute et pas parce que la boule de la souris était encore encrassée. Et, si possible, une direction artistique relativement épurée, histoire qu’il soit humainement possible de se concentrer pour rendre l’expérience moins humiliante.

Electronic Super Joy est à peu près tout le contraire. Basé sur des couleurs flashies, une insupportable BO Disco/Acid/Dubstep, avec des tas de trucs qui se passent partout à l’écran, et des voix digitalisées évoquant un porno des années 70 ou la meuf de Superbus se taperait Barry White (dès que vous passez un checkpoint, vous entendez des "Ooooo Yeaaaah" orgiaques absolument insupportables), la DA est un cauchemar permanent. Si j’ai ruiné votre vie sexuelle, j’assume.

Le reste est à l’avenant. A peine une mécanique de jeu est-elle maîtrisée qu’elle change brutalement. Tous les 3-4 niveaux, les pouvoirs du personnage, la physique, la gravité, les règles du jeu sont modifiées. Ça casse complètement la sensation de maîtrise. L’idée de faire alterner plein de styles de jeu (plate-formes, mini-games, danmaku) n’est pas idiote, mais il y a trop peu de tout, et rien n’est vraiment bien fait. La hitbox du héros est ENORME, le jeu à un manque de tolérance et de calibrage perturbant qui ne donne que rarement l’impression que c’est VOUS qui vous plantez. De toutes façon, l’ordinateur triche. Blague à part, Electronic Super Joy laisse perplexe. On ne sait pas spécialement pourquoi on gagne, ni pourquoi on perd. Les niveaux passent sans raison de quasiment impossible à bizarrement faciles. Un peu comme si Michael Todd, le génie qui a créé ça, avait tout balancé sans montage, et sans réflexion sur la progression du joueur.

Ajoutons enfin que les rares dialogues du jeu se vautrent dans un humour pipi-caca CM2, du genre que produirait Frank Dubosc si on le laissait écrire un épisode de South Park.

Mais alors est-ce qu’il y a quelque chose à sauver ?

2

MAIS C’ETAIT PAS CHER DANS LES SOLDES STEAM

Je suis sans doute trop dur avec un petit jeu fait avec des petits moyens et vendu 8$, et régulièrement soldé à trois centimes et demie dans n’importe quel Gaben Burger. Néanmoins, le manque de moyen n’est pas une excuse pour tout. Ce n’est pas une excuse pour le manque d’idée, en particulier.
Electronic Super Joy n’a pour idée directrice qu’une seule et unique chose qui le distingue de sa pléthorique concurrence : une BO et une direction artistique qui ne peut être appréciée qu’après un bon cocktail speed/MDMA. Ne faites pas la drogue les enfants. Le genre d’état ou vous pouvez trouver absolument bidonnant d’entendre une chaudasse de clip de Clubbing TV dire "Ouh la laaa !" toutes les trente secondes.
Il y a quelques critiques positives à ce jeu. Des gens qui l’ont trouvé irrévérencieux, pertinent ou simplement bien foutu. Il est même plutôt bien noté sur Metacritic (avec un panel très maigre, il est vrai). Alors peut-être que ce dégueulis stroboscopique fera mouche chez certain d’entre vous. Même si l’idée fait froid dans le dos.

Alors, est-ce que c’est nul ?

Ramon-Devos.infonie.fr

Ramon-Devos.infonie.fr

Au risque de faire volte face, Electronic Super Joy n’est pas nul. Il est juste "moins" que tous les autres millions de jeux du même genre qui sont dégueulés par Kickstarter, Greenlight et co à longueur d’années.

ESJ est plutôt généreux en contenu (bouclable en 4H pour la quête principale, mais régulièrement mis à jour, riche en niveaux bonus), parfois inventif, et on sent vraiment toute la bonne volonté qu’il y a derrière. Mais c’est moins jouable que Super Meat Boy, moins dur que They Bleed Pixel, moins beau que Valdis, moins fun que Mark of the Ninja, moins créatif que Guacamelee. Sympa, pas vraiment moche, capable de t’apporter une petite dose de plaisir, un peu comme cette personne avec laquelle tu n’accepteras de coucher que quand elle sera à moins de 2€, et que son Pimp sera une petite fenêtre "Offre de la Mi Semaine" sur Steam.

Je ne publie pas toujours une nouvelle, mais quand je le fais je la publie dans Absinthe. (et je raconte ma life, et je vous demande votre avis)

Hey, salut. Si tu es arrivé ici par hasard, comme cette personne qui cherchait bnf salaire brut catégorie b, tu ne le sais peut-être pas, mais je suis un auteur, notamment de textes de fiction à degré de qualité variable, mais moi j’aime bien. Sinon : ça dépend de ton ancienneté, et n’oublie pas de prendre en compte le régime indemnitaire ! J’en profite pour signaler au gagne-petit qui voulait savoir si un conservateur est obligatoire pour diriger une médiathèque que, ce me semble, c’est recommandé si la ville fait plus de 20 000 habitants. Mais il me semble que ce n’est pas obligatoire, si tu tiens vraiment à recruter un chimpanzé à la place.

Si tu es arrivé ici parce que tu me connais, comme celui qui a tapé le lancer de dentifrice hentai dans son moteur de recherche, alors tu sais que je suis un auteur.

Donc, bon, tout ça pour vous dire quoi ?
Je suis dans Absinthe Mag N°13 :)

J’ai fait retrouver la face à une nouvelle de 2006 qui l’avait perdue depuis longtemps, je lui ai fait tenter sa chance, et voilà.
Pour lire ça, c’est ici : http://www.absinthemag.com/
Ou même carrément là, pour les feignasses : http://www.ebusinessexpert.be/absinthe/Absinthe_13.pdf
C
‘est du PDF, donc, normalement, ça passe dans la liseuse qu’on t’a offerte à Noël et dont tu ne sais pas quoi faire parce que ton livre préféré vaut 16€ avec des DRM.

Ça me fait penser, chers ami(e)s, que je suis en train de bosser sur un petit riz-bouc regroupant mes travaux de jeunesses impubliables qui devrait s’intituler "Koalas Mutants, Haïkus et Poèmes sur le thème du Caca (2003-2010)". Ça sera gratuit et voilà. La plupart des textes, bien qu’objectivement crissement ridicules, ont été réécrits, toilettés et retravaillés pour l’occasion.

——

Tiens, parlons d’autre chose. Ce blog reçoit environ 3000 visites d’ip uniques par mois (moins quand je ne fous rien, le double quand je publie 10 articles/mois), ce qui est pas délirant mais commence à être respectable. J’ai un premier bouquin qui est sorti, un autre sur le feu, tout ça, et c’est vrai que je ne me sers pas vraiment de cet espace pour parler de ce que j’écris.
Mais voilà, c’est l’occasion.

Ça s’adresse plus à ceux qui me suivent depuis un moment, certains d’anciens blogs, qu’à cet internaute qui souhaitait "se shooter au dentifrice" (merci google !). Si vous avez absolument aucune foutue idée de ce que je peux bien écrire à part des conneries sur Indila, forcément, ça vous parlera peut-être pas trop.

A partir de dans quelques mois, j’aimerais me monter un petit compte sur Patreon, qui devrait servir de canal parallèle entre moi et mon (petit) lectorat. L’Auto-édition ne me tente pas et ne m’a jamais vraiment tenté (trop de travail, pas assez de temps, j’aime bien le concept d’éditeur). Mais j’ai écrit à travers le temps tout un tas de nouvelles complètement diverses, variées, et absolument pas éligibles à des appels à texte (pas parce qu’elles sont nazes, mais parce qu’elles ne répondent pas à un thème particulier, ou parce que je n’envoie jamais deux fois le même texte, ou parce que j’ai pas envie).

En gros, l’idée de Patreon est de proposer un lien direct entre créateurs et consommateurs, en proposant aux internautes de verser une petite somme d’argent quand un créateur crée quelque chose, en échange de contreparties, comme sur Kickstarter et compagnie. Genre je publie un strip, mes "patrons" me versent une petite somme. Pareil pour une vidéo, une chanson, etc. C’est un moyen, en fait, de contourner les moyens traditionnels de monétisation du public (aka je me roule par terre comme un gamin de 3 ans parce que Youtube m’a enlevé mes Doritos) et d’avoir un truc plus sain. Comme sur un marché bio, directement du cul de la poule à ta casserole.

Dans mon idée, mon Patreon serait idéal si quelques uns de mes soutiens acceptaient le principe de recevoir une nouvelle chaque semaine en échange de quelques dizaines de centimes à chaque fois. A ma connaissance, personne ne veut vraiment payer pour des choses en France, surtout pas pour des choses écrites (et soyons sérieux, je n’ai pas l’étrange notoriété des gens qui font Noob). Alors c’est un projet que je ne lancerai que si y’a au moins 10-12 personnes intéressées (à 50c le texte hebdomadaire x 12 personnes, on parle de 300€/an, donc vous voyez bien le trip, c’est pas dans l’idée de faire fortune, mais plus dans l’idée de soutenir une démarche, et ça coûterait aux pledgers un café en terrasse par mois).

Ça ne m’empêcherait absolument pas de continuer à participer à des appels à textes et de soumettre mes romans au circuit éditorial (ça serait vraiment un trucs EN PLUS, attendu que je vais avoir à partir de mai beaucoup plus de temps pour m’occuper de ça). Ça serait par contre la garantie de divers trucs un peu plus agréables ici (en premier lieu : nom de domaine et virage de la réclame de WordPress) et de contreparties pour ceux qui accepteraient de soutenir mon travail.

Donc voilà pour une fois, je vous sollicite pour des trucs un peu plus sérieux que le dernier nanar que j’ai regardé… Dites-moi si c’est une idée de merde, hein.

——-

Autre best of des moteur de recherche pour le mois dernier (tiens et si on se faisait ça tous les 15 du mois, à l’ancienne !) pour se détendre :

deflorer fantasme

matrice béton croco

bite au dentifrice

j’ai une stagiere dans ma classe quoi écrire quand le stage est termité (nb : je ne sais pas mais en tout cas fais venir les exterminateurs, sinon il va y avoir des trous dans tes pulls !)

idée principale de la tripitaka<

drama lycéenne qui aime un homme plus vieux qu’elle

poireaux sur le visage

si je ne veux pas etre humain

le papa de charlie a l usine de dentifrice

Admirab’Lectures #1

(avec une patate dans la bouche et beaucoup d’indulgence, considérez que c’est un vague pun sur Hannibal Lecter. Toujours moins naze que "Animal Lecteur". Voilà donc un petit vrac de mes dernières lectures.

Cyanure, de Camilla Lackberg, Actes Sud

Je suis pas très polar, mais je ne veux pas mourir idiot ( à la réflexion, je ne veux pas mourir du tout !). Alors j’ai essayé de lire un truc de Lackberg parce que tout le monde l’aime bien, blablabla, Miss Marple des Glaces. Bon, ça m’en a touché une sans faire bouger l’autre, hein.

M.Clipart : "Je m’ennuie, Camilla."

Rock et Politique, d’Anne Benetollo, chez L’Arnaquan (pas trouvé d’image plus grosse)

En 1985, alors que le Reaganisme et la révolution néoconservatrice redéfinissent le monde, la société et la morale aux USA, une bande de "concerned mom" femmes de Républicains ultraconservateurs lancent une grande offensive contre le rock. Frank Zappa, Prince, Judas Priest ou Megadeath sont dans la ligne de mire : la délinquance, le crack, les MST, la fin de la civilisation, LA VIOLENCE DES JEUNES, le Satanisme, c’est, bien entendu, la faute du rock’n’roll. Loin de rester une simple boutade, l’affaire finira devant le Sénat, qui devra se prononcer pour ou contre un "enfer" pour les disques "explicites" (vente dans des bacs à part, logos, blisters…). S’en suivent une série d’auditions complètement hallucinantes, qui culmineront avec un discours absolument dantesque de Frank Zappa et, finalement, la mise au placard du projet par l’Industrie du Disque et les politiciens américains. Partant de là, Benetollo élargit sur les rapports complexes entre Rock et Politique. Ca manque un peu de polish et d’éditorialisation (bref, on est chez l’Harmattan), mais ça reste une lecture passionnante.

M.Clipart : Mille fois OUI !

 

Les Foulards Rouges, épisodes 1, 2 et 3, de Cécile Duquenne, chez Bragelonne (numérique)

Il faut être absolument honnête : je suis pas spécialement objectif. Cécile Duquenne et moi, on se connait (de loin. On traînait sur les mêmes forums fut un temps). Donc j’aborde pas la lecture de ce feuilleton avec un œil parfaitement plat et neutre. Jusque là, j’avais jamais vraiment accroché au style de Cécile (pas que c’était mal écrit, mais je me sentais moyen concerné par le setting de ses histoires). Quand j’ai vu qu’elle sortait un feuilleton steampunk et vu que Bragelonne a eu la bonne idée de mettre le premier épisode gratuit, je me suis dit pourquoi pas.
Et pour le coup, j’ai bien fait de me laisser tenter. C’est vraiment très très sympa. Le Background présente une planète-prison (Bagne) complètement pétée ou des survivants survivent dans un désert à mi chemin entre Desert Punk et les passages les plus western de Cowboy Bebop. L’ordre est maintenu en place tant bien que mal par une milice, les Foulards Rouges, dont l’héroïne fait partie. C’est pas vraiment la peine de cramer l’intrigue plus que ça, c’est un excellent page turner plein de bonnes surprises. Plutôt psychologique que frénétique au niveau de l’action, mais jamais chiant. C’est un vrai bon roman d’aventure (sans jamais tombé dans le no-brainer parfois associé), avec des personnages vraiment bien campés. Tout le monde n’adhère pas, en témoigne cette hilarante critique, mais moi, j’ai pas trop trouvé à y redire.

Tout n’est pas parfait (le style mériterait parfois d’être un poil plus aéré), et les emprunts se voient encore un peu trop (à tel point que je me suis parfois demandé si on était pas dans l’univers étendu de Firefly -pas que je m’en plaigne), mais whatever, je vais pas bouder mon plaisir.

Le 4è épisode sort dans quelques jours, je crois. Pour l’acquisition de toute la saison 1, faut compter une dizaine d’euros.

 

M.Clipart : "Un indispensable, comme en témoigne mon doigt"

M.Clipart : "Un indispensable, comme en témoigne mon doigt"

EMET, Jean-Christophe Chaumette, L’ivre-Book (gratuit)

La aussi, soyons honnête : je me suis intéressé en détail aux bouquins de l’Ivre Book (éditeur numérique) parce que je suis en blabla avec eux pour sortir mon premier roman. J’ai donc fait mes courses chez eux, tant dans la partie gratuite que payante de leur catalogue. le premier truc sur lequel je suis tombé est ce EMET, nouvelle de style fantastique de Jean-Christophe Chaumette. c’est trop court pour ne pas spoiler, mais disons que ça réunit deux trucs sur lesquels j’aime bien lire des choses : la psychologie des négationnistes et les monstres folkloriques. C’est haletant, prenant, à lire d’une traite. Parfait pour un trajet de bus ou chaispasquoi.

Miss Clipart "Depuis que j'ai lu EMET, je suis en hausse !"

Miss Clipart "Depuis que j’ai lu EMET, je suis en hausse !"

Moi, Lucifer, de Glen Duncan, Folio SF (réédition de chez Denoël)

Suite à un pacte avec Dieu, Satan se retrouve piégé dans le corps d’un auteur minable et suicidaire dans la grisaille de Londres pendant un mois. Mois qu’il va employer, malgré un physique moche et un micro-pénis, à jouir d’un maximum de plaisirs terrestres et à rédiger son autobiographie, depuis la Création jusqu’à l’époque actuelle en passant par sa Damnation, l’invention du rock ou le Péché Originel.
Plein d’humour, parfois réellement tordant, dans un style assez fluide, parfois carrément iconoclaste. Y’a des passages qui frisent le génie (le récit du procès de Jésus), d’autres agréablement bizarroïdes (le portrait dégueu de la jet-set londonienne). Le seul défaut de cette autobiographie infernale est un dernier tiers un peu confus et mou du slip, avec une résolution un peu fastoche. Mais l’exercice de style est quand même spectaculaire, ça se boit comme du petit lait. Peut-être pas le roman du siècle, mais sérieux, si le thème vous parle, toi-même tu sais, c’est sorti en poche, pas cher, ti achète ti achète, sisi la Famille (désolé je ne suis pas très bon en slang moderne).

A noter qu’un album de l’excellent groupe de rock-jazz-swing The real Tuesday Weld s’inspire de ce livre.

M. Clipart : "littéralement du feu de Dieu" (gag)

M. Clipart : "littéralement du feu de Dieu" (gag)

Non parce qu’à un moment fallait bien se dire la vérité, le Clipart est injustement tombé dans l’oubli. Les Français veulent des cliparts. Et il faut cesser les polémiques stériles pour se préoccuper des véritables préoccupations des Français.

 

Qu’en est-il que j’lise ta merde #11

C’est bien drôle, ce petit titre mal traduit de l’anglais, mais il faudrait que je fasse une page qui réunisse toutes ces lectures pour en faire un truc plus présentable. Avec une putain de charte de lecture.

Si vous voulez tout savoir, 2014, c’est l’année de la putain de rationalisation. Je trie, je répertorie, je range dans des tableaux. Ah, vous vous en foutez et vous voulez juste que je vous parle de mes goûts indécrottablement délicieux en matière de littérature ? Petits marlous.

J’ai fait un mini-marathon Daniel Clowes

Daniel Clowes est un dessinateur chauve de Chicago, dont le trait m’avais toujours paru assez antipathique. Son arrivée chez les éditeurs français, assez tardive et confidentielle, laisse un certain nombre d’inédits et de machins épuisés (a noter que même aux USA, c’est plutôt une star de la BD alternative qu’une star de la BD tout court) . C’est essentiellement grâce aux incroyables éditions Cornélius qu’on peut découvrir ses travaux ou se heurtent comédie noire, surréalisme, mélancolie de l’enfance et personnages socially awkward. Tout moi, en résumé.
Donc, son trait m’étant antipathique, je passais devant ses comics poussiéreux à la bibliothèques en me disant "Not Today". Mais un jour, alors que je trouve cet aliment d’aspect et d’odeur ridicule, je me suis rendu compte que j’aimais plutôt bien les oignons. Alors j’ai essayé.

David Boring

C’était chaud de commencer par là. Mais c’était le plus gros, le titre était bien, je sais pas… Bref, c’était une expérience bizarre. Peu avant la fin du monde, ou ce qui semble y ressembler, David Boring, un queutard un peu détraqué qui vit avec une lesbienne un peu apathique, se retrouve embarqué dans une histoire bizarroïde qui va mélanger meurtres, drame sentimental, recherches universitaires, huis-clos sur une île avec des beaufs et relations sexuelles inappropriées avec des gens qui ressemblent à d’autres gens.
L’expérience n’était pas absolument désagréable, mais les sous-intrigues sont entremêlées de manière trop particulière, trop bizarroïdes pour que le confort de lecture s’installe. Ce qui, au passage, est sans doute le but de Clowes.
Mais j’avais plutôt envie d’un truc confortable. Na !

Ice Haven

Voilà quelque chose que j’ai mieux apprécié. Partant d’une anecdote qui a secoué Chicago dans les années 20 (deux amis sans aucun problème connu avec la justice qui tuent quelqu’un par ennui), Clowes dresse le portrait d’un voisinage secoué par la disparition d’un enfant, pas loin des lieux du drame.
Véritable galerie de monstre (enfant odieux, wanabee poétesse stalkeuse d’un artiste maudit et délateur de ses voisins, petites brutes…), d’introvertis un peu répugnants et portrait acide de la médiocrité des petites communautés humaines. Le style surprend par ses ruptures constantes et brutales. On passe de Peanuts à Black Hole en quelques pages.
Très sympa, et très éloigné de ce à quoi je m’attendais.

Mister Wonderful

Plus ou moins la même chose, mais centré sur un seul personnage. Un demi-vieux, loser sans vie sexuelle depuis des années, dont le dernier contact avec une femme s’avère être une prostituée qui lui a volé de l’argent, se rend à un rendez-vous arrangé. Problème : il est trop introverti et sujet à des crises de délire pour garder son calme… Et la nana est en retard.
Partant de ce postulat d’un personnage effrayant de mal-être, Clowes va tisser dans une histoire courte le déroulé absolument extraordinaire d’une histoire d’amour en devenir.
Clairement la bonne pioche des trois.

Deux généraux, de Scott Chandler

L’Histoire de deux généraux écossais, ou canadiens qui vont en Ecosse, ou j’sais pas quoi, pendant la WWII, et whatever. Les dessins sont jolis, et j’ai complètement décroché assez rapidement.

Deepwater prison, de Bec et Raffaele

Tu te souviens de Fortress, le film ou Christophe Lambert jouait mal en prison ? Tu te souviens d’Abyss ? Tu te souviens de heu… Oz ? Et Midnight Exdpress ? Et Largo Winch, un peu, aussi ? Et Une vérité qui dérange, tu t’en souviens ?
Ben tu mélange tout ça, et t’as une histoire crissement grotesque ou une prison sous marine de haute sécurité combat des poulpes mutants à cause d’une mariée noire. Soleil, what else.

I Fucking Love Paris, de Moerenhout et Vande Wiele

Une histoire faussement cynique, et très premier degré, d’une fille qui monte à Paris faire des trucs superficiels dans le monde de la mode. Tout ceci est le prétexte à montrer plein de sacs Prada très cher et des partouzes, et globalement, une espèce de fausse distance avec un sujet traité comme un Mondo plutôt que comme un vrai truc analytique ou ironique.

J’ai lu pas mal d’autres trucs, mais soyons sérieux et restons-en à moins de mille mots par article. Oui, c’est de la flemme.