Avrelle à la porte de Baldur #2

Résumé des épisodes précédents : J’ai installé Baldur’s Gate Trilogy avec 133 mods sans en regarder le contenu. Mon personnage est une tueuse de rats handicapée mentale.

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Avrelle, Imoen et le clébard s’aventurent donc sur des routes pleines de loups moddés et de grouilleux à l’agressivité boostée par des scripts dont je ne sais absolument rien. J’essaye de retrouver mes marques habituelles en explorant la Croisée des Chemins. Normalement, rien de bien compliqué. La première carte explorable ne regorge pas vraiment de challenges énormes. On récupère Xar et Montaron, on nettoie quelques smurfs et c’est parti pour l’Auberge du Bras-Amical.

Entre temps, ça cause beaucoup avec Imoen. Les dialogues sont bien écrits, même si, contrairement à Fallout New Vegas, rien n’a été prévu pour un personnage dont l’intelligence culmine à 5 (ce qui, dans D&D, est l’équivalent à peu près exact de Hodor). Je m’imagine donc prononcer mes répliques avec une voix de mongolienne.

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A vue de nez, les mods ajoutent des milliers et des milliers de lignes de dialogue.

Assez rapidement, je suis mis à mal par des putain de loups qui hantent la forêt. Chaque animal est un véritable challenge qui me demande à déployer des tactiques assez élaborées pour des monstres de début d’aventure. J’apprends à identifier les monstres les plus dangereux, et je m’y prends progressivement, en perdant beaucoup. Avrelle et Imoen finissent par abattre leur premier loup, sous une nuée de flèches. Rarement 125 points d’expérience n’ont autant flatté mon ego.

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VICTOIRE

Quand j’en ai marre de ramer comme un veau à chaque grouilleux malade croisé, je me décide à abandonner la méthode rationnelle pour aller chercher Xar et Montaron. En général, je les dégage dès que je peux, mais sur les premières cartes, ça fait quand même un magicien et un guerrier dans l’équipe. Bon. La, au moins, j’ai la satisfaction d’avoir l’avis personnel d’Imoen sur les deux gaillards. C’est vraiment beaucoup plus vivant que le jeu Vanilla, incontestablement. J’ai peur, cependant, d’avoir installé pas mal de trucs qui peuvent conduire les persos à se foutre sur la gueule.

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Nous sommes maintenant quatre. A ce stade de l’aventure, c’est simple, nous sommes normalement imbattables. Les combats contre les loups deviennent enfantins. Aucun problème pour révéler les recoins de la map de fond en c…. Eh merde. Une cinquantaine de gobelins et de hobegobelins. Avec des arcs. Avec un réalisme que ne renierait pas Cormac McCarthy en mode The Road, pas de miracle, je suis massacré en deux secondes.

Je ravale ma fierté, je recharge ma partie. Je finis par commencer le chemin vers le Bras-Amical. Prochaine étape : une rencontre avec "Un mystérieux vieillard qui n’est pas du tout Elminster a sa ses sure que non alore".

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Drunken Gandalf

La rencontre avec Elminster n’est pas vraiment différente, à part les remarques constantes d’Imoen. Je me demande comment j’ai pu supporter ce personnage à l’époque ou elle ne faisait qu’envoyer ses trois mp3 geignards et suraigus. Maintenant qu’elle parle pour de vrai, c’est quand même beaucoup plus smooth. Je ne dis pas que je ferais la probable romance qui la concerne, il ne faut pas non plus exagérer.

La deuxième carte est un peu moins atroce que la première. A quatre contre un, la survie est à peu près assurée. Je commence juste à moins faire le malin quand une bande de pillards se jette sur moi sans me demander mon avis. Et qu’ils sont beaucoup plus bourrins que dans le vanilla. Et que le pathfiding de mon personnage confine au happening. Et que mon loup se comporte de manière aléatoire. Il me faut un certain nombre d’essais pour arriver à m’en sortir vivant, mais avec tous mes personnages lourdement blessés.

Ce qui permet de déclencher une cinématique bizarroïde ou cette chère Avrelle utilise des mots bien trop élaborés pour son intelligence. En vrai, son journal devrait contenir des entrées comme "G’ai manger mé crotte LOL". Ces mods ne respectent pas mon RP.

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C’est beau comme du Gaborit récité verge au vent.

Pas longtemps après ce déchirant happening poétique et après avoir bourré mes troupes de médi-gel, des xvart avec des grouilleux dressés me tendent une embuscade au coin d’un fourré. C’est précisément le moment que choisit mon loup pour se suicider contre leurs épées, et précisément le moment également ou je choisis de ne pas recharger ma sauvegarde pour la cinquième fois parce qu’il est pas foutu de faire un truc intelligent.

Si j’osais faire une comparaison avec le plus grand chef-d’oeuvre de la culture websérie francophone du XXIè siècle, Régis-Robert assiste à la mort de Dagobert.

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DUUUUUUUHHHHHHHHHH T_T

Bon. Imoen n’avait pas de script pour me réconforter, alors qu’elle en a un pour me parler du fait qu’elle aime les tuniques roses. J’imagine que le loup et l’amélioration des personnages ne sont pas dans le même paquet de mods.

C’est donc drapée dans le deuil de mon clébard, mais non sans avoir récupéré un genre de fémur tombé par terre à côté du cadavre qu’Avrelle et ses compagnons atteint enfin l’auberge du Bras-Amical, pour y rencontrer Khalid et Jaheira. A première vue, tout à l’air parfaitement normal. Cette bonne vieille auberge fortifiée, avec ses deux gardes à l’entrée pas très regardants sur le fait que des inconnus armés jusqu’aux dents déboulent jour et nuit et s’entretuent dans l’arrière-cour. Ce n’est que quelques dizaines de mètres après la porte massive que je me retrouve nez-à-nez avec l’inconnu.

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Alors ouais. D’un coup, on sent mieux que le pays est en crise : les mecs des caravanes se baladent avec des gardes armés d’épées enflammées. Bon, c’est une crise due à la pénurie de fer et foutre le feu à toutes les épées des vigiles du coin n’est sans doute pas viable à long terme, mais psychologiquement, ça fait son petit effet. Je suis, par ailleurs, assez vite frappé par l’immense quantité de marchands de tapis qui ont envahi le Bras-Amical. C’est simple, on est plus dans une auberge de campagne, mais au bazar de Téhéran.

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Ca n’a pas l’air de perturber la vache.

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Je pense que face aux marchands du temple de cette partie, Jésus aurait baissé les bras assez vite (sans mauvais jeu de mot).

Sur les étals des divers marchands que je ne connais pas encore s’étalent une quantité astronomique d’objets délirants dont je n’avais encore jamais entendu parler. Potions bizarres aux noms imprononçables, robes de mage qui coûtent à peu près le PNB du Brésil en pièces d’or, baguettes étranges, sortilèges non identifiés… Il me semble que dans un futur lointain, quand j’aurais un peu plus que mes 220 piastres en poche, je pourrais facilement revenir me faire plaisir. Même si, entre temps, une sous-quête bizarre m’aura déjà fait l’héritier des biens d’un Drizzt avec l’avatar de Naruto.

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C’est comme faire son shopping dans une épicerie fine quand on a que des tickets alimentaires du CCAS.

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Les Qataris sont partout, ils ont même déjà racheté une roulotte au Bras-Amical !

Après avoir fait le tour des échoppes dirigées par une quantité astronomique de commerçants multiethniques gardés par des cracheurs de feu, et constaté que je ne pouvais absolument rien m’acheter à part des flèches pour Imoen (les prix sont d’ailleurs tous très bizarres, et semblent n’obéir à aucune forme de logique. C’est quasiment la surprise à chaque marchand), il me semble l’heure d’aller explorer l’intérieur de l’auberge, et de ramasser les quêtes habituelles du lieu (les mines de Nashkell, la nana qui veut qu’on tue des araignées chez elle -et ça tombe bien, je suis une tueuse de vermine !-, etc.).

Mais bien sûr, j’avais oublié que pour entrer à l’auberge, il fallait d’abord en découdre avec Tarnesh-le-tueur-à-gage. Beaucoup moins facile à étaler que dans mon souvenir, ma première tentative est une humiliation complète qui se solde par la mort de toute mon équipe. Mais ça fait bien longtemps que je fais des Quicksave toutes les 5 secondes.

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Dédoublement, confusion, projectiles magiques, tout ceci était moins violent dans mon souvenir.

Après s’être un peu mieux préparée, Avrelle liquide le salopard. C’est l’occasion d’une scénette particulièrement marrante avec Imoen qui fait un gros foreshadowing de Baldur’s Gate II en lisant le grimoire du mage mort. Oui parce que vous savez, Imoen, dans BG II, les pouvoirs magiques, Irénicus, le twist comme quoi c’est votre frangine et que le mod Imoen-Romance est un mod sur l’Inceste, tout ça tout ça. J’imagine que si on commence Baldur’s Gate avec mon installation sans y avoir touché avant, cette scène n’est pas très intéressante. En ce qui me concerne, je trouve ça cool. Et ne jouez pas avec mon ordinateur, merci.

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Tu pourrais même faire beaucoup plus *wink wink*

Je finis -enfin- par entrer dans l’auberge. Elle s’avère relativement plus peuplée qu’à l’accoutumée, avec entres autres un nain au nom ridicule (qui était peut-être bien dans le vanilla, à la réflexion), des PNJ sans intérêt particulier et, chose étrange, un barde qui propose de se faire payer pour REDUIRE ma réputation. Dès fois que j’ai aidé trop de petits chiens à traverser et que je veuille que les gens pensent que je les ai jetés dans un mixer après, je sais pas. Je décide avec sagesse de ne pas payer pour me faire calomnier. Avrelle est stupide, mais heu… On va dire que le reste de l’équipe l’a empêchée. Et puis j’ai beaucoup de points de sagesse. Stupide, mais pleine de bon sens. Voilà.

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Si, si, essayez de prononcer les phrases avec une voix de triso ou de Timmy dans South Park, vous allez forcément rire.

Le reste de l’auberge est relativement "normal". Les mêmes quêtes aux mêmes endroits. Après avoir nettoyé les environs de ses quelques rôdeurs hobgobelins, je fais donc route vers Beregost, la première "grosse ville" du jeu. Avec, bien entendu, le duo Khalid/Jaheira dans l’équipe. En général, je les vire après les mines de Nashkell pour recruter des gens moins chiants. On verra bien ce qu’on me propose en chemin. Je signale à Imoen que oui, quand on a vu une ville, on les a toutes vues. Bien entendu, c’est une erreur de ma part puisque à peine ces paroles prononcées, un personnage de Sacré Robin des Bois propose de rejoindre mon équipe.

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Tout est normal…

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Enfin presque….

Mais ceci, mes enfants, est une autre histoire… Avrelle survivra-t-elle à Beregost ? Will Scarlet intégrera-t-il le groupe ? Est-ce que tout le monde à des armes en feu sur la Côte des Epées ? Est-ce qu’un troubadour va me demander dix pièces d’or pour me chier dans la bouche ? Est-ce que je vais comprendre comment on peut utiliser le fémur de loup pour faire revivre mon familier ? Vous le découvrirez (peut-être(pas)) dans le prochaine épisode d’Avrelle à la Porte de Baldur : 3-Borogost

Averelle à la porte de Baldur #1

Ok. Vous me connaissez, je suis avide d’expériences diverses. Alors le jour ou j’ai découvert que quelqu’un avait fait ça, j’ai été hanté par le besoin impérieux de réaliser quelque chose de similaire. C’était à peu près au moment ou sortaient les "éditions augmentées" de Baldur’s gate I et II, que je boycotte très volontiers dans la mesure ou il ne s’agit que de patcher un vanilla de 1998 avec des graphismes HD. Ce que les mods font très bien depuis 2000 ou 2001.

Baldur’s Gate1 et 2, je les connais à peu près par coeur. Je les ai finis un paquet de fois, avec plein de classes de persos, avec pas mal de mods, en divers modes de difficulté, je connais les putains de doublages français par cœur, et mon record est une sauvegarde a plus de 250 heures, quand la "Baldur’s Gate Trilogy" (les deux jeux + deux extensions fusionnés) est devenu à peu près stable.

Alors voilà. Nous allons, ensemble, tenter l’expérience suivante : BALDUR’S FUCKING TRILOGY. Mais pas une pauvre trilogie à la Vanille que tout le monde peut se faire, parce que le jeu devient tellement plus simple quand tu as récupéré l’anneau caché au Brasamical et que tu as une armure d’Ankheg et que tu sais que tu peux noyer Sarevok sous des centaines de squelettes. J’avoue que je suis plus très motivé pour m’échapper du donjon d’Irénicus, je sais très bien ou sont tous les pièges, ce qu’il faut dire à ce Djinn à la con, etc etc. Mais c’est comme pour la bagatelle, tu crois que t’en as fait le tour, et des gens se mettent à fabriquer des objets qui renouvellent l’expérience (comparaison non contractuelle).

Nous allons, ensemble jouer à Baldur’s Gate. Avec des mods. Des mods graphiques. Des mods de règles. Des mégamods. Des quêtes. Des NPC. Des mods d’objets. Des mods de difficulté. Des mods français, anglais, italiens, espagnols, polonais. 133 mods.  Dont des méga-mods.

J’aurais considéré comme une victoire le simple fait de réussir à lancer une telle partie sans que mon ordinateur explose. Je comptais beaucoup sur le fait que les jeux aient quand même pris 15 ans dans le nez (oui, vous êtes vieux) et sur le fait que d’autres autistes débiles génies se soient penchés sur la question avant moi.

 

L'install m'a occupé environ dix heures (rassurez-vous, je faisais autre chose en même temps)

L’install m’a occupé environ dix heures (rassurez-vous, je faisais autre chose en même temps)

Après une première tentative ou j’ai lamentablement perdu la face en me heurtant à un conflit entre deux mods graphiques, j’ai réussi à lancer une partie, équivalant à un grand saut dans l’inconnu. En effet, si j’ai une idée assez claire du contenu de la plupart des mods "célèbres" de Baldur’s Gate (Darkest Day, Check The Bodies…), ils ne représentent qu’une toute petite fraction de ce que j’ai choisi d’installer, en partant du principe que tout serait installé à l’aveugle : le seul critère est qu’il n’y ait pas d’incompatibilité connue. J’ai donc passé une dizaine d’heure à n’avoir aucune foutue idée du résultat final. Je savais juste au nom des mods et à certains bouts d’installation qu’il allait y avoir de la romance, des travestis, des changements de règles nombreux et contradictoires dans les combats, et probablement plus de personnages recrutables que de Vampires dans les rues d’Athkatla la nuit.

Je vous propose donc de découvrir à peu près en même temps que moi cette méga-install de Baldur’s Gate, EXTREMELY ENHANCED EDITION.

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Le meilleur moment dans tout jeu de rôle est bien entendu celui ou on commence à remplir sa fiche de personnage. Tellement de possibilités ! Tellement de potentiel ! Le Ciel (et le livre des règles) et les limite. Baldur’s Gate permettait déjà un sacré paquet de trucs en la matière. Ceux qui savent connaissent la différence entre un sorcier et un mage et l’impact au long cours sur le gameplay. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de jouer à Baldur’s Gate, il n’y en a que des plus simples que d’autres. La trame principale, riche comme peu le sont en fantasy contemporaine, est au service de ce que le joueur veut faire de son avatar. Et malgré tout, au bout d’un moment, on commence à savoir quel personnage on veut jouer. Quel style d’enfant de Bhaal adopter, en somme. (oui bon forcément, on va spoiler…)

Eh bien moi qui pensais avoir des repaires assis sur quinze années de créations de gugusses nourris aux mamelles du père Gorion, j’étais loin du compte.

Et il y en avait au moins 70 autres.

Et il y en avait au moins 70 autres.

What de Fuck. Boucannier ? Scalde ? MESSIE ?  Le nombre de classes est tellement énorme. Il contient de véritables pépites, allant du personnage manifestement injouable au truc tellement pété de puissance que c’est comme balancer Sangoku à Poudlard. Entre les deux, tout un tas de professions qui semblent sorties d’un classeur de centre d’orientation. Gangster, enquêteur, apiculteur magique, tout ce que la culture asiatique à pu produire comme synonyme de ninja et samouraï, et j’en passe.
Comme l’ennemi naturel de tout aventurier de niveau 1 est incontestablement le rat et que c’est relativement raccord avec le setting initial du jeu, je choisis d’incarner une "Tueuse de Vermine", avec de gros bonus pour tuer des bestioles et la perspective de récupérer assez vite une compétence d’invocation de trucs dégueux.

Si, si, c’est raccord avec le setting du jeu. Qu’est-ce que vous croyez qu’il fout de ses journées, l’enfant adoptif de Gorion ? Du touche-pipi avec Imoen dans les bottes de foin ? Comme le signale ce nain près de la porte Est, vous êtes un putain de tueur de rats.

DUH

DUH

Pas vraiment besoin de rayonner d’intelligence pour travailler chez Vamonos Pest, alors ma chasseuse se retrouve avec un score de 5 dans cette compétence. J’ai eu la flemme de lui mettre un portrait personnalisé, mais j’ai compensé en rendant hommage au Dalton préféré des enfants. Avrelle la tueuse de vermine. Elle est forte. Elle est furtive. Sa sagesse est renommée. Mais elle ne peut probablement pas battre un élève de CM1 à un quizz de culture générale. Le genre à finir à Secret Story.

Bon, qu’à cela ne tienne. C’est sans doute pas le personnage le plus original du monde, mais je devrais au moins survivre jusqu’aux mines de Nashkell. Si par inadvertance je n’ai pas installé un mod qui rend le jeu huit fois plus dur. C’est parti. Château-Suif, Gorion, partir en urgence cette nuit, blablabla.

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BONJOUR MON ENFANT ON CONTINUE LA LECON

Alors déjà, c’est beau. Baldur’s Gate en 1920×1080 avec des mods d’interface qui vont bien, ça envoie une partie de la concurrence se rhabiller, même avec 16 ans d’âge. Le jeu aurait une étiquette "indé" qu’il pourrait encore ressortir comme ça et se manger plein de prix à l’IGF. Passons, on est pas la pour mater les petit chanteur d’Alaundo mais pour aller faire des quêtes-fedex à la con pour tous les couillons qui ont perdu des objets dans le Château.

La première étape est simple : on rentre dans l’auberge, on va récupérer la quête du mec qui a paumé son parchemin et on… Pourquoi un chien est-il en train de me parler ? Pourquoi il se met à me suivre ? POURQUOI MON PERSONNAGE A UN PUTAIN DE CHIEN ? Ah, c’est un loup. Bon, même. Pourquoi ? Parce que ? Bon, ok.

Je n'ai pas le choix du nom du clebs, mais j'aurais bien choisi "Lady". Wink wink.

Je n’ai pas le choix du nom du clebs, mais j’aurais bien choisi "Lady". Wink wink.

Le loup à l’air de marcher comme une invoc permanente. Je sais pas trop si on peut le ramener s’il crève. En attendant, il vit sa vie, il me bloque dans les portes. On rigole bien. Par contre, deux coups de bâton et il s’étale, mort. C’est chiant. Au début, je recharge mes sauvegardes, mais assez vite, je commence à me dire que je ne ferais pas ça pendant 300 heures… Désolé, mais je me vois mal emporter mon canigou dans la crypte de la reine des vampires…

D’autres trucs ne sont pas exactement pareil. Bonne idée : tous les NPC ou presque ont des portraits. C’est presque comme jouer à Suikoden, j’approuve. Autre bonne idée (à première vue) : l’idem randomizer. A part les objets de quête, tout a été redispatché dans les tiroirs, coffres, etc. Du coup, j’ai tout un monde de cambriole à redécouvrir. Ca aidera à supporter cette chère Imoen un peu plus longtemps, j’imagine. Après tout ceci, je commence à me promener en ville. Seul vrai bémol technique : ça lague un peu. Mais bon, rien de méchant jusque là. Je me fais les premières étapes habituelles : le livre de machin, l’épée de truc, la maison avec un débile qui attaque au couteau, le temple d’Oghma… Tout semble normal. Bon, à part la présence de ces divers sables japonais dans les tiroirs d’une table de chevet.

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Je croise ce fameux nain qui me donne la quête d’extermination des rats. Eh, ne suis-donc pas Avrelle Ratkiller ?

A peine ai-je passé la porte de l’entrepôt infesté de rats que je me souviens que je n’ai pas fait de quicksave. En voyant un anglophone sinistre fondre sur moi et m’agresser au milieu d’une grosse tempête de rats qui me bloquent le passage et font oeuvre de distraction sur mon loup de compagnie, je réalise bien vite que je vais devoir partager une relation privilégiée avec ma touche Q, une autre avec ma capacité à fuir, et une dernière avec l’écran de mort de Game Over.

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Heureusement que ce sale connard est un hikkikomori incapable de sortir de sa grange.

Avec humilité, je reviens massacrer cet importun un peu plus lourdement équipé. Et le combat est néanmoins assez épique. Je crois qu’on ne s’achemine pas vers une partie de plaisir. Après avoir commencé à appliquer des consignes de prudence, me voilà parti voir Gorion, avec l’inévitable passage par la case Imoen, ornée de son portrait de BG2 mais de sa voix de BG1, ce qui ne va pas sans être assez perturbant.

Vis a vis de Gorion, mis à part qu’il a un avatar qui évoque vaguement le Père Noël, tout se passe parfaitement normalement, blablabla, emballez vos affaires, car nous devons aller nous cacher dans la forêt pour une raison mystérieuse etc. Sauf qu’au moment d’y aller, j’ai quand même droit à une petite surprise.

Je considère que ça fait partie du canon des Royaumes Oubliés.

Je considère que ça fait partie du canon des Royaumes Oubliés.

Le premier bug sérieux du jeu s’ensuit, avec tout le combat contre Sarevok qui est passé en accéléré. La mort de Gorion acquiert brutalement un petit côté Benny Hill inattendu, renforcé par les piaillements d’Imoen le lendemain. Mais bon, bon gré mal gré, me voilà orpheline, sur les routes, avec pour tout bagage un loup un peu limité, une voleuse pénible et mes compétences de dératiseuse.

Plus qu’à commencer à explorer un peu. Surtout en essayant d’oublier que je suis brutalement assailli par… La musique de la Comté ? Putain, c’est comme si je jouais à un jeu Star Wars en écoutant la musique de Star Trek. Mais bon, faisons abstraction et… Non, c’est dur de faire abstraction, quand même.

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Je croise un gros bonhomme qui me renseigne sur la route à suivre dans une série de dialogues ou Imoen me semble beaucoup plus impliquée qu’à l’accoutumée. C’est plutôt fun, ça rend le jeu beaucoup plus vivant. En espérant que ça ne soit pas de l’esbroufe et que ça continue comme ça assez longtemps !

Pas très loin après, je remporte un combat contre un grouilleux malade : je suis dans mes marques. Tout semble à peu près en place au moins sur la première carte explorable…

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Sérieusement, il faut saluer les mods de dialogue qui apportent pas mal de trucs, avec une trad bien troussée. Oui bon sauf les réponses d’Avrelle, en l’occurence. Mais j’avais dit qu’elle était con.

Gaillard, je décide d’explorer un peu plus vite. Je tombe rapidement sur un petit loup noir. Aucun problème, ça sera réglé en deux coups de cuiller à…. OH PUTAIN MAIS CE LOUP EST HORRIBLE IL A DEFONCE MON EQUIPE EN DEUX SECONDES.

Oui, donc, il y a bien un mod pour rendre les combats plus difficiles.

Oui, donc, il y a bien un mod pour rendre les combats plus difficiles.

Ce n’est pas illogique : deux frêles paysannes de Château-Suif contre un loup enragé, ça ne pouvait pas bien finir. Je crois qu’il va falloir apprendre à définir des zones à éviter. Le chemin vers le bras-amical est encore long, si vous voulez mon avis. Ganbatte, Avrelle !

(je ne suis pas sûr de la périodicité de cette websérie, on verra comme ça avance).

 

Le Falcam en Shorts #2 : La Plage

Rappel : Dans votre éventuelle infinie bonté, vous pouvez depuis peu soutenir mes articles et mes histoires sans que ça ne vous coûte rien, le tout dans une démarche purement anarcho-gauchisto-capitaliste (aka Patreon).

Contexte : nous sommes en 2009. Après une tentative assez vite oubliée d’écrire un truc dans le style horreur, j’envoie une nouvelle à un fanzine au Québec, Nocturne. Moins de deux ans plus tard, mes domestiques m’informent que j’ai reçu un télégramme de la Nouvelle France, décrivant l’intégralité de ce fanzine papier en braille. Je suis donc, pour la première fois, publié en version papier au delà de l’Ora Mundi. Je dois être le nom le plus franchouillard du lot, partageant les colonnes du zine avec des Thérèse Maheux, Jean-Félix Milan et autres Marie-Eve Comtois. Tout ceci sent bon la poutine, si vous voulez mon avis.

Aujourd’hui, Nocturne n’existe hélas plus. Mais tout n’est pas perdu pour ma petite nouvelle Horrifique, que je vous propose doncques aujourd’hui en quasi exclusivité, sauf si vous êtes du genre à traîner dans les boutiques de JDR de Trois-Rivière.

 

Tout ceci est CC-BY-NC.

En d’autres termes, faites-en ce que vous voulez, sauf le vendre.

La Plage

Je suis molle. D’après Maman, j’ai toujours été molle. Indolente en diable. Ma tête ne tenait pas toute seule quand j’étais un gros bébé inerte.

Je ne cours pas vite, c’est vrai. Je rentre de l’école en traînant des pieds, comme si le sol était du caoutchouc fondu. Mais c’est la faute de Maman. Maman a inventé l’Univers, à mon avis. Mais Maman n’est pas un Dieu. Elle a pas cette force créatrice qui caractérise l’esprit du divin. Les gens comme elle et moi ne feront jamais vraiment partie de l’essence du divin. Moi parce que je suis molle, elle parce que c’est une tête pleine d’eau centrée sur sa seule personne. Alors, en dehors des endroits où j’ai le droit d’aller, je pense qu’elle n’a jamais rien créé. C’est pour ça que je n’ai pas le droit d’aller autre part qu’à l’école, dans ma chambre, ou dans la salle à manger. Maman n’a pas assez d’imagination pour créer les programmes de la radio et de la télé, alors, voilà, ma punition est de ne jamais pouvoir les regarder. Je vis dans la bulle matrimoniale. À peine quelques conversations avec des camarades de classe, mais je ne vais pas assez vite pour m’en faire des amis. Après dix-sept ans, j’ai compris qu’en dehors des quelques taches de réalité (École – Chambre – Camarde Méprisants), il n’y a rien : je suis entourée de néant. Même avec toute mon absence d’énergie, c’est trop. Je suis si révoltée.

Un jour, Maman a créé une nouvelle bulle : la voiture. « Ma fille, tu as dix-sept ans, je sais que c’est dangereux avec tes problèmes, mais nous allons en vacances. Il faut que tu prennes le soleil. »

Elle a déjà dit la même chose à des plantes, dans la salle à manger. Ce n’est pas pour autant qu’elle les a bourrés dans le coffre. Je sens l’entourloupe.

« Nous allons à la plage. Mais attention, il faudra bien rester près du parasol.

_ Pourquoi ? » En fait, quand je pose la question, on dirait plutôt que je dis « Ppppouurrr-kwaaaaa » avec un étranglement rainesque.

Maman fait des gestes et des admonestations rituelles que je n’écoute pas « Ma Fille… Pourquoi m’as-tu infligé… Tu es si molle. »

Elle explique finalement, dans un de ses contes délirants destiné à justifier la petitesse de son monde, qu’à plus de dix mètres du parasol, il y a cette pieuvre qui mange les enfants qui ne peuvent pas se sauver. Je suis si révoltée, oui, encore une fois. Maman ment. Je sais bien qu’il n’y a pas de monstre, il y a juste un peu de brouillard et du rien. Maman est sans imagination, pourquoi créerait-elle quelque chose d’aussi monstrueux ? J’essaye de protester.

« Tu ne veux juste pas que j’aille voir ailleurs que là où t’es. Sinon je pourrais… Hum…

_ Oh, tais-toi ma fille. C’est dangereux de me quitter. S’il y a un danger, tu ne peux pas t’échapper. »

Écrasée sur la plage, ses bourrelets soudés à sa natte rêche de bambou, Maman s’est échouée dans le sommeil. Je me lève et je traîne les pieds. En moins de dix secondes, je suis debout au-delà du parasol. Je geins quand le soleil se met à frapper ma peau blafarde. Après quelques oscillations, me voilà partie à la recherche de la preuve du mensonge de Maman, à la recherche du bout du monde qu’elle a taillé pour moi. Ma prison est plus grande que je ne le croyais.

Tout est désagréable. Là ou un flot continu d’eau et de lait coulait, je sens bientôt les picotements de la soif. Le crépitement du sable entre mes pieds nus qui s’arrachaient péniblement du sol. La sensation que mille affreuses bêtes rampantes grouillaient à un millimètre sous moi. Quand une algue poisseuse vint, vomie par de l’écume, se coller contre ma cheville, je ressentis un délicieux sentiment d’horreur. Tout ça, c’était tellement dégoûtant. Les gens, aussi. Des millions de clones de Maman, huileux et endormis sous leurs forteresses de toile, dans leur armure de crème solaire. De certains émanait une odeur d’aliment passé à l’huile bouillante, comme j’avais parfois le droit d’en manger.

Je profitais de mes sens, qui me semblaient pour la première fois entièrement réveillés, quand j’entendis, déjà très loin, le cri de Maman qui me disait de revenir. Et c’était évident, j’étais à un pas de quitter sa bulle. D’un côté, le confort hideux d’avoir à jamais la tête bourrée par un oreiller à plumes, de l’autre, encore plus de grattage, de brûlures, de picotements et d’odeur vomitives. Pour la première fois de ma vie, je pris une décision par moi-même et je brisais la bulle.

J’ai couru. Je ne savais plus que mes jambes pouvaient se coordonner aussi vite. Bien sûr, il ne fallut pas dix mètres pour que quelque chose se prenne dans mes jambes et me fasse plonger le nez dans le sable humide. N’étant pas d’une nature combative, cette première anicroche avait presque totalement défait mon envie de rébellion. J’essayai de me retourner vers la bulle, mais, bien sûr, elle n’était plus là.

Il ne restait que cette plage, vide de couleurs. Seul le ciel s’était teinté de rouge. Le reste s’était estompé. Les gens, devenus flous et abstraits, semblaient être passés de l’autre côté d’une vitre enduite de beurre. La sensation de froid et d’emprisonnement autour de ma cheville, en revanche, était plus présente que jamais. Une violente traction me colla de nouveau au sol, me faisant avaler une amère bouchée de sable salé.

Tirée vers la mer, je réalisai ce qui se produisait. Là, à quelques mètres seulement dans l’eau, il me regardait, ouvrant une bouche sans fin. Je me rendis rapidement compte que je ne pourrais pas opposer la moindre résistance. Le tentacule, de toute façon, était l’essence de ce que je recherchais. Il me cisaillait le pied de ses mille petites ventouses, me forçait à avaler du sable âcre et de l’eau affreuse.

Je respirai à plein poumon la mer meurtrière, et bénissais mon courage au moment où, à demi-consciente, je sentais l’appendice me projeter sans ménagement dans la bouche sans fin. Un océan de dents fit craquer mes os, alors qu’un autre liquide, chaud et brûlant, coulait dans la bouche du monstre mis en appétit.

Je restai encore quelques instants dans mon propre corps pour me sentir déchirée. La chaleur insoutenable de l’air vicié frappant mes entrailles exposées fut une plaisante et intense conclusion à mon escapade salvatrice.

ODT

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S-Word Et Spectre Émotionnel

Edit : avec les liens hypertextes qui vont bien, c’est encore mieux.

Il y a un peu plus d’un an, je me suis retrouvé, un peu malgré moi, un peu par ma propre faute, au cœur d’une semaine de folie. C’était pas très longtemps après un article passif-agressif sur la forme, mais dont je souscrivais à l’essentiel du fond, sur le sexisme chez les geeks. Complètement ignorant de la virulence que le débat suscitait, j‘avais rédigé une réponse dont j’étais persuadé qu’elle ne serait pas lue par grand monde. Pour expliquer ce qui me dérangeait (un peu) dans l’article). Lue, elle l’a été. Elle l’a été environ 10 ou 15 000 fois. Mon record quotidien de consultation sur ce blog, c’est suite à cette réponse. Sur le long terme, Toto 30 ans a fait plus de lecteurs. Mais ma réponse à Mar_Lar, ça a tiré dans tous les sens pendant une journée.

Quand j’ai commencé à me voir cité par d’obscurs connards, ou foutu au pilori par des gens avec qui j’étais d’accord, j’ai réalisé, n’entrons pas dans les détails, que mon article était sans doute au moins aussi contestable que le sien sur la forme. Quand au fond, j’ai expliqué dans deux autres articles les deux jours suivants ma position, beaucoup plus en détail. Ma position qui était que si le sexisme prolifère autant dans les "communauté geek", c’est aussi parce que, économiquement parlant, les gros rentiers du click comme Jeuxvidéo.com n’ont pas la capacité, et n’ont pas l’intérêt économique à niveler par le haut.

Personne n’a lu les deuxième et troisièmes articles. Quand je dis personne, je veux dire cinq à six fois moins de personnes que ceux qui ont trollé mes commentaires, et ce malgré la présence des liens en haut du premier billet. Normal, on est sur Internet. Mais ce n’est pas grave. Occasionnellement, on m’en reparle encore, et je me contente de renvoyer sur les articles #2 et #3 (c’est sans doute mieux si vous lisez tout ça, surtout le 3, avant d’aller plus loin). Ils sont le reflet exact de ce que je pense encore : internet est assez grand pour qu’on laisse ceux qui veulent bouffer de la merde la bouffer entre eux, et assez vaste pour qu’on puisse se créer un ghetto de gens intelligents. C’est une position sinistre et désespérée, mais mon autre argument étant que le capitalisme tel qu’il est actuellement pratiqué sur le web encourage les comportements ignobles, je ne vois pas TROP comment j’arriverai à réviser ma position. Mes fils d’actu Facebook n’ont jamais été aussi beaux que depuis que j’en ai viré tous les gens qui ne me plaisaient pas.

Depuis, j’ai appris un tas de truc. J’ai appris que j’étais "féministe intersectionnel". J’ai appris que dire que tout le monde, spécialement en France, était sexiste ou participait au sexisme (ce qui est ma position, vivant dans un milieu pro à 85% féminin et ultra-sexiste) était la certitude de dialogues de sourds mémorables. J’ai aussi appris qu’il était à peu près exclu d’avoir une conversation normale à ce sujet online, alors que je n’ai jamais rencontré la moindre once de problème "IRL". Le climat est extrêmement tendu.

Ce n'est pas l'objet de cet article, mais voilà une image d'un vieux Batman qui parle assez bien de la manière dont la fiction structure, ou essaye de structurer la pensée. Depuis Zaïon.

Ce n’est pas l’objet de cet article, mais voilà une image d’un vieux Batman qui parle assez bien de la manière dont la fiction structure, ou essaye de structurer la pensée. Depuis Zaïon. Ca a un rapport avec ce que je dis plus bas.

Mais depuis un an, j’ai aussi appris que des groupuscules homophobes, accrochés aux stéréotypes de genre comme une mouche à sa merde, capables de menacer, tabasser, utiliser des enfants en tête de manif, menacer des intellectuels, étaient capable de faire descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues, puis d’injecter des hoax dans la tête de parents consanguins pour leur faire croire que la grande Zaza allait venir masturber des bébés à la crèche. J’ai en fait appris une chose : mes concitoyens sont pour certains des demeurés liberticides, racistes et arriérés, et ça ne se limite pas à des connards mal élevés sur le Xbox Love Gold. Non pas que j’avais des illusions, hein. Mais je pensais qu’on en était plus là.

Et depuis, l’ambiance sexiste et hostile aux minorités (sexuelles ou non) ne s’est pas arrangée dans le cadre de mon travail. Encore une fois, majoritairement le fait de femmes entres elles (parce que dans ma branche, c’est difficile de faire autrement). Pour des raisons évidentes, vous ne m’en voudrez pas de ne pas détailler.

Et pourquoi je pensais qu’on en était plus là, au fait ? C’est suite à une lecture récente et à une conversation passablement bourré pendant un quiz sur les dessins animés des années 80 que j’ai vaguement compris pourquoi.

Revenons un peu sur la manière dont j’ai été élevé. Un papa un peu hippie d’un côté, et des femmes travailleuses et "fortes" de l’autre (ma maman et une tante). J’avais du côté paternel une conscience très à gauche, persuadée que la société doit tendre vers l’égalité des droits, et de l’autre la vision de femmes indépendantes au travail. Je ne me souviens pas qu’on m’ai appris autre chose que ça : les hommes et les femmes, et les autres, quelques soient leurs orientation sexuelles, doivent pouvoir faire ce qu’ils/elles veulent de leur vie. On m’a jamais empêché de regarder des trucs "pour les garçons" ni de regarder des trucs "pour les filles". A titre d’exemple, j’ai lu des Shojo assez tôt, on m’a jamais fait chier avec ça. Et d’un autre côté, petit, j’étais au Club Musclor. Bon, bref, vous voyez le topo.

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Mais on ne m’aurait pas laissé faire ça, je pense.

Revenons sur ce quiz de dessin animé ringards (j’ai gagné haut la main car les mélodies sont très bien rangées dans ma tête et je regardais vraiment beaucoup la télé, y compris "les dessins animés pour fille"). En discutant avec un ami qui était dans la même team que moi, nous nous sommes rendus compte que la plupart des personnages féminins dont nous nous souvenions (nos personnages favoris, en fait) étaient des personnages extrêmement badass, indépendants, dans des œuvres où les hommes apparaissaient comme des guignols menés à la baguette (Orange Road, n’importe quoi par Rumiko Takahashi, Attacker You !…), voire des personnages absents. Ça correspondait d’une part au type de modèle de mon quotidien (une femme qui exerce une activité sans que ça soit remis en question), c’étaient souvent des personnages bien écrit, et en plus, c’était souvent plus intéressant à suivre. Parce que très tôt -je ne parle qu’en ce qui me concerne- j’ai préféré suivre les personnages féminins que masculin. Les incarner aussi, par le biais du jeu vidéo. Dès que ça a été possible, j’ai toujours trouvé ça plus intéressant. Shepard est une femme, pitié, arrêtez de prétendre  le contraire.
Il s’agit probablement d’une recherche d’altérité, ou d’une sensibilité artistique, je ne sais pas. Toujours est-il que mes "modèles féminins de fiction", incarnés, regardés ou lus (Mathilda quand j’étais petit, Thursday Next maintenant), correspondent souvent à ce Trope de la femme indépendante avec un métier. C’est, sans rire, ce qui m’a fait lâcher la fantasy "mainstream" assez vite (j’essaye de m’y remettre un peu, là…) Le nombre de personnages féminins ne se résumant pas à un simple trait de caractère ou à un archétype débile. C’était nettement moins marqué dans la SF, le Fantastique, voire la littérature blanche (sans déconner, hein, c’est au moins 40% de ce que je lis !).
Résumons ça comme ça : j’ai biberonné à l’égalité homme/femme. J’étais conscient que ce but était loin d’être atteint, mais je ne le vivais pas. Parce que, jusqu’à mon arrivée sur le marché du travail, je n’avais pas vraiment été confronté au sujet frontalement. Il me semblait absolument normal que mes connaissances filles fassent les études de leur choix, s’habillent comme elles le souhaite, couchent avec qui elle veulent. J’ai, en fait, été "bien élevé" de ce point de vue. Une fille ultra-sexy qui roule du cul a deux mètres de moi n’est pas une provocation (je dis pas que je regarde pas, hein), ni une incitation à quoi que ce soit. C’est juste une personne qui fait ce qu’elle veut et n’enfreint pas la loi. De mon point de vue, on pourrait tous vivre nus si on le souhaitait, et ceux qui seraient incapable de "se contenir" devraient nettoyer les égouts à la brosse à dents.
(j’ai une incapacité absolue à détecter les signaux sexuels, au fait. Si vous en avez après mon corps, merci de me l’écrire en recommandé en écrivant "NON IRONIQUE" en bas, souligné en rouge).
Je dois dire que, bien sûr, mes désillusions vont croissantes. Surtout depuis que j’ai fait la connaissance de tout un tas de gens qui ont vécu dans des pays nordiques, ou l’identité sexuelle des individus n’entre quasiment plus en ligne de compte dans la répartition sociale des rôles (ô surprise : ça fait 40 ans que c’est comme ça et LEURS SOCIETES SONT TOUJOURS DEBOUT). Les Français me semblent, du coup, être d’énormes douchebags. Je me demande bien ce que les étrangers en pensent.

Bon. Il y a peu, j’ai fait la lecture de ceci, j’en avais parlé, je crois :

Je ne reviens pas sur le contenu (c’est Chester Brown qui va aux putes, quoi), et surtout pas sur le débat de la prostitution en France (tempête de merde obligatoire). Mais j’ai longtemps réfléchi à une remarque d’un ami de Chester "Le Robot" Brown. "Ce type a un spectre émotionnel plus court que la moyenne". Brown n’analyse pas du tout la question de la prostitution d’un point de vue émotionnel. Il le fait comme une sorte de machines à emboîter des arguments logiques, froids, bizarrement détaché de lui-même, dans une (troooop) longue annexe à son bouquin.

Je ne vais bien entendu pas jouer l’insupportable comédie du "JE SUIS ASPERGER AIMEZ MOI", j’ai trop de noblesse (et de respect pour les autistes) pour ça. Mais force est de constater que depuis que je suis gamin, j’ai un problème complètement récurrent (que je combats, rassurez-vous) : quand je pense avoir la bonne attitude, ou adopter le bon comportement, ou avoir fait connaissance d’un bien culturel, j’ai tendance à généraliser le modèle à mes pairs comparables. Les gens qui me ressemblent (mettons les Français) devraient probablement considérer que les hommes et les femmes sont parfaitement égaux, puisque c’est ce qu’on m’a enseigné, à moi. De la même manière, j’ai du mal (même si je le SAIS) à emmagasiner le fait que des gens "semblables" à moi ne regardent pas les mêmes séries TV, n’aient pas le même parcours individuel ou la même façon de réagir face à un problème.

Quand des centaines de milliers de personnes ont défilé pour assimiler les homosexuels à des pédophiles (oui parce que nous voilons pas la face, c’est de ça qu’il s’agit, sinon ils militeraient aussi ouvertement pour la suppression du divorce), je suis tombé sur le cul parce que :
1) Je pensais que ces gens étaient une sorte de fiction réduite à un groupuscule de gens que je ne verrais jamais, surtout pas sous mes fenêtres.
2) Je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait être contre le principe du mariage homosexuel (puisqu’on m’avait appris que les gays et les hétéros se valaient : aucune raison de discriminer les premiers, sauf à considérer qu’ils étaient moins compétents -inférieurs aux autres-).
Or, bon, tout un tas de gens ont été élevés dans une forme d’intolérance. J’imagine que c’est legit de militer pour que ça ne soit plus le cas. Moi, ça me rend plus confus qu’autre chose : comment peut-on encore penser que l’égalité des droits civiques va changer quoi que ce soit (de négatif comme de vraiment positif) quand on est pas directement concerné ? Tant que toutes les personnes impliquées sont ok ?
"huuu gnagnangna mais les bébés ils ont pas choisi d’être élevé par des juifomoilluminati". Mais ta gueule, là encore, mon esprit se ferme. Tout ce que je vois, c’est que j’ai pas non plus choisi une famille monoparentalle hétérosexuelle, que mon pote d’enfance qui avait une famille nombreuse l’a pas choisie non plus, pas plus que celui qui avait des parents militaires et déménageait tout le temps, pas plus que celui qui était pauvre, pas plus que celui dont le père picolait. Je suis Lorrain de naissance.

Bref. Il en va de même pour l’égalité homme/femme. J’ai tellement peur d’être ambigu dans la vraie vie que dès qu’une personne de sexe féminin se trouve devant moi en situation professionnelle, je me la représente comme un pion froid et asexué que je traite comme mes autres pions froids et asexués. Je suis probablement le manager humain le moins à même de faire de l’innuendo sexuel que je connaisse. J’essaye (je n’y arrive probablement pas : remember, tout le monde est sexiste) de traiter tout le monde pareil.
Parce que bon, quand j’étais gamin, on me l’a collé dans le crâne (on a eu raison, je pense). Un homme et une femme devraient être payés pareil, avoir un enfant n’est pas une maladie, les pères devraient aussi prendre leurs congés, le genre d’une personne et son âge n’influent pas sur son recrutement, pas plus que la couleur de sa peau, etc. Par contre vos CV en Comic Sans, vous vous les gardez.
Et j’ai encore un mal incommensurable à comprendre les comportements de ceux pour qui ça ne va pas de soi. Ça me fige littéralement dans une incapacité à répondre du tac au tac (du moins ça a été le cas pendant longtemps). Mais c’est la même chose sur Internet, les propos de type "salope tavu" dès qu’une nana montre un bout de nichon, le slut-shaming, la pression des paires pour déclarer qu’untelle ou unetelle n’a pas le bon comportement social ou la bonne quantité de bébés, la lesbophobie, la biphobie ordinaire me plongent dans un état de sidération absolue, parce que je suis INCAPABLE DE LES COMPRENDRE.
Je me suis d’ailleurs (probablement instinctivement) adjoint un entourage restreint qui est plus ou moins clair sur ces questions. Tout simplement parce qu’un beauf ou un homophobe ne rentre pas vraiment dans le cercle de mes fréquentations envisageable. Ça serait vite le silence radio de ma part (tout trolling mis à part, je suis plus un "filtreur" qu’un "clasheur").
A l’inverse, je ne souscris pas à la campagne récente de "Si tu croises une meuf le soir, change de trottoir" exactement pour les mêmes raisons. N’ayant jamais eu une attitude menaçante (je suis probablement beaucoup trop timide pour demander mon chemin à une inconnue dans la rue), je ne me vois pas adapter mon comportement à celui des terroristes (la drague de rue, du simple sifflement à l’agression, est pour moi une forme de terrorisme). Probablement que derrière tout ça, il y a mon incapacité à me mettre à la place des victimes.
Peut-être que moi aussi, j’ai un "spectre émotionnel trop court". Ce n’est sans doute pas à moi de le dire.

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Je me sens un peu comme ça, en fait.

En fait, un an après ces trois articles, je me rends compte que je suis probablement incapable de parler de ces questions parce que je suis incapable de comprendre comment on peut considérer que les hommes et les femmes ne sont PAS égaux. Sauf à avoir été éduqué comme ça et à ne pas avoir remis une seconde en question cet enseignement.
Ou alors, c’est cette question de "privilèges". Mais privilèges de quoi, de voir des meufs faire des gâteaux et de rester entre burnes musquées ? Pitié, c’est bon.
Même quand je ne considère la question que d’un point de vue technique et clinique, je me dis que la libération, l’égalité des droits et la sécurité des corps n’est de toutes façons que la société soit plus intéressante. Parce que la meuf de Orange Road qui jouait du Saxo, là, ou Lina Inverse elle vendent quand même un peu plus du rêve que les mères de Boule ou du Petit Nicolas. Qu’est-ce que t’as à gagner à conserver tes stéréotypes à la con ? Laisse les gens être comme ils ont envie, tu baiseras sans doute davantage au final. Et y’aura toujours des millions et des millions de personnes qui ressembleront à ton fantasme idéal.

J’ai raison de toutes façons alors vos gueules.

Cute Rat Musician

Admirab’lectures #2

Aujourd’hui,je décide de faire un peu de storytelling. Je suis malade, aphone, alors j’ai passé l’après midi à manger de l’angispray en lisant des BD dans mon canapé, en suant comme un veau. Récite de mes dernières lectures en illustrés.

The Red Monkey dans John Wesley Harding, de Joe Daly, L’Association

Sur l’échelle du génie et de l’awesome qui compte dix barreaux, le dessinateur Sud-Africain Joe Daly est au moins à 11-12. Je l’ai découvert avec son roman graphique de fantasy punk-absurde-décadent Dungeon Quest (lecture indispensable de la BD des années 2010). Mêlant dialogues urbains improbables, voyages stoners, scènes surréalistes et histoires complètement dingues mêlant humour noir, intrigues aléatoires et personnages héberlués, chaque page de Daly est un immense régal.

The Red Monkey, qui conte l’histoire improbable de deux branleurs, dont l’un muni de pieds de singes, lancés à la poursuite d’un rongeur géant dans des marécages, ne fait pas exception au parcours sans faute du bonhomme. Très vite, on bascule dans le polar, dans la SF, et surtout dans un n’importe quoi complètement délicieux ou chaque rebondissement ne semble logique qu’aux joyeux crétins qui peuplent les pages. C’est franchement indescriptible, à bien y réfléchir, mais c’est surtout foutrement indispensable.

Miss Clipart : "Une valeur sûre dans mon process qualité !"

Miss Clipart : "Une valeur sûre dans mon process qualité !"

Escales : Hong Kong, 1926, de Ephrem et Kiezkowski, Paquet

Couverture de Escales -2- Hong Kong, 1926

J’vais pas faire genre j’en ai retenu quoi que ce soit. L’héroïne est rousse. Y’a des histoires de sectes, de marins, de kidnappings, les gens font des blagues en courant dans tous les sens et, au milieu de la BD, je me suis rendu compte que c’était un tome 2.

M.Clipart : "Je heu."

M.Clipart : "Je heu."

Un Thé Pour Yumiko, par OBATA Fumio, Bayou

Yumiko, japonaise occidentalisée par une longue vie en Angleterre, doit retourner au pays à l’occasion d’un deuil. Commence alors un long processus d’introspection pour elle, et un long processus de random poetic bullshit pour le lecteur qui en a parfois un peu plein le dos de se fader pour la cent millième fois l’Histoire introspectivo-poétique d’un personnage lambda qui se branle le cerveau à chaque demi brun d’herbe qui tombe devant lui et que ça m’évoque quand mon grand-père patatipatata. Pour amateurs du genre et personnes absolument persuadées que la BD doit raconter des trucs tellement profonds et subtils pour être un vrai art tavu.

Les dessins sont jolis, sinon.

M.Clipart : "Réveillez-moi s'il se passe un truc".

M.Clipart : "Réveillez-moi s’il se passe un truc".

Une affaire de caractères, de François Ayroles, Delcourt

Un type qui transporte de la typo dans un camion a un accident, et échoue dans un village entièrement composé d’écrivains, de poètes et de fins lettrés. Il sera bien vite témoin d’étrange joutes oratoires, conversera avec des hurluberlus ne causant qu’en article encyclopédique, se retrouvera pris dans un imbroglio impliquant meurtres, vendeurs de livres ambulants et mots-croisés.

L’exercice de style pourrait être une énorme pantalonnade, mais au final, dans le genre Oulipo en bande-dessinées, ça se tient. Le style est assez dynamique (pour de la ligne claire qui sort jamais des clous, j’entends) et le scénar, à défaut de savoir ou il va, y va avec une conviction certaine.

Pas trop ma came, mais si vous cherchez un truc à la fois original dans la forme et classique dans le fond, ou que vous adorez la typo…

Ni Papyrus ni Comic Sans au programme.

Clipart-san : "Oui."

Clipart-san : "Oui."

Un Petit Livre oublié sur un banc, de Jim et Mig, Grand Angle

BD UN PETIT LIVRE OUBLIE SUR UN BANC

Je suis toujours un peu perplexe quand on touche à Jim et à sa monstrueuse biblio. C’est comme si le mec touchait à absolument TOUT ce que j’aime pas dans la BD. Livres de blague, SF Cheapos, BD politique, BD sur les métiers ou les situations de la vie, truc dont le synopsis semble tiré d’un Guillaume Musso (la présente BD rentre dans cette dernière catégorie). C’est même pas un repproche pour le gars, juste qu’on vit pas sur la même face de la Lune. Bon.

Reprenons. Qu’avons-nous ici ? Une fille trouve un livre abandonné sur un banc, qui va "changer sa vie" parce que dans une quête complètement con, elle va essayer de trouver pourquoi ce livre a été abandonné là. Et elle va parler à des gens très stéréotypés (un babos, une vieille, une punkette nympho…) et à son mec très stéréotypé (ounga ounga moi homme pas aimer lire vouloir regarder football) et ils parlent, ils parlent, ils parlent. Et ils parlent de quoi ? J’sais plus. D’un putain de livre abandonné sur un banc, quoi.

Les dessins peuvent avoir leur charme, pour ceux qui aiment les jolies filles tellement franco-belges que les pages sentent la frite belge et la marinière bretonne.

M.Clipart : "passez moi la compta et demandez leur un remboursement". "Vous n'avez pas payé, M.Clipart" "Même."

M.Clipart : "passez moi la compta et demandez leur un remboursement".
"Vous n’avez pas payé, M.Clipart"
"Même."

Amerika, de Robert Crumb, Cornélius

Recueil de divers travaux de Crumb depuis les années 60, dressant un portrait dégueu et contre-culturel de l’Amérique et de la ville de Détroit (son apogée, son déclin). Et tout ce que Crumb vomit dans son pays : les minorités, la majorité, la télévision, les magasins, le capitalisme, les hippies, l’extrême-droite, les gens normaux, les gens pas normaux, les flics, les militaires, les enfants, les voitures, lui-même. Par contre, du berceau au tombeau, un amour immodéré des femmes avec des gros culs.

Y’a pas grand chose à dire. Si on aime Crumb, on ne peut qu’adhérer à cet assemblage un peu hétéroclite pas très familier chez les seyantes éditions Cornélius. Si on aime pas… Bah y’a pas à ce forcer, c’est pas avec ces histoires courtes qu’on va rentrer dedans.

Clipart-san : "Oui, encoru moi. Je fais des heurusuppu"

Clipart-san : "Oui, encoru moi. Je fais des heurusuppu"

Vinland Saga Tome 9 à 12, par YUKIMURA Makoto, Kurokawa

Je n’avais pas lu de Vinland Saga depuis si longtemps qu’il a fallu que je me refasse les 9 premiers pour ne pas perdre le fil (et donc la face). Makoto Yukimura est un putain de génie. A genre 25 ans, il a écrit PlanetES, qui a complètement retourné comme une crêpe ma vision de la Hard-SF. Et depuis 2005, il s’est lancé dans l’idée complètement dingue (surtout qu’il dessine pas vite) de balancer une histoire monumentale sur les Vikings… Quand je dis monumentale, c’est que les huit premiers tomes n’en composent que l’INTRODUCTION.

Piqure de rappel : Vinland Saga raconte -sans trop spoiler- la vie de Thorfinn, un Islandais qui, tout gamin, va se retrouver embarqué dans une épopée sombre, sanglante et désespérée pour venger son père, sur fond d’invasion de l’Angleterre par les Normands. L’oeuvre fait preuve d’un souci de documentation et de retranscription de l’époque absolument dantesque, Yukimura ayant un trait de plume particulièrement précis et acéré, que ça soit dans les scènes de violences (forcément omniprésentes) ou dans les scènes plus versées dans l’émotion ou le drame.

Justement, ça m’a permis de me replonger corps et âme dans le "deuxième arc", dit "arc des esclaves", plongée en abîme tragique dans la société féodo-esclavagiste danoise du début du XIè siècle. Au départ un tout petit peu moins sombre que la fin de l’Introduction (qui était une véritable boucherie de type à renvoyer George RR Martin en stage d’observation de 3è), l’Histoire, quasiment intégralement vue du point de vue des esclaves d’un puissant propriétaire du Jutland, va petit à petit sombrer dans le tragique. On retrouve un Thorfinn qui évolue tout en subtilité, moitié sur les traces de son père, moitié sur les traces de son mentor-ennemi Askeladd. Chaque histoire est posée avec une lenteur, une maestria incroyable, avec un cliffhanger absolument scandaleux à la fin.

C’est beau, c’est indispensable, bouffez-en des litres. Vinland Saga, ça ne se scantrade pas, hein. Ça s’achète, ça se range soigneusement dans votre étagère préférée, et ça se dépoussière régulièrement, surtout le tome 8 si vous voyez ce que je veux dire.

M.Clipart : "Preums pour acheter le Tome 13 !"

M.Clipart : "Preums pour acheter le Tome 13 !"

Le Falcam en Short #1

Parfois j’écris des nouvelles pour des appels à textes, parfois pour des concours, parfois pour rien du tout. Parfois encore je retrouve de vieux textes publiés sur des sites disparus. C’est le cas de ce texte présenté aujourd’hui, publié il y a presque dix ans (ça ne nous rajeunit pas) sur un webzine mort et enterré, Trois Petits Points. Ils exigeaient des textes de moins de 6000 signes. J’aime bien le concept de Micronouvelles, à vrai dire. Une page, une punchline, une connerie.
Vous pouvez retrouver, outre le texte ci-dessous, une version pdf et une version odt.

C’est très vieux, alors forcément, c’est pas ultra smooth en terme de style.

Tout ceci est CC-BY-NC.

En d’autres termes, faites-en ce que vous voulez, sauf le vendre.

L’apocalypse du petit matin.

Au début, ils avaient tous pensé être tombé au fond des enfers. L’endroit était affreux, sombre, semblait infini et monotone, baignant dans les vapeurs toxiques et la plus grande âpreté d’air qu’on pouvait imaginer. Pas un coin à fonder une civilisation, ça non. Un vilain tour des dieux, puisqu’ils les avaient enfermé pour de bon dans cette grotte empuantie.

La plupart des gens de la première génération moururent sans pouvoir s’adapter à cet exil abominable. Ils moururent sur le sol moussu en poussant des cris d’agonie empoisonnée, ils se perdirent dans les méandres monotones de cet immense monde clos, ou simplement périrent par la faim et la soif, incapable de déceler les gisements de vivres qu’avaient laissé, en nombre pourtant non négligeable, les anciens occupants.

Mais pour les rares survivants, l’enfer se changea peu à peu en foyer d’accueil, puis en véritable patrie. Cela prit longtemps, pour que leurs organismes évoluent et s’adaptent à la dure réalité de leur existence. Il leur fallut apprendre à survivre aux vapeurs, à l’obscurité et aux attaques des monstres aveugles qui erraient en nuage compacts dans divers endroit du pays. Néanmoins, ils évoluèrent et apprirent à maîtriser leur environnement. Ils découvrirent peu à peu que des rivières de liquides variés zébraient les bords de leur univers. Il y avait de l’eau, bien sûr, mais aussi des lacs jaunes et d’autres bruns, qui leur apportaient tous des nutriments variés et qui, surmontés le goût répugnant de ce qui les composait, renforçaient leurs organismes.

Au bout de quelques générations, les chasseurs nomades se firent éleveurs et cultivateurs. Malgré le manque de lumière et l’étrange spongiosité du sol, ils purent maîtriser la culture de nombreuses variétés de champignons et finirent par dompter les nuages de monstres aveugles. Ils leurs servaient de viande, de monture et d’animaux de trait. Le temps passait, et finalement ils devinrent totalement maîtres de leur espace. Ils bâtirent des routes, des citadelles, et organisèrent des régimes modernes où tous avaient leur place. Ils développèrent des moyens de communication hors norme, et pouvaient se parler d’un bout à l’autre du monde. Leurs sciences leurs permirent même de capter les premiers signaux émis par un monde qui semblait voisin du leurs. Peut-être n’étaient-ils pas la seule forme d’intelligence de l’Univers ?

Lundi matin, Adalbert rangea sa chambre, et retrouva derrière la machine à laver une vieille paire de chaussette qui devait traîner la depuis la dernière mort de pape. Révulsé par l’odeur de moisi, il les projeta dans la machine à laver adjacente et tout fut terminé.

Samuel Lévêque

PDF

ODT

Tout l’intérêt du gratuit chez L’ivre-Book

zalifalcam:

Reblogue-copinage.

Originally posted on L'ivre-Book:


Si vous avez l’habitude de parcourir notre catalogue (ce que nous espérons), vous pouvez voir que nous ne sommes pas avares à vous proposer des ebooks gratuits ; et ce, pour deux raisons :

- vous faire plaisir (eh oui, nous sommes comme ça)

- vous permettre de faire connaissance, gratuitement, avec nos auteurs et ainsi vous donner envie d’acheter leurs futures publications (en espérant que vous y êtes sensibles)

N’hésitez pas à aller faire un tout du côté de nos livres gratuits, c’est ICI

Voir l'original

Promenade enchantée à travers l’horrorcore et le cradcore francophone.

(ARTICLE NSFW, venez pas me faire un procès après).

Hey le jeune ! Tu te fais chier dans ton ter-ter ? Tes parents sont à la Cotorep et la seule activité que te propose la MJC c’est de faire du Smurf ? C’est bien triste, alors tu zones dans ta cage d’escalier, tu écoutes la Fouine, et tu manges de l’herbe pour oublier que tu écoutes la Fouine.

Voilà et c’est tout ce qu’est-ce qui va t’arriver si tu fais rien pour te prendre en main.

Loin de moi l’idée de t’empêcher d’écouter de hip-hop, après tout ça a bien réussi à MC Solaar, vu qu’il émarge aux Enfoirés, on peut en déduire que ça mène à tout. Mais par pitié, accepte d’ouvrir un peu tes écoutilles. Loin des horrizons tristes de la soupe autotunée de Skyrock, loin des BB Rappeurs à la Sexxion d’Assaut qui -crois-moi- te colleront une honte complète quand tu en retrouveras les posters dans quelques années, loin des rappeurs homologués qui font des jolies rimes avec des vrais instruments sur France Inter, loin de tout cela existe un territoire inconnu, sombre et délaissé qui peut t’aider à devenir un adulte responsable.

Ci-dessus : un adulte responsable.

Ci-dessus : un adulte responsable.

Je veux bien entendu parler de l’Horrorcore Francophone, style mélangeant avec allégresse Rap, films d’horreur, beats angoissants, et thématiques aussi variées que la sorcellerie, les meurtres de masse et les invasions zombies. Victime d’une cabbale inexplicable, l’Horrorcore national est encore plus obscur que son homologue américain, qui végète dans une non-reconnaissance permanente malgré des artistes aux noms aussi fleuri que Insane Clown Posse, Gravediggaz ou Kung-Fu Vampire (pour n’en citer que des relativement notoires).

Bien entendu, on sait que le Rap Français est au Rap Américain ce que la pâte a tartiner Marque Repère est au Nutella : quand on le prend tout seul, ça va, mais si on compare, c’est forcément un peu triste. Bon, l’horrorcore gaulois est plutôt de l’ordre de la Pâte Lidle en pot format familial, pour être tout à fait honnête.
Mais franchement, est-ce une raison de se décourager, à l’heure ou de courageux MJ essayent de remettre à l’honneur ce qui fut la plus grande gloire de la IIIè République, à savoir le grand-guignol ?

Non ? Bon. Alors partons si vous le voulez bien dans une petite balade non exaustive dans monde de l’horrorcore français, avec quelques noms piochés au hasard de tribulations printanières.

1) Le Plus Vétéran – VII

"Je te ferai danser en sous-vêtements rouillés
Trancherai ta gorge avec des ciseaux rouillés"

VII, c’est le plus vieux de la scène. Dès 1995, il tuait des gens dans des disques en se branlant sur du Carpenter. Un rap lourd, grave, à l’ancienne, l’inspirateur de bien des poètes. Ayant participé à moult projets horrorcore, devenu entre temps producteur aux featurings recherchés, VII (sept) pose une jolie messe noire nihiliste constante, avec une diction bizarre, une surenchère dans le dégueu et quelques touches de message punk anti mondialisation.  Lourdement influencé par les films d’horreurs il ira jusqu’à nommer son label "Rap And Revenge"

2) Le Plus Copycat – M.Pendu

"Je suis Jeffrey Dahmer Je crée des Zombies Sexuels
Je perce comme dans du beurre du crâne jusqu’à la cervelle"

Lourdement influencé par le précédent (il ira jusqu’à lui rendre une chanson hommage), M.Pendu a créé et diffusé plusieurs disques qui ressemblaient vraiment beaucoup à du VII en moins bien. Mais, avec le temps, son sound décolle. Plus fantastique/fantasy que son modèle, ponctué de duos avec le dégueulasse maître de l’opéra-porno-caca Costes. Certes pas le rappeur le plus talentueux de tous les temps (accent traînant, flow hasardeux…) mais une production généreuse et dégueue comme il faut.

3) Les Plus Rigolos – MC Circulaire

"Pas d’garderie pour le P’tit Grégory
Comme Baby Sitter j’suis du genre Emile Louis"

Un peu injustement connus dans le genre "Kamini de Vendée", MC Circulaire livre une prestation qui va bien au-delà du Rap de ploucs qui glandent dans les arrêts de car à la campagne. Un nombre conséquent de leurs chansons versent dans l’horreur ou le gore (Sodomie, Pierre Tombale, Faites Entrer l’Accusé, Match de Derby…). Une horreur franchement marrante, pleine de jolies punchlines fleuries qui donnent envie de se faire découper en rondelle au Puy-du-Fou.

4) Le Plus Ghetto – LAFFREUX

 

"J’aime quand tu m’lèches le derche
Quand ma merde ruisselle dans ta gorge pleine de gerbe"

Avec une communication très 2.0, une mixtape sur Sordid Records, du name dropping à foison et un flow très gangsta, Laffreux pourrait être ton MC lambda. Mais entre histoires de blocs sordides et soif de meurtre, orgie de sperme et mélange de fluides dégueulasses, Laffreux est définitivement un bon vieux gaillard de l’horreur, du genre ou même Booba il va se planquer sous la table. What else !

5) Le Plus Chelou – CJ le Clown

 

"La rue ça pue comme une chatte usagée
Y’a des geush terpa ils ont usé plus d’un G"

Meilleur espoir masculin des contes de la crypte. Un univers glauque et kitsch plein de clowns et de référence aux séries triple Z, avec une fixation constante sur les problèmes de bites (coupées, placées aux mauvais endroit, marinées, etc.) et une fixation anale très bien ancrée dans un flow assez sec et étrangement premier degré. Une impression de malaise permanente à l’écoute, on se demande si c’est pour de rire ou si le mec a vraiment un fusible grillé. La relève à de l’avenir.

6) Le Plus Engagé - 1984

 

"Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel
Mais rien d’actuel : on patauge dans la merde"

Produits par Sept en personne, qui fait des feats réguliers sur leurs morceaux, 1984 délaisse volontiers les meurtres de masses pour chanter la cradeur du monde, la violence extrême de la société et les Systèmes qui nous oppriment (camarade). Un univers qui louche presque plus vers Kubrick que vers Dario Argento, avec tout juste ce qu’il faut de désespoir, de haine et de dégueulasserie pour qu’on se sente en terrain connu. Longue vie à eux.

7) Le plus United Color – Wojtek

 

"Mais dans mon verger y’a que des oranges amères
En d’autres termes connard rien que je mange d’la merde"

Costumé en survivaliste, en Jim Crow, en sorcier ou en n’importe quoi, Wojtek a un flow efficace, une voix erraillée accrocheuse, un vocabulaire ordurier, mais bien ordonnancé, et se distingue de ses camarades en prêchant une sorte d’amour de son prochain et de la différence (mais il ajoute "et je t’emmerde" derrière). Peut-être, musicalement parlant, l’artiste le plus accompli du lot.

8) Le Plus Snuff - Mr Hash

 

"J’te pousse au suicide, au meurtre collectif
J’veux t’vois t’arracher les tifs et d’vnir dépressif"

Franchement dégueulasse, le rap de Mr Hash est un peu le "A Serbian Film" du lot. La, c’est immonde pour être immonde, c’est les joyeux bouchers, ça dégouline, c’est sale, c’est gratuit, on rappe à bout de souffle, avec du sang qui dégouline de partout, en même temps, Yolo. Quoi ? C’est tout naze ? Oui, mais Tokyo Gore police aussi, ça ne m’a pas empêché de me marrer devant !

9) Le plus Jeanne Moreau – Ashka

"Au final rapper, oui mais pourquoi, ah oui je sais.
C’est mon exutoire, c’est toujours mieux que vous exécuter."

Alias "La pourriture" Avec sa casquette "Ashka", sa voix tellement défoncée qu’on croirait une pub contre les dangers du tabac, ashka agite des couteaux en rappant devant un public complètement absent, la vie est injuste. Certes, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, mais il y met une énergie complètement folle. Un exemple pour toute la jeunesse indolente qui ferait mieux de chercher du travail au lieu de faire un master de socio.

10) Et pour finir sur une note un peu plus fofolle: Le plus Cabochard.